
Par Robert Delord.
Sélection de citations importantes à l'usage de la dissertation des capes externes de lettres classiques et modernes
|
Page 1 |
|
|
Page 2 |
|
|
Page 3 |
Le théâtre« Les bons Anciens n'ont jamais eu dans leurs tragédies et dans leurs comédies qu'une action principale à laquelle toutes les autres se rapportaient, et c'est ce que l'on nomme unité d'action. Ils ont donné à l'action dramatique l'espace d'un jour naturel, ce que l'on appelle la règle des vingt-quatre heures. Ils ont attaché à la course de l'action dramatique à un seul lieu, qui est ce qu'on nomme unité de scène. » (/ trois unités)
« Tout cela est fondé sur la condition de vraisemblance, sans laquelle l'esprit n'est ni ému ni persuadé. » (vraisemblable)
(2 buts du théâtre) « delectare et mouere. »
« Mon principal but est toujours de plaire. »
« Les choses qui sont les plus précieuses d'elles-mêmes ne seroient pas souvent estimées ce qu'elles sont, si l'art ne leur avoit prêté quelques traits. »
« Toutes choses ont besoin d'y être, et les actions que l'on nous représente sur la scène nous paroissent plus ou moins belles, selon que l'art du poète nous le fait paroître. Ce n'est pas qu'on doive trop s'en servir, puisque le trop d'art n'est plus art, et que c'est en avoir beaucoup que de ne le pas montrer. Tout excès est condamnable et nuisible ; et les plus grandes beautés perdent beaucoup de leur éclat lorsqu'elles sont exposées à un trop grand jour. »
« il [le Misanthrope (l'homme et l'œuvre)] doit inspirer à tous ses semblables le désir de se corriger. » (// catharsis)
« On sait bien que les comédies ne sont faites que pour être jouées, et je ne conseille de lire celle-ci qu'aux personnes qui ont des yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du théâtre. »
« J'aimerais beaucoup mieux imiter la régularité de Ménandre et de Térence, que la liberté de Plaute et d'Aristophane. »
« La plupart du monde ne se soucie point de l'intention ni de la diligence des auteurs. »
« Pour moi, je trouve qu'Aristophane a eu raison de pousser les choses au delà du vraisemblable. »
« Il était à propos d'outrer un peu les personnages, pour les empêcher de se reconnaître. »
« Ce n'est pas une nécessité qu'il y ait du sang et des morts dans une tragédie ; il suffit que l'action en soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées, et que tout s'y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie. »
« Que ce que vous ferez, dit Horace soit toujours simple, et ne soit qu'un. »
« Il n'y a que le vraisemblable qui touche dans la tragédie. »
« Toute l'invention consiste à faire quelque chose de rien. »
« La principale règle est de toucher : toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première. »
« Euripide était extrêmement tragique, tragicôtatos, c'est-à-dire qu'il savait merveilleusement exciter la compassion et la terreur, qui sont les véritables effets de la tragédie. » (/ fonction émotive)
« Il faut être extrêmement circonspect et très retenu à prononcer sur les ouvrages de ces grands hommes , de peur qu'il ne nous arrive, comme à plusieurs, de condamner ce que nous n'entendons pas. Et, s'il faut tomber dans quelques excès, encore vaut-il mieux pêcher en admirant tout dans leurs écrits, qu'en y blâmant beaucoup de choses. »
Modesto tamen et circumspecto iudicio de tantis uiris pronunciandum est, ne, quod plerisque accidit, damnent quae non intellegunt. Ac si necesse est in alteram errare partem, omnia eorum legentibus placere, quam multa displicere, maluerim.
(Quintilien, X, 26 ; cité et traduit par Racine)
« Les personnages tragiques doivent être regardés d'un autre œil que nous ne regardons d'ordinaire les personnages que nous avons vus de si près […] le respect que l'on a pour les héros augmente à mesure qu'ils s'éloignent de nous, major e longinquo reuerentia. »
« La représentation des passions agréables porte naturellement au péché, puisqu'elle flatte et nourrit de dessein prémédité la concupiscence qui en est le principe. »
« En quoi le théâtre et le drame grecs ressemblent-ils à notre drame et à notre théâtre. »
« C'est ainsi qu'on a borné l'essor de nos plus grands poètes. C'est avec les ciseaux des unités qu'on leur a coupé l'aile. » (/ unités du théâtre classique)
« Et puis, imiter ? Le reflet vaut-il la lumière ? le satellite qui se traîne sans cesse dans le même cercle vaut-il l'astre central et générateur ? Avec toute sa poésie, Virgile n'est que la lune d'Homère. » (/ imitation)
« Mettons le marteau dans les théories, les poétiques et les systèmes. […] Il n'y a ni règles, ni modèles ; ou plutôt il n'y a d'autres règles que les lois générales de la nature qui planent sur l'art tout entier, et les lois spéciales qui, pour chaque composition, résultent des conditions d'existence propres à chaque sujet. Les unes sont éternelles, intérieures, et restent ; les autres variables, extérieures, et ne servent qu'une fois. »
« On doit reconnaître, sous peine de l'absurde, que le domaine de l'art et celui de la nature sont parfaitement distincts. La nature et l'art sont deux choses, sans quoi l'une ou l'autre n'existerait pas. » (/ art et nature)
« Le théâtre est un point d'optique. Tout ce qui existe dans le monde, dans l'histoire, dans la vie, dans l'homme, tout doit et peut s'y réfléchir, mais sous la baguette magique de l'art. »
« Ne vaudrait-il pas toujours mieux faire des poétiques d'après une poésie, que de la poésie d'après une poétique. » (à rapprocher d'Aristote qui a écrit La Poétique d'après l'analyse des tragédies de Sophocle)
« Que fait-on en effet maintenant ? On divise les jouissances du spectateur en deux parts bien tranchées. On lui donne d'abord deux heures de plaisir sérieux, puis une heure de plaisir folâtre ; avec l'heure d'entractes que nous ne comptons pas dans le plaisir, en tout quatre heures. Que ferait le drame romantique ? Il broierait et mêlerait ensemble ces deux espèces de plaisir. Il ferait passer à chaque instant l'auditoire du sérieux au rire, des excitations bouffonnes aux émotions déchirantes, du grave au doux, du plaisant au sévère. […] La scène romantique ferait un mets piquant, varié, savoureux, de ce qui sur le théâtre classique est une médecine divisée en pilules. »
« Si son drame est mauvais, que sert de le soutenir ? S'il est bon, pourquoi le défendre ? Le temps fera justice du livre, ou la lui rendra. Le succès du moment n'est que l'affaire du libraire. »
« Le théâtre est comme la messe ; pour en bien sentir les effets il faut y revenir souvent. »
Le théâtre et son double (numéros des pages de l'édition Folio, collection Essais)
« Le théâtre, c'est à dire la gratuité immédiate qui pousse à des actes inutiles et sans profit pour l'actualité. » (p.34)
« L'état du pestiféré qui meurt sans destruction de matière, avec en lui tous les stigmates d'un mal absolu et presque abstrait, est identique à l'état de l'acteur que ses sentiments sondent intégralement et bouleversent sans profit pour la réalité. Tout dans l'état physique de l'acteur comme dans celui du pestiféré, montre que la vie a réagi au paroxysme, et pourtant, il ne s'est rien passé. » (p.35)
« Il importe avant tout d'admettre que comme la peste, le jeu théâtral soit un délire et qu'il soit communicatif. » (p.39)
« Le théâtre, comme la peste, est à l'image de ce carnage, de cette essentielle séparation. Il dénoue des conflits , il dégage des forces, il déclenche des possibilités et ces forces sont noires, c'est la faute non pas de la peste ou du théâtre, mais de la vie. Nous ne voyons pas que la vie telle qu'elle est et telle qu'on nous l'a faite offre beaucoup de sujets d'exaltation. Il semble que par la peste et collectivement un gigantesque abcès, tant moral que social, se vide ; et de même que la peste, le théâtre est fait pour vider collectivement des abcès. » (p.45)
« L'esprit d'anarchie profonde [qui] est à la base de toute poésie. » (p.63)
« On comprend par là que la poésie est anarchique dans la mesure où elle remet en cause toutes les relations d'objet à objet et des formes avec leurs significations. » (p.64)
« Pour nous, au théâtre la parole est tout et il n'y a pas de possibilité en dehors d'elle ; le théâtre est une branche de la littérature, une sorte de variété sonore du langage, et si nous admettons une différence entre le texte parlé sur la scène et le texte lu par les yeux, si nous enfermons le théâtre dans les limites de ce qui apparaît entre les répliques, nous ne parvenons pas à séparer le théâtre de l'idée du texte réalisé. Cette idée de la suprématie de la parole au théâtre est si enracinée en nous et le théâtre nous apparaît tellement comme le simple reflet matériel du texte que tout ce qui, au théâtre dépasse le texte, n'est pas contenu dans ses limites et strictement conditionné par lui, nous paraît faire partie du domaine de la mise en scène considérée comme quelque chose d'inférieur par rapport au texte. Etant donné cet assujettissement du théâtre à la parole on peut se demander si le théâtre ne posséderait pas par hasard son langage propre, s'il serait absolument chimérique de le considérer comme un art indépendant et autonome, au même titre que la musique, la peinture, la danse, etc., etc. » (p. 105-106)
« Les chefs-d'œuvre du passé sont bons pour le passé : ils ne sont pas bons pour nous. »
« Dans la mesure où le théâtre se borne à nous faire pénétrer dans l'intimité de quelques fantoches, et où il transforme le public en voyeur, on comprend que l'élite s'en détourne et que le gros de la foule aille chercher au cinéma, au music-hall ou au cirque, des satisfactions violentes, et dont la teneur ne le déçoit pas. » (p. 131)
« La mise en scène [qui] est dans une pièce de théâtre la partie véritablement et spécifiquement théâtrale du spectacle. » (p. 166)
« Je pose en principe que les mots ne veulent pas tout dire et que par nature et à cause de leur caractère déterminé, fixé une fois pour toutes, ils arrêtent et paralysent la pensée au lieu d'en permettre, et d'en favoriser le développement. »
« [ils] ont oublié qu'ils avaient un corps au théâtre […] les acteurs en France ne savent plus que parler. »
(le théâtre est) « une action parlée. »
« La parole théâtrale plus que toute autre est action. »
« Tout est langage au théâtre, les mots, les gestes […] et d'abord le texte. »
« Mon sujet c'est le rien. »
« Le comique étant l'intuition de l'absurde, il me semble plus désespérant que le tragique : le comique est la tragédie de l'homme dérisoire. »
« La tragédie classique est un échec qui se parle tandis que la tragédie moderne est un discours qui parle son échec. »
« Au théâtre on a à faire à une véritable polyphonie informationnelle, et c'est cela la théâtralité : une épaisseur des signes. »
(à propos du jeu outrancier des acteurs) « le jeu enlève au texte, il ne lui apporte rien ; c'est le contraire, il enlève de la présence au texte, de la profondeur, des muscles, du sang. »
« Le personnage est un carrefour de sens. »
(le théâtre est) « une pratique à grands signes. »
Le romanLettre à M. de Segrais, sur l'origine des romans (1670)
« La fin principale du roman (…) est l'instruction des lecteurs, à qui il faut toujours faire voir la vertu couronnée et le vice châtié. »
(1733)
« Les vrais gens de lettre les méprisent. »
« Il faut des spectacles dans les grandes villes, et des romans aux peuples corrompus. »
« Jamais fille chaste n'a lu de romans. »
« Les romans troublent les têtes. »
« Voulant être ce qu'on est pas on parvient à se croire autre chose que ce que l'on est et voilà comment on devient fou. »
« Un roman est comme un archet, la caisse du violon qui rend les sons, c'est l'âme du lecteur. »
« Excepté pour la passion du héros, un roman doit être un miroir. »
(définition du roman du XVIIIe siècle) « moderne épopée bourgeoise qui exprime le conflit de la poésie du cœur et de la prose des rapports sociaux. »
« Ecrire l'histoire oubliée par tant d'historiens, celle des mœurs. »
« Mais le roman ne serait rien si, dans cet auguste mensonge, il n'était pas vrai dans les détails. »
« Existe-t-il des règles pour faire un roman, en dehors desquelles une histoire écrite devrait porter un autre nom ? »
« En somme, le public est composé de groupes nombreux qui nous crient : - Consolez-moi. - Amusez-moi. - Attristez-moi. - Attendrissez-moi. - Faites-moi rêver. - Faites-moi rire. - Faites-moi frémir. - Faites-moi pleurer. - Faites-moi penser. Seuls, quelques esprits d'élite demandent à l'artiste : Faites-moi quelque chose de beau, dans la forme qui vous conviendra le mieux, suivant votre tempérament. » (opposition entre fonction utilitaire et fonction esthétique ou artistique de la littérature)
« Faire vrai consiste donc à donner l'illusion complète du vrai. […] J'en conclus que les Réalistes de talent devraient s'appeler plutôt des Illusionnistes. »
« Ne nous fâchons donc contre aucune théorie puisque chacune d'elles est simplement l'expression généralisée d'un tempérament qui s'analyse. »
« Notre vision, notre connaissance du monde acquise par le secours de nos sens, nos idées sur la vie, nous ne pouvons que les transporter en partie dans tous les personnages dont nous prétendons dévoiler l'être intime et inconnu. »
« Quelle que soit la chose qu'on veut dire, il n'y a qu'un mot pour l'exprimer, qu'un verbe pour l'animer et qu'un adjectif pour le qualifier. »
« Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. »
« Le critique qui, après Manon Lescaut, Paul et Virginie, Don Quichotte, Les liaisons dangereuses, Werther, Les affinités électives, Clarisse Harlowe, Emile, Candide, Cinq-Mars, René, Les Trois Mousquetaires, Mauprat, Le père Goriot, La Cousine Bette, Colomba, Le rouge et le noir, Mademoiselle de Maupin, Notre Dame de Paris, Salammbô, Madame Bovary, Adolphe, M. de Camors, L'Assomoir, Sapho, etc., ose encore écrire : "Ceci est un roman et cela n'en est pas un', me paraît doué d'une perspicacité qui ressemble fort à de l'incompétence. »
« Le peuple n'aime ni le vrai ni le simple. Il aime le roman et le charlatan. »
« L'histoire est un roman qui a été ; le roman est de l'histoire qui aurait pu être. »
« Nous nous sommes demandé si ce qu'on appelle les "basses classes" n'avait pas droit au Roman. »
« Aujourd'hui que le Roman s'est imposé les études et les devoirs de la science, il peut en revendiquer les libertés et les franchises. »
(/ roman naturaliste) « Le roman est devenu une enquête générale sur l'homme et sur le monde. »
(/ roman naturaliste) « L'étude de l'homme naturel soumis aux lois physico-chimiques et déterminé par les lois de son milieu. »
[le roman et la critique] « L'un et l'autre sont maintenant une grande enquête sur l'homme, sur toutes les variétés, toutes les situations, toutes les floraisons, toutes les dégénérescences de la nature humaine. Par leur sérieux, par leur méthode, par leur exactitude rigoureuse, par leur avenir et leurs espérances, tous deux se rapprochent de la science. »
« Ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien […] les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière. »
« C'est le drame des romanciers de la nouvelle génération d'avoir compris que les peintures de caractères selon les modèles du roman classique n'ont rien à voir avec la vie. »
« aucun homme n'existe isolément,L'individu, tel que l'étudie le romancier est une fiction. »
« l'objectif de son art, qui est de peindre la vie » (/ rôle du romancier)
« En un mot, dans l'individu, le romancier isole et immobilise une passion, et dans le groupe il isole et immobilise un individu. Et, ce faisant, on peut dire que ce peintre de la vie exprime le contraire de ce qu'est la vie : l'art du romancier est une faillite. »
« le roman est le premier des arts [...] par son objet qui est l'homme. Mais nous ne pouvons donner tort à ceux qui en parlent avec dédain, puisque, dans tous les cas, il détruit son objet en décomposant l'homme et en falsifiant la vie. »
« On savait par Flaubert qu'il suait sang et eau pour écrire une page. »
« Ni esprit (au sens : un "homme d'esprit'), ni nouveauté de pensée (ou plutôt absence totale de pensée), ni alacrité d'écriture, ni coups de sonde imprévus et profonds dans le cœur humain, ni trouvailles d'expression, ni race, ni drôlerie : Flaubert manque de génie à un point qui n'est pas croyable. Il déteste les bourgeois, et il est par excellence un auteur pour bourgeois. C'est un bœuf de labour avec un carnet de notes. Et je serais malvenu à médire du carnet de notes, mais il ne faut pas qu'on le voit : il faut qu'après les carnets vienne le je ne sais quoi qui fasse danser tout cela. Pas de danse chez Flaubert, il est lourdaud au possible. »
« Tous les écrivains français contemporains […] lui doivent quelque chose : les descriptions sur carnet de note […], les "scène à faire', les antithèses de situation (on rigole pendant qu'Emma meurt), les tics d'écriture, nombre de bonnes recettes. »
« Tout écrivain écrit un livre bon pour dix mauvais. »
« La fiction qui dans l'abord avait pour but de rendre plus palpable une réalité
« Il s'agit pour ce romancier d'entraîner son lecteur hors de la réalité, de lui faire bonnement prendre des vessies pour des lanternes. »
« La fiction ne suffit pas à caractériser le roman, mais un certain rapport entre cette fiction et la réalité. »
« La fiction est ce microscope. Le contempteur du réalisme s'en sert comme d'un télescope, et le braque sur les étoiles. »
« Pas plus que le roman ne peut se borner à la fiction, il ne peut se passer d'elle. »
« Il faut ici inventer, créer, c'est à dire mentir. L'art du roman est de savoir mentir. »
« Le mentir vrai. » (/ roman)
« Un roman. C'est à dire une médiation entre la vie et moi. »
« Le romancier, d'ordinaire, ne fait point suffisamment crédit à l'imagination du lecteur. »
« Les romanciers, par la description trop exacte de leurs personnages, gênent plutôt l'imagination qu'ils ne la servent et qu'ils devraient laisser chaque lecteur se représenter chacun de ceux-ci comme il lui plaît. » (Edouard qui traduit l'opinion de Gide) »
« Ce qui paraîtra bientôt le plus vieux, c'est ce qui d'abord aura paru le plus moderne. »
« le roman reste le plus libre, le plus lawless…, est-ce peut-être pour cela, par peur de cette liberté même »
« le roman [...] si échappé qu'il soit de la contrainte, s'asservit à la ressemblance. »
« L'état c'est moi, l'artiste ; civile ou pas, mon œuvre prétend ne concurrencer rien. »
« Il n'y a de vérité psychologique que particulière, il est vrai ; mais il n'y a d'art que général. Tout le problème est là, précisément ; exprimer le général par le particulier ; faire exprimer par le particulier le général. »
Cahiers II (p.1162)
Hommage. in Variété I et II (1924 et 1930)
« Tout genre littéraire naissant de quelque usage particulier du discours, le roman sait abuser du pouvoir immédiat et significatif de la parole, pour nous communiquer une ou plusieurs "vies" imaginaires, dont il institue les personnages, fixe le temps et le lieu, énonce les incidents, qu'il enchaîne par une ombre de causalité plus ou moins suffisante. »
« Tandis que le poème met en jeu directement notre organisme, et a pour limite le chant, qui est un exercice de liaison exacte et suivie entre l'ouïe, la forme de la voix, et l'expression articulée, - le roman veut exciter et soutenir en nous cette attente générale et irrégulière, qui est notre attente des événements réels : l'art du conteur imite leur bizarre déduction, ou leurs séquences ordinaires. Et tandis que le monde du poème est essentiellement fermé et complet en lui-même, étant le système pur des ornements et des chances du langage, l'univers du roman, même du fantastique, se relie au monde réel, comme le trompe-l'œil se raccorde aux choses tangibles parmi lesquelles un spectateur va et vient. » (opposition roman / poésie)
Esthétique et théorie du roman (1978) (numéros de pages de l'édition originale)
« Le style du roman, c'est un assemblage de styles ; le langage du roman, c'est un système de « langues ». » (p. 88)
« Le postulat de la véritable prose romanesque, c'est la stratification interne du langage, la diversité des langages sociaux et la divergence des voix individuelles qui y raisonnent. » (p. 90)
« Les prosateurs-romanciers (et, en général, quasiment tout prosateur) empruntent un chemin tout différent. Il accueille le plurilinguisme et la plurivocalité du langage littéraire et non littéraire dans son œuvre. » (p. 119)
« La plurivocalité et le plurilinguisme entrent dans le roman et s'y organisent en un système littéraire harmonieux. Là réside la singularité particulière du genre romanesque. » (p. 120)
« C'est précisément la diversité des langages, et non l'unité d'un langage commun normatif, qui apparaît comme la base du style. » (p. 129)
« Le romancier parle dans un langage diversifié et intérieurement dialogisé. » (p. 150)
« Ce n'est pas l'image de l'homme en soi qui est caractéristique du genre romanesque, mais l'image de son langage. » (p. 156)
« Le roman ne dispense aucunement de la nécessité d'une connaissance profonde et subtile du langage littéraire, mais exige au surplus la connaissance des langages du plurilinguisme. Le roman est une extension et un approfondissement de l'horizon linguistique, un affinement de notre perception des différenciations socio-linguistiques. » (p. 182)
« Quand il n'est pas songe […], le roman est mensonge. »
« [le roman serait non pas] une confession de l'auteur mais une exploration de ce qu'est une vie humaine dans le piège qu'est devenu le monde. »
(à propos du nouveau roman) « non plus le récit d'une aventure, mais l'aventure d'un récit. »
(à propos du nouveau roman) « non plus l'écriture de l'aventure, mais l'aventure de l'écriture. »
(sur l'impersonnalité dans le roman) « La présence matérielle de l'auteur l'induit au bavardage et au remplissage. Au contraire la forme impersonnelle a le mérite d'être une école, un effort, une discipline. »
(sur la subjectivité dans le roman) « En renonçant à la fiction du narrateur tout-connaissant, nous avons assumé l'obligation de supprimer les intermédiaires entre le lecteur et les subjectivités-point-de-vue de nos personnages ; il s'agit de le faire entrer dans les consciences comme dans un moulin, il faut même qu'il coïncide successivement avec chacune d'entre elles. »
« Tout écrivain nous semble devoir se risquer à la théorie et y impliquer ses textes, tout théoricien nous semble devoir se risquer à la littérature et y confronter ses études. »
« Combien de lecteurs se rappellent du nom du narrateur dans La Nausée ou dans L'étranger ? » (/ déclin du personnage dans le roman contemporain)
« Le roman dévore aujourd'hui toutes les formes ; on est à peu près forcé d'en passer par lui. Cette étude sur la destinée d'un homme qui s'est nommé Hadrien eût été une tragédie au 17e siècle ; c'eût été un essai à l'époque de la Renaissance. »
« Comment conclure à propos d'un genre littéraire né du besoin d'exprimer l'aventure humaine et lui-même en perpétuel devenir ? »
Page 1 / 3 »»
Mis à jour le