
Par Robert Delord.
Sélection de citations importantes à l'usage de la dissertation des capes externes de lettres classiques et modernes
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La poésie« elle (la poésie) n'a aucun rapport ni avec le devoir ni avec la vérité. »
« Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense. » (en parlant du sonnet)
(Baudelaire a rêvé) « le miracle d'une prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience. »
« Je dis que si le poète a poursuivi un but moral, il a diminué sa force poétique ; […] La poésie ne peut pas sous peine de mort ou de défaillance, s'assimiler à la science ou à la morale ; elle n'a pas la vérité pour objet, elle n'a qu'elle-même. »
« La véritable condition d'un véritable poète est ce qu'il y a de plus distinct de l'état de rêve. Je n'y vois que recherches volontaires, assouplissement des pensées, consentement de l'âme à des gênes exquises, et le triomphe perpétuel du sacrifice. »
« Mais je ne puis m'empêcher d'être intrigué par l'espèce d'obstination qu'ont mise les poètes de tous les temps , jusqu'aux jours de ma jeunesse, à se charger de chaînes volontaires. […] D'où vient cette obéissance immémoriale à des commandements qui nous paraissent si futiles ? »
« Mais toutes les beautés innombrables qui demeureront dans l'esprit, toutes celles que l'obligation de rimer, la mesure, la règle incompréhensible de l'hiatus empêchent définitivement de se produire, semblent bien nous constituer une perte immense, dont on peut véritablement se lamenter. »
« La poésie est l'ambition d'un discours qui soit chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n'en porte et n'en peut porter. »
(2ème sens du mot poésie) « un art, une étrange industrie dont l'objet est de reconstituer cette émotion que désigne le premier sens du mot » (premier sens du mot poésie : état émotif particulier de l'expérience poétique)
« Il ne s'agit point du tout en poésie de transmettre à quelqu'un ce qui se passe d'intelligible dans un autre. Il s'agit de créer dans le premier un état dont l'expression soit précisément et singulièrement celle qui le lui communique. »
« Le principal et le plus charmant objet de son désir [du poète] doit être de communiquer l'impression d'un état naissant […] d'émotion créatrice, qui, par la vertu de la surprise et du plaisir, puisse indéfiniment soustraire le poème à toute réflexion critique ultérieure. »
(Mallarmé à Degas qui s'essaye à la poésie) « Ce n'est point avec des idées, mon cher Degas, que l'on fait des vers. C'est avec des mots. »
(à propos du vers) « c'est un langage dans le langage. »
« Le poète est privé des immenses avantages que possède le musicien. Il n'a pas devant soi, tout prêt pour un usage de beauté, un ensemble de moyens fait exprès pour son art. Il doit emprunter le langage – la voix publique, cette collection de termes et de règles traditionnels et irrationnels, bizarrement créés et transformés, bizarrement codifiés, et très diversement entendus et prononcés. »
« Le principe essentiel de la mécanique poétique – c'est à dire des conditions de production de l'état poétique par la parole – est à mes yeux cet échange harmonique entre l'expression et l'impression. »
« La valeur d'un poème réside dans l'indissolubilité du son et du sens. »
« En vérité, un poème est une sorte de machine à produire l'état poétique au moyen des mots. »
« En poésie les conditions métriques et musicales restreignent beaucoup l'indétermination. »
« Songez aussi qu'entre tous les arts, le nôtre [la poésie] est peut-être celui qui coordonne le plus de parties ou de facteurs indépendants : le son, le sens, le réel et l'imaginaire, la logique, la syntaxe et la double invention du fond et de la forme…et tout ceci au moyen de moyen essentiellement pratique, perpétuellement altéré, rouillé, faisant tous les métiers, le langage commun, dont il s'agit pour nous de tirer une Voix pure, idéale, capable de communiquer sans faiblesses, sans effort apparent, sans faute contre l'oreille et sans rompre la sphère instantanée de l'univers poétique, une idée de quelque moi merveilleusement supérieur à Moi. »
« Seule la littérature permet de jouer le grand jeu : de refaire le monde, à tous les sens du mot refaire, grâce au caractère à la fois concret et abstrait, intérieur et extérieur du VERBE, grâce à son épaisseur sémantique. »
« Je chante l'homme et ses armes, c'en est plus que jamais le moment […] Et mon chant ne peut ne peut se refuser d'être ; parce qu'il est une arme lui aussi pour l'homme désarmé. »
« C'est dans la mesure où c'est inutile que c'est vraiment utile. »
« Auguste est très heureux d'avoir près de lui Virgile pour écrire des textes qui vont arranger les affaires de la famille. »
« De même que le texte sacré est considéré comme poétique lorsqu'on y croit plus, de même le texte scientifique ancien, à partir du moment où il est démontré qu'il est faux à certains égards, se met à développer une vérité nouvelle… »
« Le langage du poète, c'est son langage à lui. » (p. 108)
« Le poète débarrasse les mots des intentions d'autrui, n'utilise que certains mots et formes, de telle manière qu'il perde leur lien avec certaines strates intentionnelles et certains contextes du langage. On ne doit pas sentir derrière les mots d'une œuvre poétique les images typiques et objectivées des genres ( hormis le genre poétique lui-même), les visions du monde. » (p. 117)
« La poésie trouve également un langage stratifié dans le procès de son permanent devenir idéologique, le trouve divisé en langage divers. Elle voit le sien propre environné aussi de langages et d'un plurilinguisme littéraire et extra-littéraire. Mais la poésie, qui tend au maximum de sa pureté, œuvre avec son langage comme s'il était unique, comme s'il n'y avait hors de lui, aucune pluralité de langages. Elle se tient comme au milieu du territoire de son langage, sans approcher de ses frontières, où elle se trouverait inévitablement en contact dialogique avec le plurilinguisme, et craint de regarder au-delà des frontières. S'il lui arrive, dans les moments de crise linguistique, de changer, elle canonise aussitôt son nouveau langage comme seul et unique, comme s'il n'en existait pas d'autre. » (p. 212)
« La poésie n'est jamais la poésie qui a déjà réussi. Chaque réussite est une fin de la poésie. La poésie est la recherche et les recommencements de la poésie. C'est à dire qu'elle est radicalement historique, dans sa situation et ses contradictions. C'est ce qu'il lui faut savoir à tout prix à tout moment. Et être chaque fois la première. Réinventer des rapports qui ne sont pas seulement de mots, mais des sujets au monde, entre eux, et à leur histoire. » (p. 181)
Mythologies (1957)
« [la poésie] se veut un anti-langage. […]. Notre poésie moderne s'affirme toujours comme un meurtre du langage. » (La poésie ne cherche pas à signifier, elle donne à voir. Le langage poétique perd la transparence du langage de communication.)
« Le poème dit une chose et en signifie une autre. » (/ herméneutique)
« Il est aussi ici question d'un foncier sentiment de déréliction, d'une douleur affiliée à l'exercice poétique, voire d'une nécessité du malheur pour que la poésie se forme (« Les chants les plus désespérés sont les chants les plus beaux »). »
« L'humanité doit-elle se reposer et se contenter, sur des pensers nouveaux de faire des vers antiques ? Nous ne le croyons pas. »
Art poétique« Ce n'est pas l'art, mais une force divine qui leur inspire leurs vers. »
« Il enlève tous les suffrages celui qui mêle l'agréable à l'utile, sachant à la fois charmer le lecteur et l'instruire. »
« Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage / Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. »
« Le secret est d'abord de plaire et de toucher : / Inventez des ressorts qui puissent m'attacher. »
« la tragédie doit « en représentant la pitié et la frayeur, réaliser une épuration de ce genre d'émotions », une « catharsis »
« Prends l'éloquence et tords-lui son cou ! »
Les genres littéraires(le genre de la nouvelle)
« Depuis quelques années, les trop longs romans nous ayant ennuyés, afin de soulager l'impatience des personnes du siècle on a composé plusieurs petites histoires détachées qu'on a appelées des nouvelles ou des historiettes. »
« Tout est dans tout. »
« Il y a tout dans tout ; seulement il existe dans chaque chose un élément générateur auquel se subordonnent tous les autres, et qui impose à l'ensemble son caractère propre. »
« L'auteur de ce livre a le malheur de ne rien comprendre à tout cela ; il y cherche des choses et n'y voit que des mots ; il lui semble que ce qui est réellement beau et vrai est beau et vrai partout. »
« on doit détrôner Aristote » (/ triade de l'ancienne rhétorique : épique / lyrique / dramatique)
(le calligramme)
« l'épigramme lyrique »
(le conte et à la nouvelle)
« Toutes mes nouvelles reposent sur des données véritables ou à tout le moins vraisemblables… J'appellerai « conte » une fiction (assez courte), qui ne se pique pas d'une vraisemblance ou la refuse, qui se propose de surprendre, de déconcerter… »
(opposition roman / poésie)
« Tout genre littéraire naissant de quelque usage particulier du discours, le roman sait abuser du pouvoir immédiat et significatif de la parole, pour nous communiquer une ou plusieurs "vies" imaginaires, dont il institue les personnages, fixe le temps et le lieu, énonce les incidents, qu'il enchaîne par une ombre de causalité plus ou moins suffisante. Tandis que le poème met en jeu directement notre organisme, et a pour limite le chant, qui est un exercice de liaison exacte et suivie entre l'ouïe, la forme de la voix, et l'expression articulée, - le roman veut exciter et soutenir en nous cette attente générale et irrégulière, qui est notre attente des événements réels : l'art du conteur imite leur bizarre déduction, ou leurs séquences ordinaires. Et tandis que le monde du poème est essentiellement fermé et complet en lui-même, étant le système pur des ornements et des chances du langage, l'univers du roman, même du fantastique, se relie au monde réel, comme le trompe-l'œil se raccorde aux choses tangibles parmi lesquelles un spectateur va et vient. »
(le genre du journal)
« Votre journal est une œuvre, votre journal est votre œuvre. »
« Le genre représente donc le corps de doctrine des règles en acte, en résultat. »
« Les sciences naturelles distinguent entre le genus pris comme l'unité la plus large et la species prise comme un sous-groupe. »
« J'ai entre mes mains, Le Livre des Questions. Est-ce un essai ? – Non, peut-être. – Est-ce un poème aux puits profonds ? – Non, peut-être. Est-ce un récit ? Peut-être […]. – Livre étranger comme le vocable et comme le juif, inclassable parmi les livres, comment l'appeler ? – Peut-être pourrais-tu t'appeler : Le livre. »
(le genre de la nouvelle)
« Elle se bâtit à partir de sa fin. Très fréquemment cette fin est surprenante, et c'est pour amener cette surprise finale que se trouve organisé ce qui précède. Un tel procédé devient vite mécanique. »
(l'abolition des frontières des genres au XXe siècle)
« [les frontières des genres au XXe siècle tendent à s'abolir par] ce travail profond de la littérature qui cherche à s'affirmer dans son essence en ruinant les distinctions et les limites. »
« Leurs critères de définition comportent toujours un élément thématique qui échappe à une description purement formelle ou thématique. »
« Chaque genre littéraire représente au-delà de toutes les autres différences qui sont souvent plus apparentes que réelles, une manière particulière d'utiliser le langage […] l'auteur (au sens très large du terme), en choisissant tel ou tel genre, choisit une certaine forme, recherche une certaine efficacité. »
« La dominante peut se définir comme l'élément focal d'une œuvre d'art : elle gouverne, détermine et transforme les autres éléments, c'est elle qui garantit la cohésion de la structure. La dominante spécifie l'œuvre. »
« La poésie épique, centrée sur la 3ème personne, met fortement à contribution la fonction référentielle ; la poésie lyrique, orientée vers la 1ère personne, est intimement liée à la fonction émotive ; la poésie de la 2nde personne est marquée par la fonction conative. »
« On devrait dire qu'une œuvre manifeste tel genre, non qu'il existe dans cette œuvre. »
(opposition roman / poésie)
« La prose est utilitaire par essence ; je définirai volontiers le prosateur comme un homme qui se sert des mots. M. Jourdain faisait de la prose pour demander ses pantoufles et Hitler pour déclarer la guerre à la Pologne. […] [La Poésie] ne se sert pas des mots de la même manière ; et même elle ne s'en sert pas du tout ; je dirais plutôt qu'elle les sert. Les poètes sont des hommes qui refusent d'utiliser le langage. »
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