-les jardins sont ensuite concédés à des familles modestes, aux enfants nombreux
- il existe un système de location (ou de propriété) collective avec jouissance divise des parcelles.
On retrouve encore cette forme de fonctionnement de nos jours comme le montre la prochaine figure. A l’origine des groupes, on peut trouver tout type de citoyen : propriétaire philanthrope, personnes charitables, étudiants encadrés par un professeur, membres de Conférences de Saint Vincent de Paul, mais aussi certaines organisations : confréries, patronages, sociétés de secours mutuel, sociétés d’horticulture, organisme d’habitations à bon marché. Malgré une volonté de favoriser l’indépendance pour participer à la sensation du jardinier « d’être chez soi » dans sa parcelle, la Ligue fixe le cadre des relations entre le groupe et le comité local. Ces dernières sont sous-tendues par des règlements plus ou moins précis (de la bonne conduite au type de culture) et par un respect de la hiérarchie.
Sous l’impulsion de l’abbé Lemire et des comités locaux, les œuvres de jardins se multiplient. En 1907, la Ligue est implantée dans 73 départements. En 1909, Le Nord, fief électoral de l’abbé, compte 6709 jardins répartis en 109 œuvres.
Les jardins se développent timidement au début du siècle, mais la Première Guerre mondiale est l’élément déclencheur de leur croissance, pour répondre à de réels besoins de subsistance.
1.2 De l’entre-deux guerres à l’après guerre : essor et décadence des jardins ouvriers
1.2.1 Guerres mondiales et entre-deux guerres : la multiplication des jardins
Le rythme de création des jardins, jusque-là assez lent, s’accélère à partir la Première Guerre Mondiale. La Ligue gère 17 825 jardins en 1912, 47 000 en 1920 et 56 700 en 1927.
Les fonctions et utilités du jardin ouvrier sont de mieux en mieux reconnues. L’abbé Lemire participe à cette reconnaissance au travers d’un militantisme accru sur le plan national et international. Dès le début, une entente internationale est recherchée pour partager les expériences et contribuer à l’essaimage. Suite aux congrès à caractère international de 1903 et 1906 à Paris et 1922 à Bruxelles, les dirigeants nationaux des jardins familiaux réalisent l’importance du partage d’expériences. C’est ainsi qu’en 1926 est créé l’Office International du Coin de terre et des Jardins Ouvriers dont la devise est « unir et servir ». Ce dernier a pour mission d’établir un lien permanent entre les sept pays membres.
La période des deux guerres et de l’entre-deux guerres, marquée par la crise des années 1930 correspond à l’apogée du développement des jardins. La Ligue n’est pas le seul initiateur, de nombreuses œuvres rattachées au clergé ou laïques en créent. Le patronat industriel joue également un rôle important dans cet essor : les sociétés minières du Creusot, la société Peugeot de Montbéliard. Les cheminots se voient aussi attribuer leurs premiers lotissements de jardins par divers œuvres (« la Santé de la famille et des Chemins de fer français » (aujourd’hui Jardins du Cheminot), « Oeuvre de la lutte contre l’alcoolisme, les taudis et la mauvaise hygiène alimentaire »). Cet essor n’est en fait autre qu’une réponse aux besoins des années de guerre et de crise économique.
Le besoin est certes avant tout alimentaire mais est aussi introduite la notion de loisirs. Tant l’abbé Lemire que le patronage industriel reconnaissent une fonction récréative au jardin ainsi qu’une compensation au travail industriel :
« Le jardin ouvrier, c’est la campagne du travailleur, l’équivalent populaire de la villa où son riche patron va se reposer le dimanche »
L’activité rurale du jardinage est associée au loisir en opposition avec l’activité urbaine industrielle associée au travail. Le jardin devient un lieu de repos le dimanche où s’organisent des fêtes. La fonction alimentaire première n’est plus exclusive, les lotissements de jardins deviennent ainsi un lieu de forte sociabilité où se développe une culture propre mêlée d’individualisme (parcelle divise) et de collectif (loisirs en commun).
1.2.2 La deuxième guerre mondiale : premier élan d’intervention publique dans les jardins
En revanche, malgré ce dynamisme croissant des jardins, cette période d’entre-deux guerres se caractérise par un désintérêt de l’Etat pour les lotissements collectifs de jardins. Ce n’est que sous le régime de Vichy qu’une loi du 31 octobre 1941 est votée et distingue 4 catégories de jardins : ouvriers, industriels, ruraux et familiaux, dans le but unique de définir clairement les jardins ouvriers, seuls bénéficiaires des subventions de l’Etat. En effet, malgré la généralisation de la cotisation pour obtention du lopin de terre après la première guerre mondiale, les sommes engagées par les groupes de gestion étaient trop élevées. Cette intervention de l’Etat s’explique avant tout par le contexte de pénurie alimentaire dans lequel se trouve la France.
Outre cette dimension économique, l’héritage idéologique du paternalisme et du terriannisme à propos des jardins est vu comme un moyen idéal de promouvoir l’idéologie pétainiste « Travail, famille et patrie ». C’est donc une époque où la moindre parcelle disponible est mise en culture : 600 000 jardins ouvriers environ sont recensés dans la France entière, dont 25 000 dans la banlieue lyonnaise.
Cet apport majeur de Vichy dans le développement des jardins laisse une sombre trace dans l’histoire et pose les bases d’une certaine frilosité après-guerre.
1.2.3 L’après Guerre : une période de reconstruction sociale et de déclin des jardins
Au lendemain de la guerre, les œuvres d’assistance se désintéressent des jardins et leur nombre commence à décroître sérieusement. D’une part, les priorités de la reconstruction sont ailleurs, et d’autre part, la réappropriation des jardins ouvriers par l’idéologie pétainiste reste ancrée dans la mémoire collective. En 1950, on ne compte plus que 200 000 parcelles en France.4
La Ligue et ses acteurs se mobilisent pour protéger les jardins, voués à la disparition. Ainsi, une loi est votée le 26 juillet 1952 pour définir le cadre de création des jardins au sein du premier Code permanent. Cette loi supprime la distinction entre les quatre catégories et englobe sous le nom d’Organismes de jardins familiaux à la fois les Œuvres qui gèrent les terrains et les associations ayant pour but de favoriser l’exploitation des jardins familiaux.
Le jardin devient « familial » et non plus « ouvrier » pour enlever la connotation prolétaire qui s’y rapportait. La vocation alimentaire est un peu éludée et les jardins sont alors considérés plus sous leur apport d’agrément. Cette loi, par son contenu, se limite en fait à éviter la disparition mais n’encourage en rien la création des jardins. La course à la reconstruction amène bien des urbanistes à penser le foncier autrement. Les terrains sont récupérés au profit de l’installation d’infrastructures et d’équipements.
A la fin des années 1970, on ne compte plus que 150 000 parcelles et la création de nouveaux jardins n’est pas à l’ordre du jour, à la sortie de la période d’expansion économique des Trente Glorieuses.
De plus, en termes esthétiques, de nombreux reproches sont formulés de manière récurrente à l’égard des jardins. En effet, bien souvent qualifiés de laids car d’aspect hétéroclite du fait des constructions de fortune qu’ils abritent, les jardins sont assimilés à des bidonvilles verts participant à la dénaturation des paysages périphériques des villes. Les besoins en foncier prédominent largement sur la volonté de conserver ces jardins. Il faut rapprocher cette idée du contexte historique de l’urbanisme, en plein changement. En effet, c’est également à cette époque qu’est abandonnée définitivement la vogue des cités-jardins en France au profit des principes fonctionnels énoncés par la charte d’Athènes lors du Congrès International de l’Architecture Moderne, notamment avec Le Corbusier.
Face à ce déclin considérable des jardins (1500 dans la banlieue lyonnaise, soit presque vingt fois moins qu’après guerre5), la ligue œuvre à la recherche de solutions pour conserver ce patrimoine jardinier.
Paradoxalement, au même moment, la France se trouve dans une mutation socioéconomique qui favorise la renaissance des jardins.
1.2.4 Les crises des années 1970, un facteur de redécouverte des jardins.
Cette nouvelle vogue est étroitement liée aux crises que connaît la France dans les années 1970.
Tout d’abord, la nouvelle crise économique suite aux chocs pétroliers confère, de nouveau, aux jardins un rôle important dans l’économie familiale, vocation qui semblait jusqu’alors dépassée, voire condamnée. Ensuite, la crise urbaine et la déshumanisation des banlieues, grands ensembles où le lien social est peu présent offrent aux jardins familiaux une pleine légitimité dans l’exercice de leur rôle social. Les jardins familiaux apparaissent comme un moyen pour les citadins des quartiers défavorisés de se réapproprier une partie de leur cadre de vie.
Enfin, la crise environnementale fondée sur le besoin de se rapprocher de la nature et de retrouver le rythme des saisons au travers du contact de la terre participe grandement à cette renaissance.
Ces diverses prises de conscience aboutissent au vote, en 1976, d’une loi qui reste, encore de nos jours, la législation de référence pour les jardins.
1.3 De 1976 à nos jours : la reconnaissance timide des vertus fonctionnelles du jardin dit « familial »
1.3.1 La loi de 1976 : première réelle reconnaissance et protection législative des jardins
La redécouverte des jardins n’est pas seulement le fait des crises économique, urbaine et environnementale, mais également le fait de fortes personnalités politiques.
Les réels précurseurs de la renaissance sont des maires de grandes villes où les jardins familiaux avaient perduré : Jean Royer, maire de Tours ; Robert Poujade, maire de Dijon et Michel Crépeau, maire de La Rochelle, les deux derniers ayant été premiers titulaires du ministère de l’Environnement.
Successivement en 1966 et 1970, Jean Royer dépose des propositions de loi vaines conférant au jardin familial la notion d’espace vert ordonné. Poursuivant ses efforts conjointement à la Ligue, Jean Royer voit son idée triompher en 1976 lorsque, le 10 novembre, la loi Royer est votée. Elle prône la protection des jardins en :
- les incluant dans le plan d’occupation des sols au titre d’espaces verts protégés
- octroyant un droit de préemption aux SAFER6 et aux collectivités locales pour la création de jardins
- autorisant l’expropriation sur déclaration d’utilité publique au profit de création de jardins
La volonté du législateur se traduit dans une reconnaissance du jardin en termes :
-d’équipement social et de loisirs
-d’utilité publique.
Cette loi conserve toutefois un aspect confus quant à la définition des jardins. En effet, elle applique ces mesures aux jardins familiaux, incluant ceux privés et ceux collectifs. Il faut attendre 1979 pour que les décrets d’application clarifient le propos en proposant une définition arrêtée des jardins familiaux, se cantonnant aux jardins collectifs.
Toutefois, la loi et ses décrets transforment totalement la conception initiale du XIX°siècle des jardins ouvriers. Sont privilégiés les jardins d’agrément aux jardins potagers et les jardins de loisirs aux jardins utilitaires. Le jardin prend donc un nouveau sens dans la société. Les objectifs urbanistiques prennent le pas sur les objectifs sociaux. Dans la même logique, les décrets d’application de 1979 introduisent la notion d’intégration paysagère des lotissements de jardins aux espaces verts publics. Apparaît alors l’idée d’écologie urbaine. Les lotissements doivent faire partie intégrante de l’espace public en étant ouverts. Cela va un peu à l’encontre des préoccupations des jardiniers de l’époque qui malgré le discours politique inverse, restent principalement une clientèle populaire nécessitant la dimension potagère.
La volonté de cette politique d’Etat se résume dans les deux citations suivantes empruntées au compte rendu du colloque de Dijon :
« Les préjugés, pendant un certain temps, ont un peu dévalorisé l’image du travail de la terre, du travail du jardin. Besogne dure, vieillotte, peu noble, le jardinage alimentaire associé à l’idée de la pauvreté familiale, […], tout cela a disparu au profit d’une conception nouvelle du jardon familial»
Robert Poujade
« Les nouveaux jardins qui seront aidés par l’Etat ne se limiteront plus à la seule production maraîchère pour le besoin des familles. […] La politique de l’Etat en faveur des jardins familiaux vise essentiellement à remplacer la précarité par la stabilité, l’aménagement sommaire par un paysage de qualité, le jardinage par des activités de détente, l’espace privé clos par un espace ouvert au public. »
R. Max Antoni Chargé de mission à la Qualité de la vie
Cette politique étatique traduit la nécessité de répondre à des impératifs urbanistiques pressants. Le transfert de compétences lié aux lois de décentralisation de 1983 confère au département la compétence facultative de gérer ces crédits de subventionnement à la création de jardins. La nouvelle vocation des jardins exprimée par la loi de 1976 implique un revirement de l’idéologie première de la Ligue. Les jardins sont pensés entre autres comme un outil de réduction de coûts liés au traitement des espaces verts.
Les jardins familiaux perdurent sous cette forme et font l’objet de nombreuses créations mais, dès le début des années 1990, ils doivent cohabiter avec une nouvelle forme de jardins, tentant de répondre aux évolutions et nouveaux besoins de la société.
1.3.2 Les années 1990 ou la renaissance des jardins sous une nouvelle forme
Dans ce contexte naît une multitude d’initiatives de création de jardins. Cette redynamisation des jardins familiaux entraîne une prolifération d’associations qui ne se revendiquent pas forcément dans la filiation de la Ligue du coin de terre et du foyer, bien qu’ils en reprennent les principales idées. De nombreux jardins se développent autour de la fonction sociale et culturelle. Une nouvelle conception est adoptée : celle d’utiliser le jardin pour construire un espace social. Ce concept est issu d’une initiative citoyenne des années 1970 à New York. Des habitants d’un quartier ont cherché à se réapproprier des espaces de friches urbaines peu attractives qui constituaient leur paysage quotidien, en semant des graines au-dessus des limites grillagées de ces lieux. Peu à peu, des jardins sont nés et un collectif s’est formé sous l’appellation Green Guerillas afin de structurer un véritable projet de vie de quartier. La volonté des habitants était de se réapproprier leur cadre de vie et d’agir personnellement sur la qualité de leur environnement quotidien. Les jardins communautaires étaient nés. En France, malgré le caractère isolé de ces initiatives, certaines associations parviennent à échanger sur leurs expériences et partent assister à l’assemblée générale des jardiniers d’Amérique du Nord à Montréal, pour récolter informations techniques, acquérir un savoir-faire en matière de montage de projets. Ce voyage, financé par la Fondation de France, fondation mécène rassemblant des fonds privés pour soutenir les expériences « avantgardistes », a été en quelque sorte l’élément déclencheur du développement, en France, du concept de jardins communautaires, dits partagés. Le financement de la Fondation étant le facteur déterminant de cette mobilisation. L’enthousiasme des acteurs à leur retour de Montréal a stimulé l’organisation d’un forum Jardinage et Citoyens à Lille en octobre 1997. C’est à la suite de ce forum, dont le succès n’a guère fait de doute (400 participants de statuts aussi divers que fonctionnaires, responsables associatifs, professionnels du social, représentants de la politique de la ville, …), que le collectif Jardin dans tout ses états, dont nous parlerons ci-après, est né. Le premier jardin partagé en France est né à Lille en 1998 à l’initiative de l’activiste écologique René Penet. Il est le premier d’une longue série qui ne fait que s’accroître depuis. Le jardin est aujourd’hui considéré comme créateur de lien social, support de développement. Mais leur multiplication et la variété des conceptions qui s’y rattachent ne rend pas facile la lecture de l’objet « jardin » en France. C’est pourquoi nous essaierons, dans une seconde partie, d’éclaircir cet enchevêtrement d’initiatives et d’appellations en montrant d’abord les efforts du législateur relatifs à cette question puis la structuration timide des acteurs des jardins en France. L’objectif est également de dégager le lien qui existe entre ces nouveaux jardins et leur aînés ouvriers, tant dans leur conception que dans leur fonctionnement actuel.
2 LES JARDINS COLLECTIFS : NOUVEAUX SUPPORTS DE DEVELOPPEMENT LOCAL
2.1 Les jardins collectifs : un imbroglio terminologique
2.1.1 La volonté législative d’éclaircir
Face à cette expansion de nouveaux jardins et au manque de reconnaissance de ceux-ci du fait de la diversité d’appellation (jardins ouvriers, familiaux, collectifs, d’insertion, partagés etc..), les pouvoirs publics se mobilisent pour proposer une définition claire de chaque type de jardin, afin de mieux cerner cet engouement et ainsi de mieux répondre aux besoins exprimés par les porteurs de projets.
Suite aux missions d’expertise sur les jardins familiaux et sur les nouvelles expériences de jardins, comme outils d’insertion, commandées respectivement en 1997 et 1998 par le ministère de l’Agriculture, une proposition de loi est déposée en 2002. Relative aux jardins collectifs, cette dernière vise plusieurs objectifs :
-consolider le régime légal des jardins familiaux, en enrichissant la loi Royer de 1976
-étendre ce régime aux jardins dits « d’insertion », en enrichissant la loi de 1998 relative à la lutte contre l’exclusion
-reconnaître l’existence des jardins partagés et les soumettre à un statut similaire.
Le législateur définit donc trois catégories, toutes regroupées sous la dénomination plus large de « jardins collectifs » :
-Les jardins familiaux
Directement issu de la tradition des jardins ouvriers, ce type de jardin connaît un nouvel essor et dépasse largement sa vocation alimentaire première. Au début des années 1990, ils représentaient 100.000 à 200.000 unités, qui couvraient une surface totale de 2.500 à 5.000 hectares.
Divisés en parcelles individuelles d’une superficie moyenne de 200 m², ils sont aujourd’hui essentiellement gérés par des associations dont une majorité s’est fédérée au niveau régional ou national. (La Fédération nationale des jardins familiaux ou la Ligue du coin de terre et du foyer, les Jardins du cheminot ou encore la Société nationale d’horticulture de France)
Les associations gèrent les parcelles qu’elles octroient à des foyers en contrepartie d’une cotisation de la part des adhérents. La demande de parcelles existe réellement puisque par exemple, en région parisienne, 2000 demandes sont insatisfaites et le délai d’attente pour l’obtention d’un jardin se situe autour de plusieurs années.
La pérennité de ce type de jardin, dont l’histoire est séculaire, peut s’expliquer par l’appui financier des subventions de la puissance publique d’une part et, d’autre part, par les nouvelles utilités qui lui sont conférées.
-Les jardins d’insertion
Ces jardins sont nés des préoccupations sociales liées à la montée de l’exclusion en France. Ils ont pour objectifs la réinsertion de personnes en difficultés sociales ou professionnelles (chômeurs, bénéficiaires du RMI, handicapés, personnes isolées, jeunes en difficulté scolaire, anciens détenus ...). Reconnus par la loi de 1998 relative à l’exclusion au titre de « chantiers d’insertion », ces jardin connaissent un essor certain. Un recensement exhaustif n’ayant pas été réalisé, seule une estimation autour de quelques milliers nous permet de montrer l’intérêt qui leur est accordé. Des associations telles que Jardins d’aujourd’hui, Jardins de la solidarité, jardins fédérés par la Fédération Nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion Sociale (dits aussi Jardins cultivons la solidarité), Restaurants du coeur, Jardins de cocagne œuvrent à leur mise en réseau.
-Les jardins partagés
S’inspirant d’expériences nord-américaines (New York et Montréal), cette nouvelle forme de jardins, très récente s’organise plus autour d’un espace de vie commun géré collectivement au sein duquel les habitants d’un quartier s’investissent pour améliorer leur cadre de vie. Expérimenté d’abord à New York, cette formule bien qu’émergente, semble être appréhendée comme un outil réellement pertinent d’organisation de voisinage, contribuant fortement à réinventer l’espace social d’un îlot d’habitations. La démultiplication des expériences françaises au cours de ces dernières années en est une preuve. Leur développement est toutefois limité du fait d’une absence de régime juridique clair et du fait de l’ignorance de leur existence par un bon nombre d’acteurs.
Au-delà des ces trois principales distinctions existe une variété d’autres jardins qui s’apparentent plus ou moins à l’un des trois types présentés ci-dessus.
2.1.2 Un essai de typologie
Toutes sortes de jardins se développent avec des buts très différents les uns des autres mais avec pour idée-clé commune : le développement de relations sociales et d’échanges.
La proposition de loi présentée ci-dessus ne prend en compte, sous l’appellation globale de « jardins collectifs », que trois catégories de jardins – familiaux, d’insertion et partagés – mais en réalité il existe aujourd’hui une multiplicité d’appellations qui reflètent un objectif conceptuel à chaque fois différent.
Les trois catégories retenues par la loi cherchent à donner une cohérence et à éclaircir toutes les initiatives mais nous chercherons à montrer, à travers la figure ci-dessous, la difficulté de la classification.
La figure s’organise autour des définitions législatives mais elle en montre les limites. Alors que la loi scinde de manière claire les concepts de jardins familiaux, d’insertion et partagés, la figure fait ressortir la complexité des liens entre ces trois concepts. En effet, chaque catégorie est largement perméable. Nous pouvons dégager trois éléments de synthèse :

Les jardins familiaux, parcelles cultivées individuellement au sein d’un lotissement collectif de jardin, ne se limitent pas aux simples jardins familiaux traditionnels issus des jardins ouvriers. Ils incluent également la nouvelle vague des jardins en pied d’immeuble ou dits à développement social8qui restent étroitement liés aux premiers par leur fonctionnement mais qui s’en éloignent quelque peu par leur vocation. Les jardins en pied d’immeuble sont généralement issus d’une volonté du bailleur social (l’O.P.A.C. ou les régies de quartiers) afin de favoriser la création de lien social au sein d’ensembles urbains verticaux peu propices aux échanges. Ils sont majoritairement divisés en parcelles individuelles assez réduites mais ils peuvent également avoir un fonctionnement uniquement collectif. Dans ce cas, ils font partie intégrante du concept de jardins partagés.
Les jardins dits d’insertion recoupent trois sous-catégories qui sont l’insertion sociale, l’insertion professionnelle et le domaine carcéral. Une nouvelle fois, il est difficile d’opérer une séparation nette. En effet, les jardins d’insertion professionnelle et ceux carcéraux intègrent pleinement la dimension d’insertion sociale et c’est à vrai dire leur but premier. La différenciation ici se fait plutôt sur le plan économique pour l’insertion professionnelle et sur le plan du type de public pour le milieu carcéral. Les jardins d’insertion sociale revêtent également le statut de jardins partagés.
On note donc que les jardins partagés ne se situent pas au même niveau que les dits d’insertion et familiaux puisque ces premiers incluent une part des deux autres catégories globales. Les jardins partagés se trouvent donc au centre. Ce sont des éléments fédérateurs des diverses initiatives. Leur caractère récent montre qu’ils se cherchent encore et que la spécialisation n’est pas leur maître mot.
Les jardins pédagogiques à destination des enfants apparaissent quant à eux à la croisée de toutes les initiatives puisqu’ ils peuvent être et sont développés dans tout type de jardin sur une parcelle plus réduite. L’objectif recherché est, d’une part, la sensibilisation à l’agriculture et par extension à une alimentation saine et, d’autre part, une sensibilisation au respect de la nature par le biais de l’éducation à l’environnement. L’installation récurrente de jardins pédagogiques au sein d’autres jardins n’est pas une idée nouvelle, comme le montre la photographie de Annexe 1. Dès le début du XX° siècle, les jardins ouvriers étaient investis par des écoliers pour des leçons de botanique.
Pour conclure, nous pouvons soulever la question de l’ampleur du champ couvert par les jardins partagés. Ce nouveau concept n’est-il pas la fédération de tous les jardins existants ?
Cet essai de typologie se présente comme une volonté de notre part de contribuer à une meilleure lisibilité de ces différents jardins. Il est d’ailleur possible d’opérer un autre classement en intégrant d’une part le degré d’initiative privée (associatif ou privé) à l’origine du projet et le degré d’accessibilité au public. (Cf. Annexe 2)
Rappelons cependant qu’il ne s’agit pas là d’une volonté de ranger les jardins actuels sous des étiquettes pour ce seul but, mais plutôt pour favoriser une meilleure appréhension des différentes sortes de jardins, afin de montrer leur utilité sociale, fondement de leur participation au développement local.
Le tour d’horizon des différents types de jardins nous a permis de comprendre l’essence de l’organisation des nouveaux jardins en France. La complexité d’une transcription claire de chaque vocation nous amène à réfléchir sur la légitimité d’un classement. « Chaque jardin est unique » précise Béatrice Charre, chargée de mission du réseau régional Passe-Jardins. Mais cette complexité peut nuire au développement des jardins. Cet enchevêtrement de conceptions peu claires s’est traduit concrètement dans la constitution de notre bibliographie. En effet, chaque acteur adopte une définition et ainsi le jardin collectif sera aux uns ce que le jardin partagé sera aux autres et ainsi de suite. Justement dans un souci de clarté, nous choisissons de suivre la nomenclature proposée par le Sénat pour la suite de ce rapport, à savoir nous utiliserons le terme jardin collectif pour englober toutes les nouvelles conceptions de jardins externes au privatif. Nous nous attacherons maintenant à décrypter le jeu des acteurs des jardins en France
2.2 Les acteurs des jardins en France
2.2.1 Un système d’acteurs complexe
L’importance et le caractère isolé des initiatives autour des jardins ne nous a pas permis de proposer de manière exhaustive l’ensemble des acteurs et ce n’est d’ailleurs ici pas le but. Il s’agit plutôt de montrer l’organisation des acteurs clés. La figure ci-dessous présente le système de relations qu’ils développent entre eux. Elle reprend les définitions de la proposition de loi en séparant les acteurs des jardins familiaux, d’insertion et partagés.
Deux principaux acteurs - la F.N.J.F. ou L.C.T.F. et les Jardins du cheminot – régissent les jardins familiaux. On retrouve leur ancienneté dans la date de création des structures les gérant.
La Fédération Nationale des Jardins Familiaux est la nouvelle appellation donnée en 1952 à la Fédération Nationale des Jardins Ouvriers, elle-même issue en 1921 de la Ligue du Coin de terre et du Foyer, créée en 1894. Elle conserve sa tradition historique et donc sa logique initiale de gestion. Ainsi, elle ne développe pas ou peu de projets autour des jardins. L’approche est plus celle de l’attribution de parcelles à des adhérents faisant euxmêmes la demande. Elle regroupe aujourd’hui plus d’une centaine d’associations et son mouvement concerne environ 200000 familles (cf. Annexe 3).
Les Jardins du Cheminot ont été créés en 1943, en plein essor des jardins ouvriers du fait des conditions de pénurie alimentaires de la guerre. Originellement créé pour subvenir aux besoins des ouvriers des réseaux ferroviaires uniquement, il maintient sa tradition auprès du personnel S.N.C.F. et des R.F.F. mais s’ouvre progressivement à d’autres citoyens. La révision récente de ses statuts a ouvert la possibilité d’adhésion aux membres de la S.N.H.F. Cette dernière, créée en 1827, regroupe aujourd’hui plus de 300 000 membres, directement ou à travers plus de 200 associations adhérentes. Les Jardins du Cheminot rassemblent 65 000 adhérents, soit 3000 jardins familiaux. Ils ont la particularité de proposer un service de fournisseur en matériel horticole. Ils montrent une réelle volonté d’intégrer la nouvelle dimension accordée aux jardins en développant des partenariats avec d’autres acteurs. Ainsi, ils ont engagé une réflexion aux côtés de la F.N.J.F. pour élaborer une proposition de loi et travaillent en partenariat avec le collectif J.T.S.E. pour développer l’accueil de personnes handicapées dans leurs jardins (cf. Annexe 4)
Les jardins d’insertion professionnelle sont rassemblés par deux acteurs principaux qui n’adoptent pas la même logique : la F.N.A.A.R.S., fédération qui privilégie l’entrée sociale de par sa vocation et le réseau Cocagne, qui englobe une dimension plus large.
Créée en 1956, la F.N.A.A.R.S. regroupe à ses débuts, des foyers d'hébergement pour des personnes sortant de prison. Depuis, elle a élargi ses missions à la lutte contre l’exclusion par la promotion de l’insertion et elle s’adapte aux nouveaux outils, notamment les jardins d’insertion par l’activité économique. La F.N.A.A.R.S. Ile de France a constitué, fin 2001, un groupe régional « Jardins d'insertion ».

Le Réseau Cocagne, qui sera développé plus longuement en troisième partie, rassemble des jardins d’insertion par l’économique ayant adhéré à une charte.
Enfin, le collectif Jardin dans tout ses états, créé en 1997, rassemble des associations de jardins partagés animés par cinq réseaux régionaux (Ch’ti, Rhône-Alpes, Méditerranée, Sud Ouest, Grand Ouest), comprenant chacun un correspondant référent du J.T.S.E. L’analyse de la figure montre que c’est ce collectif qui est le plus intégrateur en termes de partenariat. En effet, il ne revendique pas de spécialisation et est ouvert à tout type de jardins. C’est bien la notion de projet qui prédomine ici, contrairement à la logique de gestion de la F.N.J.F. La lecture de la figure révèle d’ailleurs la situation isolée de l’acteur F.N.J.F. Si l’héritage historique est un élément d’explication, il n’est pas le seul.
2.2.2 Une scission jardins familiaux / jardins partagés dépassant le cadre historique
Du fait même de sa structuration fédérale et de l’héritage de sa mission (le développement des jardins familiaux), le mouvement de la Ligue n’a pas franchement amorcé un rapprochement en direction des jardins collectifs, car elle ne souhaite pas s’y investir et préfère laisser la place à d’autres acteurs compétents en la matière. Leur champ d’action concerne plus particulièrement les jardins familiaux dans leurs dimensions individuelles (la parcelle) et techniques (le jardinage). La Ligue n’a simplement pas la culture des jardins collectifs et le savoir faire qui va avec en termes de montage de projets. Elle reconnaît les nouvelles fonctions attribuées aux jardins et abonde dans le sens des travailleurs sociaux, animateurs d’organismes de jardins partagés lorsqu’ils les décrivent comme un moyen intéressant de créer du lien social, mais elle insiste cependant sur la nécessité d’encadrement de ces nouveaux jardins par des spécialistes de cette question. En effet, le manque de terrains disponibles nécessite la mise en place de jardins collectifs partagés où le parcellaire sera organisé dans un souci de rationalisation de l’espace. Enfin, ces jardins correspondent plus aux nouvelles demandes sociales qui insistent sur la volonté d’avoir un espace partagé, ouvert et surtout accessible, dans la mesure où de nombreux citadins désireux de s’initier aux joies du jardinage manquent simplement de compétences et recherchent un encadrement simple et convivial pour apprendre.
De fait, on constate désormais une évolution très limitée des jardins familiaux au profit des jardins collectifs, qui constituent le plus souvent la majorité des créations de jardins.
Ainsi, pour répondre à cette nouvelle demande, un collectif d’association de jardins partagés s’est constitué : Jardin dans Tous Ses Etats.
2.2.3 Vers une structuration des jardins partagés
L’acteur qui se distingue le mieux dans la diversité des jardins partagés en France est le collectif Jardins dans Tout Ses Etats. Il s’agit d’un réseau national qui rassemble lui-même plusieurs organisations de jardins partagés qui bénéficient d’une reconnaissance régionale autour du développement de jardins (spécialisés ou non). En Rhône-Alpes, c’est l’association le Passe-Jardins qui fait figure de correspondant régional.
Nous l’avons rencontré afin de mieux saisir le rôle et la réelle influence de ce mouvement parmi la multitude des initiatives.
Le rôle de J.T.S.E. se décompose en deux missions :
-développer les jardins collectifs
-créer une représentation nationale de ces initiatives.
Premièrement, il s’agit de développer et d’accompagner les projets de jardins partagés sur le terrain (ce qui constitue la mission des correspondants régionaux). Mais l’objectif principal de cette organisation est de donner de la visibilité aux initiatives des jardins collectifs et de construire une représentation nationale dans le but de sensibiliser les pouvoirs publics et les acteurs de la vie civile. Enfin, toujours dans l’objectif de promouvoir le Jardin, il s’agit aussi d’organiser un capital de savoir et de bonnes pratiques en matière de développement de jardins, à partir d’un partage d’expériences au cours de forums nationaux annuels qui constituent l’événement marquant du collectif du J.T.S.E.
Le concept de J.T.S.E. repose sur le fait que la diversité des jardins qui se sont créés ont des valeurs communes, notamment la notion de « collectif » (solidarité, lien social, respect...)
Une charte au caractère très général permet de réunir une large partie des acteurs du jardin collectif (cf. Annexe 5) :
Ɣ renforcer les liens sociaux à l’échelle du quartier, du village ;
Ɣ favoriser la participation du citoyen pour l’appropriation de son cadre de vie ;
Ɣ agir dans le respect de l’environnement.
Cette charte est tout à fait représentative de l’action du J.T.S.E., qui demeure très floue et éparpillée. Comme nous avons pu le voir plus haut à travers l’essai de typologie et l’organisation des acteurs des jardins en France, le collectif J.T.S.E. ou le concept de jardins partagés est ouvert à tout type d’initiatives et ne se cantonne pas à un domaine précis, comme a pu le faire par exemple le réseau Cocagne à travers l’activité unique de jardins d’insertion par l’activité économique. Se pose alors la question de l’efficacité de leur action. En effet, en s’étant fixé cette haute ambition de fédérer l’ensemble des initiatives, le J.T.S.E. est encore en pleine quête d’identité. A vouloir en faire trop, il revendique une part de valeurs communes à l’ensemble de ces jardins et se trouve sans objet vraiment déterminé. On peut y voir la jeunesse du réseau, qui doit prendre le temps de se faire connaître, mais aussi peut être l’absence d’un cadre précis.
Notre rencontre avec le régional Passe-Jardins n’a fait que confirmé cet état de fait. L’association Passe-jardins a été créée en 1998 et ses actions concernent deux niveaux territoriaux. Tout d’abord, elle joue le rôle de correspondant régional du collectif national J.T. S.E. et, ensuite, elle agit sur le territoire de Rhône-Alpes en tant que porteur de projets de jardins et centre de ressources.
Dans son champ d’action régional, l’association Passe-jardins a été missionnée par la Mission Ecologie du Grand Lyon pour la création de 15 jardins partagés par an sur le territoire de la Communauté Urbaine. Actuellement, l’association agit très peu en dehors de cette convention publique. Comme son nom l’indique, l’association se définit comme un initiateur de projet et non comme un gestionnaire du fonctionnement d’un jardin. Ainsi, elle n’anime directement que 3 jardins : Le Valdo dans le 5ème arrondissement, le Pause-jardins à Bron et le tout récent jardin d’insertion sociale des Minguettes à Vénissieux. C’est cette dernière expérience que nous avons choisi de visiter.
A l’initiative de la mairie de Vénissieux, le Passe-Jardins a créé le jardin des Minguettes en juin 2004. Jardin d’insertion sociale, il a pour objectif de réduire l’absence de lien social qui règne sur le plateau des Minguettes. Le public cible est donc défini dès le début par la mairie : 80% doit provenir du plateau des Minguettes. L’animation du jardin est confiée à l’association Passe-jardins et deux comités de suivi sont mis en place : un comité de pilotage rassemblant les partenaires financiers (Elus, C.C.A.S., A.N.P.E.) et un comité technique autour du fonctionnement du jardin (mode de communication, construction, outils). (cf. Annexe 6).
Le terrain, s’étendant sur 2700 m2 au pied du plateau des Minguettes, est propriété de la mairie de Vénissieux et du Grand Lyon. Les jardiniers qui s’y rendent sont envoyés par les partenaires sociaux de la ville (C.C.A.S., A.N.P.E.). Depuis son ouverture, 12 personnes sont passées par ce jardin dans un but de réinsertion sociale. Comme nous l’explique l’animateur, le jardin est appréhendé comme une aide à l’élaboration d’un projet de vie. Généralement loin de l’emploi, en amont de l’insertion professionnelle, le public accueilli vient puiser des ressources nécessaires à la reconstitution de soi.
Le jardin est un prétexte à l’insertion, le jardinage potager ne représente pas l’enjeu majeur. Le projet du jardin est assimilé au projet de vie. Il nécessite une réflexion en amont, la conception d’un plan de gestion, la mise en culture, l’entretien, la récolte, tout comme le nécessite un projet de vie (réflexion, plan d’action, moyens mis en œuvre, actions, résultats). Les jardiniers doivent justifier d’une présence deux fois par semaine afin de pouvoir récolter leur production. Cela instaure des règles de vie et de fonctionnement, sous un angle autre que la vision normative de la société.
Présenté de la sorte, le projet paraît attractif et on en comprend rapidement l’idée maîtresse. Cependant, de nombreuses critiques peuvent être apportées en termes de résultats.
Aujourd’hui, il ne reste que 4 jardiniers permanents et parmi les 12 personnes passées par le jardin, aucune ne provenait du plateau des Minguettes, si ce n’est une qui n’est restée qu’un mois. Cela soulève la question de la légitimité de l’aide publique directe à cette initiative. En effet, la mairie finance un animateur à mi-temps pour accompagner 4 jardiniers seulement. De plus, ce financement intervient pour une mission qui n’est en quelque sorte pas remplie puisque, d’une part, le public ne provient pas des Minguettes et, d’autre part, l’animateur évoque des difficultés à trouver des jardiniers. En effet, les partenaires sociaux ne renvoient pas forcément les personnes éligibles vers ce jardin.
Par ailleurs si, nous l’avons vu, le jardinage n’est pas l’enjeu majeur, il semble toutefois pertinent de pratiquer l’activité. Or l’animateur, issu d’une formation psychosociale, n’est en aucun cas compétent en matière de maraîchage. Les premières récoltes ont donc été un échec, d’autant qu’il s’attache à développer des techniques biologiques, sans en avoir réellement les moyens humains. On peut se demander si le manque de compétences techniques de l’animateur en matière de jardinage n’est pas une contrainte au développement du jardin et de son concept.
Nous pouvons tempérer ce bilan critique par le caractère très récent de ce jardin (juin 2004) mais il semble que tant ce jardin que l’association Passe-Jardins sont à l’image du réseau J.T.S.E. : présents sur tous les fronts mais finalement rarement efficaces.
On peut donc conclure sur l’évaluation de l’activité ambitieuse de J.T.S.E. qui, par sa jeunesse et l’ampleur de la mission qu’il s’est attribuée, n’apparaît pas comme un succès profitable à tous les acteurs engagés. Nous essaierons par contre de montrer comment le Réseau Cocagne, par sa structuration et son fonctionnement, offre une meilleure lisibilité de son action, tant auprès des partenaires institutionnels que du grand public.
Il existe cependant un autre thème qui fédère toutes les formes de jardin (en particulier les jardins collectifs) et qui participe pour beaucoup à leur reconnaissance institutionnelle, puisque les jardins sont vecteurs de développement local.
2.3 Les jardins collectifs : nouveaux support de développement local urbain
2.3.1 Un facteur de développement social innovant
Bien qu’il soit encore vrai de nos jours que les jardins servent parfois d’appoint non négligeable à des familles en difficultés9, la dimension sociale à laquelle sont affectés les jardins collectifs est plus transversale.
Le contexte social a désormais changé et le développement social fait surtout référence à l’idée de dynamique sociale, de construction de liens sociaux. Les nouvelles expériences de jardins collectifs ont démontré en quelques années d’existence toute leur importance et leur efficacité en la matière. La construction de liens sociaux est une des principales vertus des jardins collectifs.
Le jardin n’est souvent qu’un « prétexte », un support pratique et utile pour construire des relations entre habitants d’un même territoire (ou micro territoire). Le jardin n’est pas une finalité mais un outil.
A partir d’une dynamique de projet, motivée par diverses raisons selon les citoyens (embellissement de son quartier, autoconsommation de légumes, loisir du jardinage, contact avec le nature...), naît une dynamique sociale dans le territoire. Des habitants aux origines et aux situations diverses se retrouvent autour d’un projet commun. Le rôle de production du jardin ne devient finalement qu’accessoire et sert à ses habitants pour multiplier les rencontres, les échanges de dons et contre dons et élargit ces relations à d’autre aspect que celui du jardinage. Il sert d’occasion pour tisser des relations entre générations et devient ainsi un outil pédagogique et de sensibilisation à l’environnement et à la nature, pour les anciens au service des plus jeunes. Par définition, le jardin se doit d’être ouvert et accessible à l’ensemble de la société. Le jardin permet ainsi de construire des liens entre personnes de catégories socioprofessionnelles différentes, qui se retrouvent et se reconnaissent pour œuvrer ensemble dans le jardin et partager leur savoir faire. Ce qui permet dans certains quartiers de développer une mixité sociale effective. Dans sa logique la plus conviviale, le jardin devient l’occasion de fêtes et d’animations diverses, où l’on se partage la production. Dans les autres cas, la production est partagée de façon concertée entre les jardiniers selon leur temps de travail. Mais aux dires des animateurs du Passe-jardins : « il arrive plus souvent que les légumes pourrissent en terre par crainte de ses adhérents de briser ce lien avec la collectivité à laquelle ils sont très attachés... ».
Si les habitants d’un quartier s’investissent dans un tel projet, c’est non seulement pour nouer du contact et du lien avec les autres habitants mais aussi, voire surtout, pour améliorer leur cadre de vie et participer à une réhabilitation de leur territoire.
2.3.2 Un outil d’aménagement urbain de plus en plus valoriser
Ayant peu à peu perdu, dans la société, son image quelque peu dévalorisante de « bidonville vert », le jardin devient un équipement urbain recherché par les collectivités. Les jardins collectifs contribuent désormais à embellir la ville, parfois objets urbains artistiques (jardins d’ornements,...), ils tendent à prendre de plus en plus de considération dans les projets urbains et dans les problématiques d’intégration paysagères.
Reprenant cette logique, les premiers jardins partagés se sont appuyés sur des espaces peu ou pas valorisés, voire ignorés des pouvoirs publics (voieries surdimensionnées, pieds d’immeubles, friches...). Dans un contexte où la politique de la ville intègre de plus en plus des demandes en matière de cadre de vie, d’environnement urbain (parcs urbains, coulées vertes...) cette valorisation permet aux pouvoirs publics de requalifier certains espaces à moindre coût. En effet, le rapport qualité prix dans l’investissement d’un jardin collectif coûte entre 7 et 22 € alors que pour un espace vert conventionnel, cela revient entre 15 et 70 €. De plus, le jardin est économique, tant pour l’investissement que par son entretien, qui relève du bénévolat.
Cette dimension économique mais aussi participative du jardin collectif, qui permet une réappropriation, par les habitants, des moyens d’agir sur leur cadre de vie, est de plus en plus intégrée dans les projets de la Politique de la Ville en particulier dans le dispositif du DSU11.
Enfin, il semblerait que ces jardins constituent un patrimoine urbain respecté de la population, qui ne souffre pas encore de dégradation ni de vandalisme. On remarque ainsi un changement d’attitude des populations sensibles quand un projet d’aménagement est réalisé dans le sens d’une concertation, et où le travail de citoyens reconnus du quartier apparaît visible et utile à tous ...
2.3.3 Une démarche de partenariat local
Principe majeur du développement local, le partenariat et la concertation constituent le fondement même des projets de jardins collectifs, à la différence notable des jardins strictement familiaux, qui ne relèvent pas d’une dimension citoyenne aussi prononcée.
Les projets de jardins partagés sont à cet égard les plus démonstratifs. Ce type de jardin est par définition même une action collective, qui doit être portée et appropriée par ses jardiniers, c'est-à-dire par la population du territoire que le jardin occupe. C’est toute la difficulté des animateurs de jardins partagés, d’influer une dynamique de projet et de passer le relais aux habitants et aux jardiniers, qui par la suite se constituent en association « autonome ». A partir du moment où les citoyens s’approprient le projet, ses contraintes et ses opportunités, le groupe qui l’a en charge décide de son devenir et de sa traduction concrète (règlement interne, physionomie du jardin...). Le jardin devient en quelque sorte un espace de démocratie participative où chaque citoyen actif peut contribuer au changement de son cadre de vie.
Mais ce travail d’animation nécessite bien souvent un savoir faire, une méthodologie de projet, qui s’inscrivent dans une démarche de développement local.
Outre ce travail préalable de dynamique de projets, la recherche de partenaires locaux est une condition indispensable pour pérenniser le jardin, en l’inscrivant dans une démarche territoriale. C’est en multipliant l’intérêt social de ce jardin que ce dernier sera plus reconnu et par conséquent plus soutenu. Les écoles pour les jardins pédagogiques, les hôpitaux pour les jardins Handicapés, les jardins de découverte accessibles à toute forme de public ou encore les jardins d’insertion sociale pour accompagner des publics en difficulté permettent d’associer plusieurs partenaires au projet.
Reconnaissant la fonction sociale des jardins, les pouvoirs publics (et dans une moindre mesure certains particuliers) apparaissent de plus en plus réceptifs aux développements de jardins et constituent les partenaires indispensables pour l’acquisition de terrains (communes ou EPCI12, SAFER...) et pour les investissements de départ (Etat, collectivités, établissements publics divers....). De plus, ce lien créé entre une association d’habitants et les pouvoirs publics ouvre un nouvel espace de communication entre une collectivité et ses administrés, pour éventuellement porter au jour d’autres projets.
Sans cette organisation locale nécessaire et cette concertation, la mobilisation autour des jardins resterait vaine.
Le J.T.S.E. estime que « les jardins partagés sont l’illustration concrète d’une volonté d’aménagement durable du territoire, à l’échelle humaine, à l’écoute des besoins de ses résidents. »
Cependant, du développement local au développement durable, il existe une marge, à condition de réunir l’ensemble des thématiques qui fondent le triptyque du développement durable (économie, social et environnement). Or, la dimension économique ne constitue pas une priorité essentielle des jardins collectifs et n’est pas toujours prise en compte.
Parmi le large éventail des jardins collectifs qui existent, une initiative intègre au mieux ces trois dimensions et nous a semblé intéressante à présenter : il s’agit des jardins de Cocagne.
3 LES JARDINS D’INSERTION SOCIALE PAR L’ACTIVITE ECONOMIQUE : L’EXEMPLE DES JARDINS DE COCAGNE : UN PROJET DE JARDIN NOVATEUR ET INTEGRE
Les jardins de Cocagne relèvent de la catégorie des jardins d’insertion, qui constituent la forme de jardins collectifs qui se développe le plus depuis ces dix dernières années. Ces jardins d’insertion intègrent à la fois les nouvelles logiques du développement local relatives aux jardins collectifs, ainsi que les premières vertus sociales et socialisantes du jardin ouvrier
3.1 L’insertion : une activité encore jeune portée par la société civile
Deux formes de jardins d’insertion coexistent. Les objectifs sont sensiblement les mêmes mais la mise en œuvre de l’accompagnement des publics diffère.
-Les jardins d’insertion sociale ont vocation à accueillir un public en exclusion très éloigné du marché du travail et à réhabituer ces personnes au travail à travers une activité volontaire du jardinage.
-Les jardins de Cocagne sont des jardins d’insertion par l’activité économique, qui emploient un public en difficulté mais exigent d’eux le respect de certains engagements de travail et donc une certaine productivité à partir d’un encadrement adapté.
Ce dernier type de pratique, articulé entre l’économique et le social, est plus communément appelé Insertion par l’Activité Economique (I.A.E.). Ce concept est né au début des années 1980, à partir de l’initiative du milieu associatif pour pallier les carences des pouvoirs publics dans le traitement de la crise, à un moment où la notion de public en difficulté s’est affirmée et où le phénomène d’exclusion se développait.
En effet, l’aide sociale « en assistance » montre alors ses limites : « le traitement institutionnel des sans-emploi n’agit que sous forme d’un saupoudrage en limitant les difficultés financières. » 14. La complexité institutionnelle, la gestion très bureaucratique des procédures limitent le pragmatisme des pouvoirs publics et son efficacité.
L’enjeu qui se pose alors pour de nombreux territoires en cette période de forte récession consiste de ne pas « décrocher » une partie de leur population qui cumulent les difficultés afin « d’éviter la destruction des personnes, de leur identité, de leur intégration, de leurs liens sociaux, des conditions de leur vie quotidienne... ».
Des initiatives locales se développent alors dans l’objectif d’accompagner ces publics « décrochés » pour les aider à reprendre en main leur avenir, et envisager une éventuelle réinsertion économique. Ces espaces intermédiaires, entre l’assistance publique et le marché de l’emploi vont être à l’origine d’une mobilisation citoyenne (privée et associative) qui va combler ce manque.
Entre 1980 et 1990, apparaissent successivement plusieurs organismes de lutte pour l’insertion : les E.I. (Entreprises d’Insertion), les A.I. (Associations d’Insertion), les E.T.T.I. (Entreprises de Travail Temporaire et d’Insertion) qui commercialisent des biens et des services créés par un public en difficultés. Parallèlement à ces structures réglementées, d’autres initiatives sans forme juridique voient le jour, comme les régies de quartiers ou encore les chantiers d’insertion. Ces derniers sont majoritairement initiés par des associations, autour d’activités non marchandes d’utilité sociales largement soutenues par les collectivités. Cette approche rejoint le concept de l’I.A.E. qui consiste à immerger ce public en exclusion dans des situations concrètes de travail et de production afin de favoriser leur socialisation et à terme leur retour vers l’emploi.
L’initiative des Jardins de Cocagne :
Le premier jardin de Cocagne apparaît dans les débuts de ce nouveau champ de compétence qu’est l’insertion, en prenant le parti de se situer dans un secteur mixte qui combine la commercialisation de biens et de services dans une démarche de chantier d’insertion. Leur fondateur, Jean Guy Henckel, qui travaille dans le milieu social, se demande comment, aider les personnes précaires qui vivent en milieu rural. Il s’inspire alors d’une expérience menée à Genève qui associe des consommateurs à un maraîcher. Ce dernier est chargé d’une production de légumes et est rémunéré à ce titre par les consommateurs adhérents.
Jean Guy Henckel décide alors de lancer l’idée d’associer à ce projet un volet social et de proposer pour jardiniers un public à réinsérer.
Les jardins de Cocagne se présentent ainsi sous la forme de Jardins collectifs à vocation d’insertion sociale qui, à travers la production de légumes, distribués sous forme de paniers hebdomadaires à des adhérents consommateurs, permettent à des adultes de retrouver un emploi et de construire un projet personnel.
Patrice Marie, co-fondateur du mouvement, souhaite renforcer la démarche citoyenne et solidaire du mouvement et convainc ses partenaires de contribuer à une agriculture respectueuse de l’environnement et de réaliser une production biologique.
Dès le départ, la volonté des jardins de Cocagne consistait à ne pas « ghettoïser » l’approche de l’insertion par le travail, mais de lier cette action à des enjeux environnementaux, territoriaux...
Les jardins de Cocagne participent à un développent durable du territoire en intégrant à partir d’un projet de jardin une approche sociale, économique et environnementale.
Afin d’illustrer un modèle de ces jardins intégrés, où différentes logiques d’action s’entrecroisent (sociale, professionnelle, économique, éducative, territoriale, environnementale, citoyenne et publique) nous nous appuierons sur le cas concret des « Potagers du Garon » à Grigny.
3.2 Acteurs et missions d’un jardin d’insertion
Ancien bassin d’emplois fortement industriels, le territoire de l’intercommunalité Rhône Sud incluant les communes de Givors et Grigny a été touché de plein fouet par la désindustrialisation et la crise de la fin des années 1970. Ce contexte de crise a soulevé la question de la reconversion d’un bon nombre de personnes ayant un emploi dans le secteur industriel.
3.2.1 Les Potagers du Garon : l’exemple d’un jardin de Cocagne
L’initiative du jardin d’insertion « Les Potagers du Garon » (cf. annexe 7) repose sur la volonté d’un groupe de citoyens motivés par d’autres expériences de jardins d’insertion en Rhône-Alpes. Dès le départ de cette idée, ces derniers ont trouvé un groupe d’élus locaux réceptifs à ces initiatives et désireux de répondre de manière originale aux besoins d’insertion d’une partie de la population de leur territoire.
La mise en place de ce projet, de la même manière que pour tout projet de développement local et de jardins, a nécessité certaines phases d’études (études de faisabilité diverses) et la recherche de partenaires.
La phase de recherche du site d’installation de l’activité a été
facilitée par une mise à disposition gracieuse de terrains exploitables, par le syndicat intercommunal des eaux d’une part et par la société Casino d’autre part. Ce dernier s’avère cependant relativement exigu compte tenu de sa proximité avec le Garon, qui subit parfois quelques crues.
La phase de recherche de financements s’est faite essentiellement auprès de fondations d’entreprises alentour et des collectivités locales.
Enfin, le lancement de l’activité a nécessité une opération de communication pour constituer un réseau d’adhérents prêts à s’investir dans l’opération. Le « bouche à oreille » a constitué, comme pour la plupart des jardins de Cocagne, le mode de recrutement le plus efficace.
Créé en 1995, le jardin s’est vu attribuer par le ministère du Travail le label d’association d’utilité sociale16.
Dès 1996, les premiers paniers de légumes sont proposés aux adhérents de façon hebdomadaire.
Cinq permanents au service du jardin :
Si les jardins collectifs nécessitent majoritairement une assistance technique pour l’animation et le montage initial du jardin, les jardins d’insertion nécessitent la présence d’animateurs pérennes ayant des compétences en matière d’accompagnement social.
Les jardins du réseau Cocagne nécessitent en plus des compétences maraîchères ainsi que des compétences en matière de gestion financière. A Grigny, l’organisation du jardin repose sur cinq salariés permanents qui participent quotidiennement au parcours de réinsertion des personnes employées.
La directrice gère le jardin en étroite collaboration avec une chargée de mission insertion. Responsable du suivi du parcours d’insertion de chaque employé, cette dernière a un poste clé au sein du jardin. En effet, elle accompagne quotidiennement de façon individuelle les jardiniers dans la formulation et la formalisation de leur parcours d’insertion. Ce poste permanent traduit la vocation première du jardin.
Deux maraîchers professionnels encadrent les 13 jardiniers qui effectuent les cultures sur un terrain de près de deux hectares.
Enfin, une secrétaire comptable est chargée de la gestion administrative du jardin ainsi que de l’animation du réseau d’adhérents. Cette équipe est chargée de la mission d’insertion des publics en difficulté, de la gestion équilibrée de l’initiative, de la prospection et de la recherche de partenaires locaux pour s’inscrire au mieux dans le territoire.
Après cette présentation sommaire du fonctionnement interne des Jardins du Garon, nous allons concrètement évoquer les objets de développement, les missions affectées à ce jardin.
3.2.2 Un projet emprunt de développement durable
Une démarche pour l’Environnement
Dans une volonté d’inscrire cette démarche territoriale dans le développement durable, l’association des potagers du Garon assure une production biologique. Cette volonté est d’autant plus forte que l’association souhaite développer des semences qui seraient strictement biologiques et qui permettraient de diversifier les productions et de sauvegarder certaines espèces (qu’ils feront par ailleurs découvrir) dans l’objectif de promouvoir la biodiversité.
Dans l’objectif de s’inscrire dans le territoire et de s’y faire accepter, le jardin d’insertion prête une attention particulière à ne pas rentrer en concurrence avec les producteurs biologiques locaux. De fait, les prix que propose l’association sont alignés sur ceux pratiqués localement. L’association va même jusqu’à promouvoir ces producteurs biologiques en les invitants à vendre leurs produits lors de leurs portes ouvertes, ou bien parfois lors des distributions, afin de proposer une gamme de produits la plus diversifiée possible. Enfin, « Les Potagers du Garon » invite les producteurs locaux à communiquer ensemble à l’occasion de salon, de foires ou de marchés exceptionnelles...
La protection de l’environnement passe aussi par une démarche de sensibilisation auprès des plus jeunes. L’association a ainsi proposé la création d’un jardin pédagogique aux jeunes écoliers de Grigny (150 enfants au total), qui créent leur propre jardin en même temps qu’ils découvrent les cycles naturels et sont sensibilisés à la protection de la nature par une approche autour de l’agriculture biologique.
Ce jardin est entretenu par les jardiniers à réinsérer, qui constituent le point fort de l’action des Potagers du Garon. Le jardin emploie des personnes qui sont au début de leur parcours d’insertion. Le jardin est donc considéré comme un tremplin vers une réinsertion dans la vie active courante. Les jardiniers sont recrutés sur la base de critères d’éligibilité à divers dispositifs. Un équilibre est cependant recherché dans le recrutement des jardiniers (chômeurs de longue durée, jeunes chômeurs, parité hommes femmes) dans le but de favoriser une mixité stimulante au sein du groupe à partir de l’idée que chacun peut apporter à l’autre.
La grande majorité des ouvriers agricoles sont bénéficiaires du dispositif R.M.I.17. Une fois employés, ces jardiniers sont soumis aux engagements qu’impliquent les C.E.S.18, contrat de travail aidé qui offre la possibilité de cumuler le R.M.I. avec une rémunération complémentaire. La possibilité d’être contractuel les oblige en contrepartie à tenir les engagements liés à leur travail.
En outre, les employés se doivent de faire évoluer leur projet de réinsertion avec l’aide de la chargée de mission.
Le simple fait d’être écouté, d’être accompagné de façon personnalisée constitue une des motivations principales chez les employés. Enfin, le jardinage est reconnu comme étant une activité particulièrement adaptée à la réinsertion. Le travail de la terre est une activité aux vertus thérapeutiques :
« le travail de la terre et la vie en plein air ont incontestablement des vertus équilibrantes, sur le plan physique tout autant que psychologique et permettent de retrouver une quiétude réparatrice. »
Enfin le rythme des cultures est particulièrement adapté à un public qui cherche une habitude de travail étant donné qu’il maîtrise l’intégralité de la « chaîne de production » (de la plantation à la récolte). Il comprend donc mieux la valeur de ce travail et son utilité. De même, le cycle long du végétal, qui implique une projection dans l’avenir, participe à la reconstruction identitaire de ce public en difficulté, qui a perdu parfois toute notion de « projet ».20 L’impératif de production suscite une dynamique de travail et une reconnaissance d’utilité pour la société. Leur travail apparaît particulièrement valorisé lors de la distribution du fruit de leur travail sous forme de paniers aux familles adhérentes qui consommeront cette production. Toute cette approche favorise une nouvelle appréciation de la notion du travail et de l’emploi et donc participe à la réflexion sur un projet professionnel. La directrice des Potagers du Garon estime qu’environ 20 à 30 % des jardiniers parviennent à retrouver un emploi quelque temps après leur sortie du chantier d’insertion, 20 à 30 % se réorientent vers une formation qualifiante et les autres continuent leur parcours d’insertion ailleurs. Si ces résultats existent, c’est tout d’abord par la volonté des jardiniers de s’en sortir, ainsi que par la présence d’un encadrement professionnel et engagé. Mais si ce projet peut aboutir, c’est surtout grâce à l’investissement et au soutien des adhérents consommateurs qui permettent de faire fonctionner le système et lui donnent tout son sens.
Un réseau de 140 familles adhérentes : Présentation de la démarche d’économie solidaire :
Le fait de l'échange et le lien qu'il génère sont aussi importants, voire plus, que le contenu de l'échange. Aujourd’hui, 140 familles sont adhérentes et reçoivent chaque semaine un panier de légumes. Elles paient pour la saison (selon différentes modalités possibles) une somme ajustée au contenu du panier (qui dépend des récoltes). L’adhésion simple de soutien est toutefois possible. Deux types de paniers sont proposés :
-la part complète qui comprend 5 à 8 variétés de légumes et qui correspond à l’équivalent d’une famille de 4 personnes.
-la demi-part qui comprend 3 à 5 variétés de légumes.
Les adhérents sont à grande majorité urbains. Les deux tiers habitent le secteur Grigny-Givors et récupèrent leur panier sur le site du jardin. Le dernier tiers, provenant de l’agglomération lyonnaise, a accès à une livraison dans divers lieux du Grand Lyon. La mobilisation de ces derniers dépasse bien souvent le simple cadre de l’échange commercial et renvoie à une notion de solidarité fondamentale. Mais il y a aussi dans cet acte d’achat la volonté de construire du lien avec les jardiniers, entre consommateurs, et de se mobiliser pour un acte solidaire envers l’environnement et envers son territoire.
Le lien avec les jardiniers est très important pour la démarche du projet. Pour ce, des rencontres au caractère plus ou moins officiel sont prévues (distribution des paniers, pause-café, journées portes ouvertes...). Ces dernières favorisent d’autant plus l’insertion des jardiniers dans un contexte social et permettent aux consommateurs de « personnifier » leurs légumes. Mais le jardin leur est toujours grand ouvert, ce qui leur permet, d’une certaine façon, de se l’approprier. Dans certains jardins, les adhérents ont la possibilité de participer aux travaux à côté des jardiniers.
On se rend ici compte de l’importance de la taille du projet, qui doit conserver une certaine convivialité pour maintenir cette dynamique autour du lien, qui donne tout son sens à l’entreprise. Mais, dans le même temps, il est nécessaire de disposer d’une taille minimum afin de dégager une certaine rentabilité, nécessaire pour la survie du projet. La fidélisation des adhérents est un objectif constant des professionnels qui proposent, en dehors des diverses rencontres, un bulletin d’information mensuel (« La feuille de chou des potagers du Garon »), et essaient de communiquer autour du territoire (presse locale : Le Progrès, Salon Primevère...) afin de remplacer la part récurrente des adhérents qui quittent le projet (environ 30 % chaque année).
« Les Potagers du Gardon » participe annuellement au salon Primevère qui se tient à Lyon. Le jardin mise beaucoup sur l’existence de ce lien fort au jardin de la part des adhérents.
Enfin, le rôle des adhérents ne s’en tient pas au simple acte d’achat, ces derniers sont concertés pour les projets importants ayant trait à la vie du jardin et certains sont même membres du Conseil d’Administration et sont, avec leur président, responsables des grandes orientations du projet, en étroite collaboration avec les professionnels du jardin.
Pour toute cette dimension, les consommateurs des Jardins de Cocagne sont ainsi fréquemment qualifiés de consom’acteurs. Mais, à eux seuls, ces consom’acteurs ne suffiraient à rentabiliser l’entreprise d’un jardin de Cocagne qui nécessite, comme toute action d’insertion une large part d’aides et de subventions publiques. Aussi, ces derniers servent souvent à obtenir les 20 % d’autofinancement nécessaires pour obtenir des financements extérieurs.
Les acteurs des Jardins Cocagne ont ainsi fait le choix de favoriser un circuit court de distribution (du producteur au consommateur) et mobilisent localement leurs autres partenaires : services de l'Etat, collectivités locales, fondations d'entreprises, mais aussi bénévoles (simples adhérents qui ne sont pas consommateurs) agriculteurs bios.
Un partenariat nécessaire
Le budget de l’Association qui suit permet de définir quels sont ses partenaires privilégiés.
Tableau 1 : Budget des Potagers du Garon
| Recettes |
|
Dépenses |
|
Fonds propres adhésion vente des paniers |
21% |
Personnel |
80% |
Transfert de charges Critères C.E.S. |
39% |
Fournitures de production |
20% |
Subventions U.E. – P.L.I.E. D.D.A.S.S. - fonctionnement C.R. Rhône Alpes – emploi/environnement C.G.69 – mission d’insertion C.C. Rhône Sud – poste de direction21 Fondations d’Entreprises locales |
40% |
Fonctionnement de l’association |
Source : d’après l’entretien avec la directrice des Potagers du Garon.
La mission du projet, relative à l’insertion, s'inscrit dans un réseau de partenaires pour l'accueil, le suivi et la mise en place du projet de vie ou professionnel de la personne embauchée. Dans un contexte de maîtrise des dépenses publiques, les acteurs institutionnels du social ont été conduits à sous traiter avec les associations une partie des actions de réinsertion des publics en difficulté. L’approche individuelle pratiquée par les jardins d’insertion apparaît comme complémentaire à l’approche statutaire et institutionnelle.
Les jardiniers sont souvent renvoyés vers les Jardins du Garon par le biais de l’A.N.P.E. Le soutien de ces partenaires institutionnels est une condition indispensable à la réussite du projet. Les partenaires sociaux (C.C.A.S., M.D.R., A.N.P.E.) jouent un grand rôle dans le suivi des jardiniers à la sortie de leur C.E.S. Ils participent à la transition entre le contrat aidé et la vie courante par le biais d’orientation vers des formations spécialisées ou d’emplois sous la forme de C.E.C.22. Sans ce relais et cette concertation entre ces acteurs, l’action des jardins de Cocagne resterait souvent vaine. En effet, cette période de transition semble particulièrement délicate, et ne peut constituer une compétence des professionnels des Jardins qui éprouvent déjà certaines difficultés à assumer leur propre mission.
Les partenaires publics locaux sont tout aussi indispensables et pourtant moins « naturel », étant donné que certains d’entre eux (C.C., C.R. Rhône Alpes) dépassent leurs champs de compétences pour soutenir cette initiative.
Dès l’origine, le projet a bénéficié du soutien des élus locaux. Aujourd’hui, la reconnaissance du jardin se traduit par un soutien technique et financier de la part des collectivités locales (subventions) et des organismes d’insertion. A défaut de pouvoir participer financièrement au bon fonctionnement du jardin, certaines collectivités, comme la commune de Grigny, offrent ponctuellement un concours technique par le prêt ou la mise à disposition de matériel et de personnel
Difficultés récurrentes d’un projet de jardin d’insertion par l’économique
Collectivités et fondations d’entreprises soumettent cependant de façon implicite les financements annuels à des conditions d’efficacité et de résultats produits. Ces subventions ne sont en effet jamais acquises. Cet état de fait constitue une incertitude pour la pérennité de ces jardins, mais leur offre cependant la possibilité de réagir. Or, il n’en est pas de même de toutes les formes de subventions.
Largement tributaires des transferts de charges (comme on l’a vu sur le tableau 1), au même titre que l’ensemble des Structures d’Insertion par l’Activité Economique, les Jardins de Cocagne sont soumis aux réformes nationales de ce secteur. Tous les jardiniers contractent uniquement des C.E.S. avec « Les Potagers du Gardon ». L’avenir de ces contrats aidés reste tout à fait incertain dans les mois à venir. Il est en effet possible qu’ils disparaissent totalement fin mars. La question du type de contrat que le jardin pourra proposer aux jardiniers se pose alors. De plus, n’ayant pas de ressources propres assez importantes pour financer les emplois, le jardin recrute exclusivement des jardiniers éligibles au dispositif
C.E.S. financé par le transfert de charges. Leur marge de manœuvre en termes de recrutement est donc très limitée. Les notions de conditionnalité et de critères d’éligibilité dépassent largement leurs volonté et conviction et ne s’accordent pas toujours avec les publics en réelle difficulté sur le territoire.
A ces difficultés, qui relèvent d’une logique plus « globale », s’ajoutent des contraintes plus locales, puisque l’association qui a fait le choix de s’inscrire dans un territoire doit composer avec celui-ci. Le jardin de Grigny reste à la mercie de deux acteurs pour la poursuite de son activité. En effet, bien que ne s’étant pas manifesté en ce sens, le syndicat intercommunal des eaux et la société Casino peuvent à tout moment reprendre leurs droits sur leurs terres, du fait de l’inexistence de formalisation écrite de la relation qui les lient à l’association quant aux terrains.
De plus, ces terrains ont déjà révélé des faiblesses, étant situés en zone inondable. Le jardin, au bord de la faillite, a trouvé une solution de recours en mobilisant la solidarité du réseau et des adhérents, mais ce phénomène d’inondation pourrait se reproduire fréquemment.
Enfin, le recrutement des postes du personnel encadrant, ici maraîchers professionnels, nécessite des compétences particulières ainsi qu’une motivation profonde pour le milieu social (qualités d’écoute et d’accompagnement). Ces postes soumis (selon la majorité des jardins de Cocagne23) à une forte rotation, le jardin peut rencontrer des difficultés pour recruter cet élément clef du système.
Ce constat reste un problème majeur pour anticiper sur les projets à venir et les besoins en financement et investissement de l’activité. Malgré l’ensemble de ces soutiens et son efficacité prouvée, le jardin des Potagers du Garon (comme la plupart des structures qui oeuvrent pour l’insertion) demeure une association souvent menacée. Pour faire face et permettre à ces initiatives de développement durable de perdurer, les jardins du Potager peuvent compter sur l’existence d’un réseau : « le Réseau Cocagne », dont nous allons présenter l’organisation et les actions menées.
3.3 Un réseau de jardins collectifs structuré et reconnu : le Réseau Cocagne
3.3.1 Un réseau qui s’est structuré dans le temps
Suite à l’initiative de Jean Guy Henckel et à la création du premier jardin de Cocagne à Chalezeule dans le Doubs en 1991, les Jardins ont suscité l’intérêt de nombreuses personnes dans toute la France. En 1994, pour faire face à des demandes de plus en plus importantes de particuliers, d’associations, de collectivités qui souhaitent monter le même type de projet, une stratégie d’essaimage organisée est mise en place et portée par l’association responsable de ce premier jardin de Cocagne : l’association Julienne Javel. Cette dernière continue dans le même temps de développer son propre jardin. De 1996 à 1999, l’augmentation du nombre de Jardins est considérable, passant de 20 Jardins fin 96 à 50 Jardins fin 1999. Les demandes d’informations, d’aides et d’interventions se multiplient et convergent vers l’association Julienne Javel. Ce soutien logistique sur des questions techniques, administratives ou juridiques se développe et l’habitude est prise de contacter Chalezeule ou d’autres jardins afin de profiter de leur expérience. L’idée d’organiser une " inter-relation " entre les Jardins émerge. Il s’agit désormais pour les Jardins de passer d’une phase d’expérimentation sociale à un stade de pérennisation de leurs actions. L’association Julienne Javel, qui a porté le premier jardin de Cocagne, qui est à l’origine de la diffusion du modèle et qui est l’acteur qui bénéficie du plus d’expérience, devient légitimement l’animatrice d’un réseau de 50 Jardins. En 1999, devant le développement croissant de jardins d’insertion par l’activité économique sur le modèle de Cocagne, il est décidé de renforcer l’animation des Jardins de Cocagne. La structure coordinatrice sera dotée d’un statut autonome d’envergure nationale et mobilisera des modes d’organisation et des moyens adaptés. Le Réseau Cocagne est créé en juillet 1999. Il gère aujourd’hui plus de 450 encadrants, 2500 jardiniers et nourrit environ 12000 familles sur 80 jardins en France.

Afin de renforcer la cohésion de ce réseau, certains jardins (un par Région) constituent des relais régionaux de la cellule nationale afin de favoriser une animation régionale, de proposer des rencontres régionales, d’inciter des jardins à s’associer en parrainage et de commencer un échange à ce niveau là. Le Réseau de Rhône Alpes est de loin le plus fourni en jardins de Cocagne (ce que l’on retrouve dans l’histoire des jardins où Rhône Alpes fût une région pionnière...).

Ce réseau est l’occasion de rencontres entre directeurs et professionnels des jardins (échanges de bons conseils pour obtenir tel financement,...), mais aussi entre adhérents consom’acteurs pour renforcer la mobilisation solidaire (débats...). L’un des éléments qui explique le bon fonctionnement du réseau, c'est-à-dire que les différents partenaires se comprennent et se retrouvent sur des valeurs communes, est la constitution d’une charte à l’échelle du réseau national.
3.3.2 La nécessaire création d’une charte « Réseau Cocagne »
Afin de cadrer les projets qui se créent un peu partout en France sur le modèle de Cocagne, l’une des premières raisons d’être du réseau a été de se construire une identité, c'est-à-dire de définir un projet commun à tous les jardins afin de leur donner du sens et une certaine lisibilité.
Ces valeurs partagées ont été exprimées dans une charte, commune à tous les Jardins de Cocagne. Elle exprime l’essence du projet des Jardins. Elle est un élément de positionnement déterminant de la part des jardins qui s’y engagent.
Les quatre principes de cette charte représentent le fondement commun des Jardins, à partir duquel se déclinent les spécificités et l’originalité de chacun. En effet, il n’existe pas un modèle de jardin Cocagne exclusif et transférable. Comme on l’a vu auparavant avec « les Potagers du Garon », ces jardins s’inscrivent dans un territoire avec lequel ils composent. Le développement du partenariat local (écoles, collectivités, autres associations ...), l’implication des adhérents, les parcours des jardiniers sont autant de paramètres qui diffèrent très sensiblement d’un jardin à l’autre.
La Charte sert de base solide qui garantit la place de chacun parmi les Jardins. Le réseau regroupe ainsi les Jardins signataires de la charte du Réseau Cocagne "Cultivons la solidarité". Elle se compose de quatre grands principes :
-Accueillir et accompagner le devenir des personnes en difficulté.
-Travailler en Agriculture Biologique (qui implique une procédure de certification).
-Distribuer en priorité les produits agricoles à un réseau d’adhérents.
-Ne pas rentrer en concurrence avec les producteurs agrobiologiques locaux.
Nous l’avons vu, l’association des Potagers du Garon s’inscrit complètement dans ces principes en favorisant le développement d’un partenariat local, la concertation entre adhérents et professionnels ainsi que le dialogue entre jardiniers et adhérents.
3.3.3 Les missions du réseau : animer, mutualiser, soutenir, promouvoir, professionnaliser…
L’animation et la mutualisation
Le premier rôle du réseau est de le faire vivre, de lui donner du corps. Cette dynamique de réseau repose sur la mutualisation des connaissances et des expériences. Ce capital de connaissance diffusée permet aux jardins de se faire connaître et de se reconnaître entre eux.
Cette mise en réseau doit permettre à tous les jardins de bénéficier des expériences des uns et des autres afin d’améliorer leur connaissance en termes de développement de projets, d’innovations... A cette fin, le réseau joue le rôle d’observatoire de l’ensemble des jardins et diffuse les bonnes pratiques susceptibles de développer l’efficacité de la mission des jardins. Pour entretenir cet échange d’expériences, pour renseigner régulièrement les jardins des dernières modifications législatives et pour animer ce réseau, il existe une revue trimestrielle, « L’arrosoir », diffusée par le réseau. De même, un forum annuel regroupe l’ensemble des jardins pour débattre des expériences innovantes et des difficultés du moment. Ce forum, très important pour la vie du réseau, est souvent accueilli avec bienveillance par les territoires, puisqu’il fait intervenir des personnalités, des institutions publiques (préfet, vice-président de
C.R. et C.G., ...). Le réseau agit ainsi comme « lieu-ressource ».
Le soutien et la professionnalisation
Disposant de personnes ressources compétentes (parmi les 10 permanents affectés au réseau) en matière d’agriculture biologique, de comptabilité, ou d’autres domaines relatifs à la vie du jardin d’insertion, le réseau est compétent pour conseiller et accompagner un jardinadhérent partout sur le territoire.
Le réseau permet aussi aux personnels encadrants des jardins d’accéder à des formations qualifiantes (recherche de financements, animation du réseau d’adhérents, NTIC...) et de renforcer la professionnalisation de ces métiers.
Le réseau se dote également d’une capacité de mobilisation de moyens financiers pour aider les structures adhérentes à débuter leurs actions (étude de faisabilités) et /ou pérenniser leurs actions quand celles ci éprouvent certaines difficultés. Ce fut à cet égard le cas pour le jardin des Potagers du Garon qui après l’inondation de leurs terrains en 2003, a reçu un soutien financier indispensable de la part du réseau (cf. annexe 8).
Pour ce, le réseau détient la capacité de mobiliser un remarquable réseau de partenaires privés et publics (qui va de l’Etat jusqu’à de grandes entreprises de commerciales comme « Carrefour »).
La promotion
Cette reconnaissance du réseau en fait un acteur influent parmi les secteurs de l’agriculture Biologique (siège au réseau national de Fédération Nationale d’Agriculture Biologique) ou encore parmi les secteurs de l’insertion par l’activité économique.
C’est en tissant un partenariat actif auprès d’un ensemble d’acteurs du développement durable (Agriculture Biologique, Structure d’Insertion par l’Activité Economique...), en participant à toutes sortes de forums et de colloques pour présenter leur initiative que le réseau Cocagne s’est fait connaître et apparaît aujourd’hui comme une institution influente parmi ces différents secteurs. En effet, c’est une particularité de ce réseau que de s’engager volontairement avec l’ensemble des partenaires qui recoupent leur combat. D’ailleurs, le réseau Cocagne a accepté le principe de s’associer au collectif de J.T.S.E. et envisage une éventuelle collaboration avec eux pour promouvoir les jardins collectifs. C’est désormais au collectif de J.T.S.E. de savoir comment associer ce réseau structuré et influent pour valoriser l’ensemble des jardins collectifs...
Le réseau a acquis suffisamment de reconnaissance pour dialoguer de façon active auprès des pouvoirs publics. De même, il peut sensibiliser l’opinion publique (apparition dans les médias télévisuels,...) afin de renforcer la reconnaissance des jardins et de promouvoir une conception du développement durable autour de l’agriculture biologique, de la lutte pour la solidarité et l’insertion, ce au-delà même des frontières nationales, puisque le réseau tente de nouer des relations avec des associations à vocation Européennes et entend porter son combat à une autre échelle.
Efficacement structuré, très reconnu parmi les jardins adhérents, le réseau a récemment décidé de lancer une grande démarche qualité sur l’ensemble de ses jardins afin d’améliorer leur efficacité et leur capacité de résistance, en prévenant des possibles changements à venir (évaluation, programme adapté avec les fonds nécessaires...). Cette possibilité d’influer sur l’ensemble des projets locaux des jardins de Cocagne français est tout à fait démonstrative de la force de ce réseau, qui entend bien développer et faire perdurer ces jardins collectifs.