{"id":115,"date":"2018-02-28T14:59:27","date_gmt":"2018-02-28T13:59:27","guid":{"rendered":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/?p=115"},"modified":"2018-06-12T15:38:49","modified_gmt":"2018-06-12T13:38:49","slug":"lesthetique-du-bug","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/lesthetique-du-bug\/","title":{"rendered":"L&rsquo;esth\u00e9tique du bug"},"content":{"rendered":"<h1>Le courant <i>Glitch<\/i><br \/>\nou L&rsquo;esth\u00e9tique du \u00ab\u00a0bug\u00a0\u00bb<\/h1>\n<h6>Auteur : Simon Cordat (master MFA &#8211; 2017-2018)<\/h6>\n<h2>1.\u00a0\u00a0\u00a0 Biographie du compositeur Yasunao Tone<\/h2>\n<p>Yasunao Tone est un compositeur japonais n\u00e9 \u00e0 Tokyo en 1935. D\u00e8s les ann\u00e9es 60, il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la musique exp\u00e9rimentale, \u00e9lectronique et \u00e0 la question de sa performance et de sa repr\u00e9sentation \u00e0 travers le mouvement artistique <em>Fluxus (<\/em>qui questionne entre autre la place de l\u2019art dans la soci\u00e9t\u00e9). Il s\u2019est inspir\u00e9 de la pens\u00e9e bruitiste des ann\u00e9es 20 et du trait\u00e9 de Luigi Russolo en montrant que les machines permettent de nouvelles possibilit\u00e9s sonores. De nos jours, il poursuit aujourd&rsquo;hui ses travaux autour des questions du bruit, du langage et des syst\u00e8mes de repr\u00e9sentation. <!--more--><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-116 alignleft\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Yasunao_Tone-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Yasunao_Tone-300x225.jpg 300w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Yasunao_Tone.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 300px) 85vw, 300px\" \/><br \/>\nLe compositeur est aussi membre du collectif \u00ab Team Random \u00bb, le premier groupe d&rsquo;art informatique organis\u00e9 au Japon en 1966.<\/p>\n<p>(photo : <span class=\"mw-mmv-title\">Andy Newcombe<\/span>)<\/p>\n<h2>2.\u00a0\u00a0 Situation historique et esth\u00e9tique dans le r\u00e9pertoire<\/h2>\n<p>Yasunao Tone s\u2019inscrit dans le mouvement appel\u00e9 <em>Glitch. <\/em>Bien que ce mouvement de la musique \u00e9lectronique apparaisse v\u00e9ritablement dans les ann\u00e9es 1990, celui-ci exploite l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0l\u2019art des bruits\u00a0\u00bb issue des ann\u00e9es 1920. Le <em>Glitch <\/em>est une esth\u00e9tique bas\u00e9e sur les d\u00e9faillances \u00e9lectroniques, les accidents num\u00e9riques. D\u00fb au fait que l\u2019esth\u00e9tique repose sur le \u00ab\u00a0bug\u00a0\u00bb, il n\u2019y a pas qu\u2019une fa\u00e7on de cr\u00e9er cette musique, mais appelle plut\u00f4t \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation d\u2019une ou plusieurs d\u00e9faillances informatiques.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td>\u00ab\u00a0Le <em>glitch<\/em> est une esth\u00e9tique bas\u00e9e sur les erreurs \u00e9lectroniques, les d\u00e9faillances ou autres incidents num\u00e9riques. Au del\u00e0 de l&rsquo;\u00e9ventuel aspect anecdotique d&rsquo;une telle approche, qui ne se r\u00e9duirait qu&rsquo;\u00e0 un effet de forme, le <em>glitch<\/em> est un dialogue exp\u00e9rimental engag\u00e9 avec la machine et son mat\u00e9riau num\u00e9rique, sous son aspect instable et probl\u00e9matique. \u00bb<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.mitpressjournals.org\/doi\/abs\/10.1162\/014892600559489\">Kim Cascone, <i>\u00ab\u00a0<\/i><em>The Aesthetics of Failure: \u201cPost-Digital\u201d Tendencies in Contemporary Computer Music<\/em><i> \u00bb<\/i><\/a>,\u00a0 <em>Computer Music Journal<\/em>, Volume 24 | Issue 4 | Winter 2000, p.12-18.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h2>3.\u00a0\u00a0 Pr\u00e9sentation de l\u2019\u0153uvre<\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" wp-image-119 alignleft\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/solo-300x300.jpeg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"255\" \/>L\u2019\u0153uvre retenue se nomme \u00ab Part\u00a0I \u00bb, un extrait de l\u2019album <em>Solo For Wounded CD<\/em> publi\u00e9 en 1997 par le label avant-garde New-Yorkais <strong>Tzadik<\/strong> fond\u00e9 par le compositeur bruitiste et exp\u00e9rimental John Zorn en 1995. L\u2019ensemble du disque est repr\u00e9sentatif du courant <em>glitch. <\/em>La pr\u00e9sentation de cette \u0153uvre va nous permettre de comprendre les proc\u00e9d\u00e9s du compositeur.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/CEDi-39o5qw?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; encrypted-media\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<h2>4.\u00a0\u00a0 Commentaire d\u2019\u00e9coute<\/h2>\n<p>Dans l\u2019\u0153uvre \u00ab Solo For Wounded \u00bb, le compositeur utilise un proc\u00e9d\u00e9 visant \u00e0 cr\u00e9er un bug \/ une erreur informatique, ce qui va apporter ce rendu sonore si singulier. Yasunao Tone a volontairement endommag\u00e9 des compact-dics, pour ensuite les ins\u00e9rer dans un lecteur de CD, et en a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les informations audio pour cr\u00e9er cette pi\u00e8ce.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-121 alignleft\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/CDcasse\u0301-239x300.png\" alt=\"\" width=\"239\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/CDcasse\u0301-239x300.png 239w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/CDcasse\u0301.png 601w\" sizes=\"(max-width: 239px) 85vw, 239px\" \/>Difficile donc de d\u00e9crire avec pr\u00e9cision une telle \u0153uvre, mais nous pouvons noter des effets de CD ray\u00e9s ou de CD qui \u00ab\u00a0saute\u00a0\u00bb, des bruits et des sons parasites\/r\u00e9siduels extr\u00eames tr\u00e8s divers allant du tr\u00e8s grave aux aigus per\u00e7ants. Les sons sont souvent courts dans leur dur\u00e9e, percussifs, avec parfois quelques semblants de rythmes. L\u2019apparition irr\u00e9guli\u00e8re des sons forme entre eux des agr\u00e9gats, un m\u00e9lange complexe de fr\u00e9quences.<\/p>\n<p>L\u2019instrument de musique est remplac\u00e9 par des outils pour cr\u00e9er cette nouvelle mati\u00e8re sonore al\u00e9atoire et inattendue, supprimant ainsi tout ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019anticipation musicale.<\/p>\n<h2>5.\u00a0\u00a0 L\u2019innovation du compositeur<\/h2>\n<p>Les travaux de Yasunao Tone utilisent un processus de \u00ab d\u00e9-contr\u00f4le \u00bb de la lecture d&rsquo;un lecteur de CD afin de s\u00e9lectionner de mani\u00e8re al\u00e9atoire des fragments d&rsquo;un ensemble de mat\u00e9riaux sonores. Le compositeur a d\u00e9clar\u00e9 que la fonctionnalit\u00e9 de correction d&rsquo;erreur des lecteurs de CD modernes rendait difficile la poursuite de l&rsquo;utilisation de cette technique et, pour cette raison, il continue d&rsquo;utiliser du mat\u00e9riel plus ancien. Outre l\u2019originalit\u00e9 et l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er de la musique par cet interm\u00e9diaire, la musique <em>glitch <\/em>a une dimension exp\u00e9rimentale par le <em>digital<\/em>. D\u2019ailleurs, pourrait-on associer cette pratique au <em>post-digital<\/em>\u00a0?<\/p>\n<p>Ces sons ne peuvent \u00eatre produits que par des machines (utilisation de logiciels existants et d\u2019autres cr\u00e9\u00e9s sp\u00e9cialement pour le genre), avec des modules d\u2019effets mais en agissant sur les variations du courant \u00e9lectrique d\u2019appareils \u00e9lectroniques. Le mat\u00e9riau sonore <em>glitch<\/em> est une source in\u00e9puisable, sans limites compar\u00e9 \u00e0 de v\u00e9ritables instruments. Il y a alors un oubli total du timbre instrumental standardis\u00e9 par les facteurs et fabricants d\u2019instruments. En effet, ici on cr\u00e9\u00e9 son propre instrument destin\u00e9 au bruit que l\u2019on rejoue ensuite par l\u2019\u00e9coute.<\/p>\n<h2>6.\u00a0\u00a0 Synth\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale sur le travail du timbre dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle<\/h2>\n<p>Au cours du s\u00e9minaire et \u00e0 travers les diff\u00e9rents expos\u00e9s, nous avons vu que le XX<sup>e<\/sup> et le XXIe si\u00e8cle ont donn\u00e9 lieu \u00e0 d\u2019innombrables exp\u00e9rimentations et innovations musicales touchant le domaine du timbre. Deux visions sont \u00e0 prendre en compte\u00a0: tout d\u2019abord les compositeurs qui restent attach\u00e9s aux instruments, \u00e0 la facture instrumentale mais qui s\u2019int\u00e9ressent aux moyens de les d\u00e9tourner afin de cr\u00e9er quelque chose de nouveau. Ce f\u00fbt le cas pour Hendrix avec ses effets \u00e9lectroniques et ses\u00a0nouveaux modes de jeux \u00e0 la guitare, ou encore dans la musique spectrale o\u00f9 les chercheurs s\u2019int\u00e9ressent au timbre lui-m\u00eame en analysant le spectre harmonique d\u2019une note.<\/p>\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, nous avons vu des compositeurs s&rsquo;int\u00e9ressant \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un nouveau mat\u00e9riau sonore par le bruit et l\u2019enregistrement. Schaeffer, Henry, Risset et Tone aspirent \u00e0 la cr\u00e9ation tout \u00e0 fait in\u00e9dite de nouveaux timbres par le biais de la machine, de l\u2019enregistrement ou de proc\u00e9d\u00e9s <em>post-digital<\/em>. Ce travail peut-\u00eatre bien s\u00fbr calcul\u00e9 et construit musicalement sous des formes diverses ; ou pas !<\/p>\n<p>L&rsquo;observation de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle met en \u00e9vidence une v\u00e9ritable course au timbre entre compositeurs innovants. L\u2019avanc\u00e9e technologique n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ces nouveaux travaux de recherche sonores\u00a0: on pourrait penser que ces nouveaux instruments, ces outils et ces machines ne sont limit\u00e9s que par l\u2019utilisation que l\u2019on en fait. Ce qui signifie ici que cr\u00e9er de la musique consiste \u00e0 avoir sous le geste instrumental nouveau, une source infinie de sons offerts par l\u2019informatique musicale. Le compositeur devient alors luthier des instruments qu\u2019il a lui-m\u00eame cr\u00e9\u00e9.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<h5>Quelques suggestions d&rsquo;\u00e9coute afin de prolonger cette d\u00e9couverte :<\/h5>\n<ul>\n<li>\u0097Merzbow<\/li>\n<li>\u0097Aphex Twin<\/li>\n<li>\u0097Mr Oizo<\/li>\n<li>\u0097Flying Lotus<\/li>\n<li>\u0097OVAL<\/li>\n<li>\u0097Autechre<\/li>\n<li>\u0097Carsten Nicolai<\/li>\n<li>\u0097Pan Sonic<\/li>\n<li>\u0097Ryoji Ikeda<\/li>\n<li>\u0097Alva Noto<\/li>\n<li>\u0097Richard Devine<\/li>\n<\/ul>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le courant Glitch ou L&rsquo;esth\u00e9tique du \u00ab\u00a0bug\u00a0\u00bb Auteur : Simon Cordat (master MFA &#8211; 2017-2018) 1.\u00a0\u00a0\u00a0 Biographie du compositeur Yasunao Tone Yasunao Tone est un compositeur japonais n\u00e9 \u00e0 Tokyo en 1935. D\u00e8s les ann\u00e9es 60, il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la musique exp\u00e9rimentale, \u00e9lectronique et \u00e0 la question de sa performance et de sa repr\u00e9sentation \u00e0 &hellip; <a href=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/lesthetique-du-bug\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;L&rsquo;esth\u00e9tique du bug&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[10],"tags":[17,18],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/115"}],"collection":[{"href":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=115"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/115\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":125,"href":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/115\/revisions\/125"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=115"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=115"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=115"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}