{"id":499,"date":"2020-06-26T16:38:24","date_gmt":"2020-06-26T14:38:24","guid":{"rendered":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/?p=499"},"modified":"2020-06-26T16:38:24","modified_gmt":"2020-06-26T14:38:24","slug":"les-multiplicites-temporelles-de-la-musique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/les-multiplicites-temporelles-de-la-musique\/","title":{"rendered":"Les multiplicit\u00e9s temporelles de la musique"},"content":{"rendered":"\n<p>ANN\u00c9E 2019-2020<\/p>\n\n\n\n<p>DUMI 2<sup>e<\/sup> ann\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>sous la direction de Muriel Joubert<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-light-gray-background-color\"><em>La dimension temporelle est la condition m\u00eame de l\u2019existence de la\nmusique. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-light-gray-background-color\"><em>Le sujet de la temporalit\u00e9 musicale, in\u00e9puisable, a permis aux\n\u00e9tudiants de deuxi\u00e8me ann\u00e9e qui pr\u00e9parent le dipl\u00f4me du DUMI au CFMI de\nl\u2019Universit\u00e9 Lumi\u00e8re Lyon 2 de mener des recherches sur une th\u00e9matique choisie\npar chacun et de les concr\u00e9tiser sous la forme d\u2019un petit texte.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-light-gray-background-color\"><em>Ces travaux ont \u00e9t\u00e9 principalement men\u00e9s pendant la p\u00e9riode de\nconfinement due \u00e0 la pand\u00e9mie de coronavirus 2020&nbsp;: l\u2019acc\u00e8s aux sources et\nr\u00e9f\u00e9rences en a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit, mais l\u2019ensemble des textes retenus r\u00e9v\u00e8le la\ndiversit\u00e9 temporelle qui fonde le domaine musical<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-light-gray-background-color\"><em>Dans une premi\u00e8re partie Teddy Merchadier puis Maxime Hivert posent\nles fondements de la temporalit\u00e9 mise en \u0153uvre dans la musique m\u00eame et dans ce\nqui constitue sa trace \u2013 la partition. Soraya Puechavy r\u00e9fl\u00e9chit alors sur la\ndimension temporelle qui conditionne le succ\u00e8s du \u00ab&nbsp;tube&nbsp;\u00bb. Dans une\ndeuxi\u00e8me partie, Louis Roudaut et Jeanne Drouet \u00e9voquent deux situations\nculturelles o\u00f9 la temporalit\u00e9 musicale est livr\u00e9e \u00e0 ses extr\u00eames, entre vide et\ntotalit\u00e9, entre, respectivement, \u00ab&nbsp;immensit\u00e9 nordique&nbsp;\u00bb et\n\u00ab&nbsp;transe chamanique&nbsp;\u00bb. Enfin, une troisi\u00e8me partie est consacr\u00e9e \u00e0\ndeux exemples, expos\u00e9s successivement par Caio Bosco et Alexia Douheret, o\u00f9 les\nconventions temporelles de la musique sont d\u00e9tourn\u00e9es, que ce soit par l\u2019espace\nou la d\u00e9synchronisation. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-huge-font-size has-bright-red-background-color\">Les qualit\u00e9s temporelles de la musique<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-large-font-size has-yellow-background-color\"><strong>Temps de la partition et temps de la perception<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3><em>par Teddy Merchadier<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>La musique est, du fait de son aspect physique, une\nsuccession de notes. Ces notes sont issues de vibrations de mol\u00e9cules de l\u2019air\n\u00e0 diff\u00e9rentes vitesses. Le son et la musique sont donc indissociables du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le temps en musique est tout autre chose&nbsp;: il y\na le temps qui est cr\u00e9\u00e9, par celui ou celle qui \u00e9crit la musique. Le\ncompositeur, par son art d\u2019agencer les notes, leurs \u00e9carts en termes de\nrythmique, et m\u00eame le tempo d\u00e9cid\u00e9, cr\u00e9e un espace-temps propre \u00e0 son \u0153uvre.\nIci, le temps est a priori absolu, objectif, fig\u00e9, car \u00e9crit sur la partition. <\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, cette \u0153uvre, que l\u2019on \u00e9coute, est per\u00e7ue de\ndiff\u00e9rentes mani\u00e8res et parfois il arrive que certains compositeurs jouent de\ncette perception.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand elle est per\u00e7ue par notre pens\u00e9e, par notre\npsychisme, la musique place l\u2019auditeur dans une bulle intime, offrant une\nperception du temps propre \u00e0 l\u2019individu. Ici, le temps est relatif, subjectif,\nmouvant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un premier temps nous traiterons de la musique dans\nle temps \u00ab&nbsp;absolu&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;objectif&nbsp;\u00bb, \u00e0 travers le processus\nde cr\u00e9ation. Dans une seconde partie, nous \u00e9tudierons la musique dans le temps\n\u00ab&nbsp;intime&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;relatif&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;objectif&nbsp;\u00bb \u00e0 travers\nle processus de perception. Enfin, dans une derni\u00e8re partie, nous analyserons\nune \u0153uvre sous ces deux prismes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le \u00ab&nbsp;temps&nbsp;\u00bb de la partition.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019au Moyen-\u00e2ge, la musique se transmettait surtout de\nmani\u00e8re orale. Bien qu\u2019elle se soit \u00e9crite \u00e0 partir du IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle sous\nforme de neumes \u2013 suite de courbes et de points (illustration 1)&nbsp;\u2013\nl\u2019interpr\u00e9tation demeurait assez libre. Les chants, puisque la musique \u00e9tait\nessentiellement vocale, \u00e9taient guid\u00e9s par un chef. Comme il n\u2019y avait pas de\nnotation de dur\u00e9e, c\u2019\u00e9tait le chef qui donnait ces indications. On peut\nsupposer que la gestuelle du chef \u00e9tait intuitive et libre et la possibilit\u00e9\nd\u2019organiser le temps l\u2019\u00e9tait donc aussi dans le sens o\u00f9 le temps n\u2019\u00e9tait pas\n\u00ab&nbsp;compt\u00e9&nbsp;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/neumes.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-500\" width=\"553\" height=\"129\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/neumes.jpg 453w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/neumes-300x70.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 553px) 85vw, 553px\" \/><figcaption>Illustration 1&nbsp;: Extrait de chants de la messe du jour de No\u00ebl, Missel de l\u2019abbaye de Saint-Denis, milieu du XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Les chants gr\u00e9goriens \u00e9taient con\u00e7us sur ce que Pierre\nBoulez a pu appeler \u00ab&nbsp;temps lisse&nbsp;\u00bb&nbsp;: le temps est occup\u00e9 sans\n\u00eatre compt\u00e9, on parle plut\u00f4t de dur\u00e9e<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\nLa musique \u00e9tait modale, la question de temps et de dur\u00e9e n\u2019\u00e9tait donc pas\ncentrale. Le syst\u00e8me modal, \u00e0 la diff\u00e9rence du syst\u00e8me tonal, \u00e9vite les\nattractions d\u2019une note vers une autre. Chaque note ou accord semble davantage\nsuspendu dans le temps que dans le langage tonal.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, la musique devenant de plus en plus\npolyphonique, il a fallu poser des r\u00e8gles, des notations et cela a pu se faire\ngr\u00e2ce \u00e0 l\u2019invention de la port\u00e9e par Guido d\u2019Arezzo au XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.\nMais il n\u2019en reste pas moins que sur le plan rythmique et temporel, rien n\u2019a\n\u00e9t\u00e9 strictement \u00e9crit jusqu\u2019aux XIII<sup>e<\/sup> \u2013 XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle que l\u2019on\nvit apparaitre les premi\u00e8res barres de mesures pour des instruments comme le\nluth et des instruments \u00e0 clavier (illustration 2). D\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019\u00e9poque\nBaroque, au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, des compositeurs comme Claudio Monteverdi\nont r\u00e9ellement adopt\u00e9 cette notation. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/tablatures.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-501\" width=\"477\" height=\"229\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/tablatures.jpg 423w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/tablatures-300x144.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 477px) 85vw, 477px\" \/><figcaption>Illustration 2 : \u00ab Libro d\u2019intavolatura di liuto \u00bb, tablature pour luth de Vincenzo Galilei (1585).<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Quant au tempo, les \u00ab&nbsp;mouvements&nbsp;\u00bb du XVIII<sup>e<\/sup>\nsi\u00e8cle permettent une indication de tempo mais tout est encore soumis \u00e0\nl\u2019interpr\u00e9tation&nbsp;: un adagio ou un allegro ne sera pas jou\u00e9 exactement de\nla m\u00eame mani\u00e8re. Par contre, d\u00e8s l\u2019invention du m\u00e9tronome, par Maelzel, au\nd\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le tempo a r\u00e9ellement pu s\u2019\u00e9crire et\ns\u2019inscrire sur les partitions. <\/p>\n\n\n\n<p>Il appara\u00eet qu\u2019en Occident, les compositeurs ont\ncon\u00e7u leur musique avec un langage tonal et rythmique commun qui a permis une\ninterpr\u00e9tation de plus en plus fid\u00e8le \u00e0 l\u2019\u0153uvre originale. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le compositeur est devenu \u00e0 la fois\n\u00ab&nbsp;prisonnier&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;ma\u00eetre&nbsp;\u00bb de son \u00e9criture du temps.\n\u00ab&nbsp;Prisonnier&nbsp;\u00bb, car maintenant que chaque partie de la musique, en\nlien avec le temps, la dur\u00e9e, le rythme, peut \u00eatre \u00e9crite, le compositeur doit\nbaliser, d\u00e9tailler son \u0153uvre. Si sa pi\u00e8ce musicale est \u00e9crite pour plusieurs\ninstruments, chacun sera tenu et oblig\u00e9 de respecter la partition de mani\u00e8re\nm\u00e9lodique et surtout rythmique afin d\u2019avoir un r\u00e9sultat coh\u00e9rent et harmonieux.\n<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, quand la musique est issue d\u2019un\nsyst\u00e8me tonal, et c\u2019est le cas de la majeure partie de la musique occidentale\ndepuis le XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, elle contraint le compositeur \u00e0 \u00e9crire son\n\u0153uvre en suivant le principe de \u00ab&nbsp;carrure&nbsp;\u00bb elle-m\u00eame guid\u00e9e par\nl\u2019harmonie avec la \u00ab&nbsp;cadence&nbsp;\u00bb. Dans la musique tonale, un bon nombre\nde r\u00e8gles doivent \u00eatre respect\u00e9es. Ainsi, les compositeurs semblent en quelque\nsorte \u00ab&nbsp;prisonniers&nbsp;\u00bb de leur \u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, les compositeurs vont jouer avec le\ntemps. Ils vont l\u2019\u00e9tirer, le suspendre, m\u00eame le faire disparaitre. Nous nous\nappuierons sur des \u00e9tudes de Philippe Manoury (compositeur contemporain) faites\nlors des \u00ab&nbsp;Cours du Coll\u00e8ge de France&nbsp;\u00bb (<em>Musiques, sons et\nsignes\/temps et musique&nbsp;; France Culture<\/em>) pour illustrer nos propos.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1826, dans son Quatuor \u00e0 cordes n\u00b0&nbsp;16 opus\n135, Beethoven rompt avec les structures rythmiques classiques par profusion de\nd\u00e9calages, de syncopes. Ici on dirait qu\u2019il cherche \u00e0 se lib\u00e9rer du principe de\n\u00ab&nbsp;carrure&nbsp;\u00bb (Exemple 1). <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Beethoven-n\u00b016.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-502\" width=\"566\" height=\"170\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Beethoven-n\u00b016.jpg 453w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Beethoven-n\u00b016-300x90.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 566px) 85vw, 566px\" \/><figcaption>Exemple 1&nbsp;: Extrait du Quatuor \u00e0 corde en <em>fa<\/em> majeur opus 135 de Beethoven <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, chez Wagner, on trouve un \u00e9tirement du\ntemps et de la dur\u00e9e, par exemple dans le <em>Pr\u00e9lude de Tristan<\/em> (1859) dans\nlequel le temps va s\u2019allonger jusqu\u2019\u00e0 un point culminant pour reprendre par la\nsuite une course normale. <\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 Debussy, il suspend le temps. Dans <em>La mer<\/em>\n(1905), il d\u00e9cide presque d\u2019occulter ce que Manoury appelle le \u00ab&nbsp;ph\u00e9nom\u00e8ne\nd\u2019attraction&nbsp;\u00bb, ph\u00e9nom\u00e8ne li\u00e9 \u00e0 la musique tonale, obligeant une\nr\u00e9solution musicale. Car la \u00ab&nbsp;tonalit\u00e9&nbsp;\u00bb oblige cette\n\u00ab&nbsp;r\u00e9solution&nbsp;\u00bb. Par exemple, si une \u0153uvre est en <em>do<\/em> majeur, le\nmorceau ne semblera fini qu\u2019\u00e0 l\u2019instant o\u00f9 la phrase m\u00e9lodique se terminera par\nun <em>do<\/em> majeur. En tant que dominante, l\u2019accord qui pr\u00e9c\u00e8dera ce <em>do<\/em> majeur sera suspendu, dans le temps,\ntant que l\u2019harmonie de <em>do<\/em> majeur ne sera pas arriv\u00e9 pour r\u00e9soudre la m\u00e9lodie.\nOr, dans <em>La mer<\/em>, le temps semble flotter.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le temps, m\u00eame \u00ab&nbsp;absolu&nbsp;\u00bb, peut\n\u00eatre modifi\u00e9 dans le domaine de la composition musicale et ce malgr\u00e9 le cadre\net les r\u00e8gles impos\u00e9s par la notation des parties m\u00e9lodiques et rythmiques sur\nla partition. Mais cette modification du temps, son \u00e9tirement, sa suspension,\nne sont en fait que des sensations pour l\u2019auditeur, g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par le langage et\nl\u2019\u00e9criture du compositeur. Ces sensations restent malgr\u00e9 tout subjectives et\nsont diff\u00e9rentes en fonction de chaque auditeur. Nous allons donc maintenant\ntraiter du ph\u00e9nom\u00e8ne de la \u00ab&nbsp;perception&nbsp;\u00bb du temps en musique, de\nmani\u00e8re plus philosophique et m\u00e9taphysique. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le temps de la perception vu par quelques philosophes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour Bergson, le temps est ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019homme mais la\ndur\u00e9e est intime, elle, est \u00e9prouv\u00e9e, comme la musique. Elle est donc qualit\u00e9\net non quantit\u00e9<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Bergson pense que la perception que nous avons des notes\nest irr\u00e9ductiblement et purement subjective et que chaque morceau, chaque\ncomposition, constitue une \u0153uvre unique en raison de sa singularit\u00e9 qualitative\nc\u2019est-\u00e0-dire que chacun per\u00e7oit la musique de mani\u00e8re diff\u00e9rente. La musique\nprocure des sensations, des souvenirs, des impressions propres \u00e0 chaque\nauditeur. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, par la musique, explique Bergson, le temps devient\n\u00ab&nbsp;dur\u00e9e&nbsp;\u00bb, une dur\u00e9e r\u00e9elle. Selon l\u2019analyse de Christophe Corbier\n(agr\u00e9g\u00e9 de lettres classiques) sur la nature d\u2019une \u00ab&nbsp;m\u00e9lodie&nbsp;\u00bb,\nd\u2019apr\u00e8s Bergson, \u00ab&nbsp;l\u2019audition d\u2019une m\u00e9lodie suppose alors un \u00e9tat sp\u00e9cifique\nde la conscience, absorb\u00e9e dans une activit\u00e9\u0301 minimale qui est n\u00e9cessaire pour\n\u00e9chapper au temps arithm\u00e9tique, spatialis\u00e9<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>&nbsp;\u00bb.\n<\/p>\n\n\n\n<p>La musique nous donc permet de nous affranchir du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exemple des diff\u00e9rents coups de cloches qui pourraient\n\u00eatre, a priori, entendus comme une succession de sons dans l\u2019espace, les uns\napr\u00e8s les autres donc de mani\u00e8re quantitative, sont selon Bergson per\u00e7us de\nmani\u00e8re organis\u00e9e, les uns avec les autres pour obtenir un air, sans les\ncompter, donc de mani\u00e8re qualitative. C\u2019est cette r\u00e9gularit\u00e9 des coups, presque\nhypnotique, qui fait ressentir la \u00ab&nbsp;dur\u00e9e pure&nbsp;\u00bb bergsonienne&nbsp;:\nune sorte de \u00ab&nbsp;l\u00e2cher prise&nbsp;\u00bb sur le temps. Paradoxalement, cette\nr\u00e9gularit\u00e9 va d\u00e9passer la discontinuit\u00e9 naturelle du rythme. Le rythme devient\ndonc \u00ab&nbsp;qualit\u00e9 de la quantit\u00e9<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>\u00bb. \u00ab&nbsp;Le bercement de la\nconscience est le r\u00e9sultat d\u2019une action rythmique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, cette dur\u00e9e est \u00e9prouv\u00e9e diff\u00e9remment selon notre\n\u00e9tat de conscience. Que l\u2019on soit d\u00e9tendu ou stress\u00e9, joyeux ou triste,\nconcentr\u00e9 ou dispers\u00e9, l\u2019\u00e9coute de la musique n\u2019est pas la m\u00eame et le rapport\nau temps \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 Augustin, au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, traitait de la\nnotion du temps et passait par la musique pour exprimer la diff\u00e9rence entre le\ntemps astral et le temps intime, int\u00e9rieur&nbsp;; entre temps et dur\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:left\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est la raison pour laquelle je n&rsquo;entends nullement une succession de notes, la pr\u00e9sente se substituant \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente et se dissipant pour laisser la place \u00e0 la suivante ; non, c&rsquo;est bien un chant que j&rsquo;entends, qui se maintient dans l&rsquo;unit\u00e9 organique de son d\u00e9veloppement, je l&rsquo;entends dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 qui le sauve de la dispersion et le recueille en lui-m\u00eame, me sauvant avec lui du n\u00e9ant sans dur\u00e9e. Si je compte les minutes, les secondes, je n&rsquo;entends plus le chant, je ne per\u00e7ois plus l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de cette voix qui na\u00eet, se module et meurt ; mais inversement, si j&rsquo;entends le chant, alors le devenir s&rsquo;abolit dans l&rsquo;extension, dans la distension de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour Augustin, la musique permet donc en quelque sorte\nd\u2019ouvrir un espace non temporel au sein de l\u2019\u00e9coulement temporel lui-m\u00eame, et\npresque, de figer le temps. Augustin continuera de traiter ce sujet dans son\n\u0153uvre <em>De Musica, <\/em>388 apr\u00e8s J-C.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette sensation d\u2019atemporalit\u00e9 par la musique est trait\u00e9e\npar Levi Strauss dans <em>Mythologiques, le Cru et le cuit<\/em>. Il dit que\n\u00ab&nbsp;la musique est une machine \u00e0 supprimer le temps&nbsp;\u00bb. Il\ncontinue&nbsp;: <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;l\u2019audition de l\u2019\u0153uvre musicale, du fait de\nl\u2019organisation interne de celle-ci, a donc immobilis\u00e9 le temps qui passe&nbsp;;\ncomme une nappe soulev\u00e9e par le vent, elle l\u2019a rattrap\u00e9 et repli\u00e9. Si bien\nqu\u2019en \u00e9coutant la musique et pendant que nous l\u2019\u00e9coutons, nous acc\u00e9dons \u00e0 une\nsorte d\u2019immortalit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais alors, qu\u2019en est-il du rapport, du lien qui existe\nou non entre le temps de la partition, pr\u00e9cis, et le temps de la perception,\nind\u00e9termin\u00e9&nbsp;? Prenons une \u0153uvre musicale pour analyser ces deux aspects du\ntemps.<br><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Parano\u00efd Andro\u00efd <\/strong><\/em><strong>du groupe anglais Radiohead&nbsp;: l\u2019\u0153uvre, la partition, sa perception, son rapport au temps.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Paranoid Android\" width=\"840\" height=\"630\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/YTH8cxXBGBo?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour analyser cette \u0153uvre, je m\u2019appuierai sur la logique\nde la tripartition s\u00e9miologique selon Jean Molino et Jean-Jacques Nattiez.\nCelle-ci correspond \u00e0 trois instances&nbsp;: <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;le niveau neutre, ou r\u00e9alit\u00e9 physique et\nmat\u00e9rielle, accessibles aux sens, d\u2019une forme symbolique&nbsp;\u00bb (en musique, la\npartition par exemple). <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; le niveau po\u00ef\u00e9tique, ou processus de cr\u00e9ation, son\ncontexte, ses intentions. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; enfin, le niveau esth\u00e9sique, ou perception de l\u2019\u0153uvre\n(en musique, par l\u2019auditeur).<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, en r\u00e9sonance avec les deux prismes d\u00e9velopp\u00e9s en\namont, nous nous concentrerons sur les niveaux \u00ab&nbsp;neutre&nbsp;\u00bb et\n\u00ab&nbsp;esth\u00e9sique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan de la partition, l\u2019\u0153uvre est fabriqu\u00e9e en\nquatre parties&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>0\u201900 \u2013 2\u201900&nbsp;:<em> sol<\/em> mineur, 4\/4, 84 bpm. Motif\nrythmique \u00e0 la guitare, soutenu par les shakers. La voix et le reste des\ninstruments s\u2019int\u00e8grent au bout d\u2019une minute.<\/p>\n\n\n\n<p>2\u201900 \u2013 3\u201937&nbsp;: <em>la<\/em> mineur, 4\/4 puis 7\/4, 84 bpm. Un\nautre riff de guitare, puis les guitares satur\u00e9es dynamisent le morceau. Les\npassages en 7\/4 apportent un effet un peu d\u00e9sorient\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>3\u201937 \u2013 5\u201939&nbsp;: <em>do<\/em> mineur, <em>r\u00e9<\/em> mineur, 4\/4, 63 bpm. Le tempo baisse et le morceau devient plus\ncalme. Les guitares sont acoustiques. Les voix superpos\u00e9es donnent un aspect\nplus lyrique et solennel.<\/p>\n\n\n\n<p>5\u201939 \u2013 6\u201923&nbsp;: Reprise de la 2<sup>e<\/sup> partie avec une\n\u00ab&nbsp;explosion&nbsp;\u00bb de sons satur\u00e9s et autres effets sur les guitares.\nChangement de rythme des shakers.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour une chanson rock des ann\u00e9es 90, le format de 6\u201923\nmin est assez long, contre 3\u201920 en moyenne. La particularit\u00e9 de ce morceau est\nsa structure. Elle est issue de trois bouts de chansons cr\u00e9\u00e9s par les membres\ndu groupe, ce qui la rend \u00e0 la fois complexe, d\u00e9concertante et captivante.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan de la perception, l\u2019auditeur ne peut nier ces\nquatre parties. Chacune d\u2019entre elle poss\u00e8de sa propre ambiance. Les sensations\nressenties ne sont pas les m\u00eames et l\u2019on passe par diff\u00e9rentes \u00e9motions m\u00eame si\nle morceau dans sa globalit\u00e9 renvoie \u00e0 un sentiment de noirceur, de d\u00e9prime et\nde plainte, affect que le compositeur a voulu mettre en exergue sciemment. <\/p>\n\n\n\n<p>En termes de temporalit\u00e9, encore une fois, les quatre\nparties sont distinctes. La premi\u00e8re parait \u00ab&nbsp;marcher&nbsp;\u00bb, le temps\npasse a priori \u00ab&nbsp;normalement&nbsp;\u00bb. La seconde semble\n\u00ab&nbsp;courir&nbsp;\u00bb, le temps passe plus vite, l\u2019ambiance est stressante. Dans\nla troisi\u00e8me partie, le temps semble suspendu. L\u2019auditeur est dans une sorte de\ncontemplation. Enfin, la quatri\u00e8me partie nous projette dans un temps\nfragment\u00e9, explos\u00e9 et rapide.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est int\u00e9ressant, c\u2019est d\u2019\u00e9couter une autre interpr\u00e9tation de cette \u0153uvre, jou\u00e9e par un quartet de cordes. Une version plus \u00ab&nbsp;musique classique&nbsp;\u00bb qui donne un autre ton tout en gardant l\u2019essence du propos du compositeur.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"The String Quartet - Paranoid Android (Radiohead Cover)\" width=\"840\" height=\"630\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/BsDlH1lO2p4?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>D\u2019un point de vue purement subjectif, le morceau semble\nplus long alors qu\u2019il fait 8 secondes de moins que l\u2019original. Peut-\u00eatre la\nsection rythmique batterie, shakers en moins donne-t-elle un effet ralenti\nalors que le \u00ab&nbsp;String Quartet&nbsp;\u00bb est \u00e0 peu de chose pr\u00e8s sur le m\u00eame\ntempo que Radiohead. <\/p>\n\n\n\n<p>La nature des instruments change la perception de la\ntemporalit\u00e9. Les pizzicatos de la deuxi\u00e8me partie font \u00ab&nbsp;sautiller&nbsp;\u00bb\nla musique au lieu de la faire \u00ab&nbsp;courir&nbsp;\u00bb dans la version originale.\nLes sons \u00e9lectroniques, amplifi\u00e9s de la version originale am\u00e8nent une autre\nspatialisation de la musique. Les effets de distorsion sur les guitares\nengendrent une forme d\u2019agressivit\u00e9 de la m\u00e9lodie et donc la perception d\u2019une\nacc\u00e9l\u00e9ration du temps. Les \u00ab&nbsp;reverbs&nbsp;\u00bb artificielles \u00e9largissent\n\u00e9galement l\u2019espace et la dimension temporelle. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, l\u2019interpr\u00e9tation et la nature des instruments\npeuvent changer la temporalit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre en donnant une autre couleur&nbsp;;\nelles provoquent d\u2019autres sensations, d\u2019autres sentiments et donc une autre\nperception de l\u2019\u0153uvre et de sa temporalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, la musique, d\u2019abord par sa construction,\nsa fabrication, avec ses silences, ses mouvements, staccato, legato et autres,\nson tempo, son rythme, nous place dans un espace-temps qui est propre \u00e0\nl\u2019\u0153uvre. Dans le&nbsp;<em>Pr\u00e9lude<\/em> de Bach, le temps \u00ab&nbsp;coule&nbsp;\u00bb.\nDans la <em>Danse hongroise n\u00b0&nbsp;5<\/em>&nbsp;de Brahms, le temps court. Dans <em>Gayaneh&nbsp;:\ndanse du sabre<\/em>&nbsp;de Khatchaturian, le temps sautille. Dans <em>Gymnop\u00e9die&nbsp;n\u00b0&nbsp;1<\/em>\nde Satie, le temps est suspendu. Ensuite, l\u2019\u00e9tat de conscience dans lequel\nl\u2019auditeur se trouve au moment de l\u2019\u00e9coute joue un r\u00f4le dans la perception du\ntemps. Les sensations, les souvenirs, les images que la musique nous apporte\nfont apparaitre le temps comme interminable, long et ennuyeux, ou bien furtif\net excitant ou encore calme et arr\u00eat\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>La musique et le temps forment un duo dans lequel le\nguide n\u2019est pas d\u00e9fini. L\u2019un et l\u2019autre se transforment, se fa\u00e7onnent\nmutuellement donnant \u00e0 l\u2019auditeur une perception du temps r\u00e9elle ou irr\u00e9elle,\ncontinue ou discontinue, comme un instant ou une \u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bibliographie \/ Sitographie&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul><li>Le temps musical retrouv\u00e9 par Michel Imberty (levi\nstrauss) <a href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/24270421?seq=1\">https:\/\/www.jstor.org\/stable\/24270421?seq=1<\/a> <\/li><li>Musique et esth\u00e9tique du temps selon Kant et Bergson \/ <a href=\"https:\/\/popups.uliege.be\/0774-7136\/index.php?id=467#bodyftn16\">https:\/\/popups.uliege.be\/0774-7136\/index.php?id=467#bodyftn16<\/a> <\/li><li>Musique et philosophie\/ <a href=\"https:\/\/www.symphozik.info\/musique-et-philosophie,102,dossier.html\">https:\/\/www.symphozik.info\/musique-et-philosophie,102,dossier.html<\/a> <\/li><li>Musique, \u00e9motion, inconscient&nbsp;: logique d\u2019une\nperlaboration \/ Giovanni Guerra \/ <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-insistance-2011-1-page-105.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-insistance-2011-1-page-105.htm<\/a> <\/li><li>De Musica \/ Agustin \/ <a href=\"http:\/\/www.jdarriulat.net\/Introductionphiloesth\/Antiquitetardive\/Augustin\/AugustinMusica.html\">http:\/\/www.jdarriulat.net\/Introductionphiloesth\/Antiquitetardive\/Augustin\/AugustinMusica.html<\/a> <\/li><li>Le temps&nbsp;&nbsp;&nbsp; <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Temps_(philosophie)\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Temps_(philosophie)<\/a> <\/li><li>Bachelard, Bergson, Emmanuel. M\u00e9lodie&nbsp;: rythme et\ndur\u00e9e \/ Christophe Corbier \/&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-archives-de-philosophie-2012-2-page-291.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-archives-de-philosophie-2012-2-page-291.htm<\/a> <\/li><li>Temps v\u00e9cu, temps affect et temps musical \u00e0 propos de\nl\u2019\u00e9ternit\u00e9 selon Messiaen \/ Herman Parret \/&nbsp;\n<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/regimes-semiotiques-de-la-temporalite--9782130559078-page-227.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/regimes-semiotiques-de-la-temporalite&#8211;9782130559078-page-227.htm<\/a><\/li><li>Les Confessions \/ Augustin <a href=\"http:\/\/www.jdarriulat.net\/Auteurs\/Augustin\/AugustinConfXI.html\">http:\/\/www.jdarriulat.net\/Auteurs\/Augustin\/AugustinConfXI.html<\/a> <\/li><li>Musique et temps \/ <a href=\"https:\/\/eduscol.education.fr\/education-musicale\/enseigner\/programmes-et-accompagnement\/eclairages-complementaires\/musique-et-temps.html\">https:\/\/eduscol.education.fr\/education-musicale\/enseigner\/programmes-et-accompagnement\/eclairages-complementaires\/musique-et-temps.html<\/a> <\/li><li>Musique, sons et signes \/ Philippe Manoury \/ <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-cours-du-college-de-france\/musiques-sons-et-signes\">https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-cours-du-college-de-france\/musiques-sons-et-signes<\/a> <\/li><li>Origine des barres de mesures \/ <a href=\"https:\/\/medium.com\/@archippenjapongyepmou\/lorigine-des-barres-de-mesure-dans-la-musique-%8Ecrite-237435c01e87\">https:\/\/medium.com\/@archippenjapongyepmou\/lorigine-des-barres-de-mesure-dans-la-musique-\u00e9crite-237435c01e87<\/a> <\/li><li><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Barre_de_mesure\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Barre_de_mesure<\/a> <\/li><li>Claude L\u00e9vi-Strauss et les formes symboliques de la\nmusique \/ David Ledent \/&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/lhomme\/22970\">https:\/\/journals.openedition.org\/lhomme\/22970<\/a> <\/li><li>Kant sur la\nmusique \/ Herman Parret&nbsp;\/ <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/phlou_0035-3841_1997_num_95_1_7015\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/phlou_0035-3841_1997_num_95_1_7015<\/a> <\/li><li>Analyse de\nParano\u00efd Andro\u00efd. <a href=\"http:\/\/labsynth.com\/paranoid-android\/\">http:\/\/labsynth.com\/paranoid-android\/<\/a> <a href=\"https:\/\/www.rtbf.be\/classic21\/article\/detail_your-song-paranoid-android?id=7969529\">https:\/\/www.rtbf.be\/classic21\/article\/detail_your-song-paranoid-android?id=7969529<\/a> <\/li><\/ul>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a>\nManoury Philippe, \u00ab&nbsp;Musiques, sons et signes \/ repenser les formes&nbsp;: les\n\u00e9critures du sonore&nbsp;\u00bb \/ partie 1 \/ France Culture, 21\/12\/2018<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a>\nHenri Bergson, <em>Essai sur les donn\u00e9es\nimm\u00e9diates de la conscience<\/em>, Paris, Felix Alcan, 1889.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>\nChristophe Corbier, Bachelard, Bergson, Emmanuel. <em>M\u00e9lodie : rythme et dur\u00e9e<\/em>, dans <em>Archives\nde Philosophie<\/em> 2012\/2 (Tome 75).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a>\nA.&nbsp;Farges, \u00ab&nbsp;La notion bergsonienne du temps&nbsp;\u00bb, <em>Revue philosophique de Louvain<\/em>, 1912.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Saint Augustin, <em>Confessions<\/em>, livre XI, Env. 400 apr\u00e8s J.-C.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-large-font-size has-yellow-background-color\">Le tempo, ma\u00eetre du temps ?<\/p>\n\n\n\n<h3><em>par Maxime Hivert<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Le tempo est la\nvitesse d&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;une \u0153uvre. On peut aussi dire que c&rsquo;est la vitesse de la\npulsation. Mais il faut \u00e9galement comprendre ce qu&rsquo;est la pulsation&nbsp;: un\nbattement qui revient de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re et cyclique au d\u00e9but de chaque temps.\nLa vitesse de ce mouvement r\u00e9gulier (battement) constitue donc le tempo.&nbsp; Il existe pourtant des musiques o\u00f9 la\npulsation n&rsquo;est pas r\u00e9guli\u00e8re. Parmi ces musiques irr\u00e9guli\u00e8res figurent la\n\u00ab&nbsp;clave&nbsp;\u00bb, formule rythmique caract\u00e9ristiques de Cuba \u2013 mais pas\nseulement \u2013, qui propose \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un bloc (souvent deux mesures) des\nchangements de pulsations. Le m\u00eame nombre de temps demeurent, mais les appuis\nsont variables, comme on le voit dans la clave 2&nbsp;:3 de la salsa. La\npulsation est donc pr\u00e9sente mais changeante, d\u2019o\u00f9 la difficult\u00e9 de reconna\u00eetre\nun tempo.<\/p>\n\n\n\n<p>Or le tempo de la\nmusique est souvent l\u2019un des moteurs de la musique. Il participe \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique\nd\u2019une musique. Il peut y avoir des morceaux au tempo rapide, d\u2019autres au tempo\nlent ; certains s\u2019amusent \u00e0&nbsp; manipuler le\ntempo pour le besoin esth\u00e9tique. D\u2019autres musiques n\u2019ont m\u00eame pas de tempo bien\nd\u00e9fini.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, les\ndiff\u00e9rentes propositions de tempo changent-elles la perception et la\nsignification du temps chez les auditeurs, chez les musiciens ou m\u00eame chez les\ncompositeurs&nbsp;? Par exemple, une musique au tempo rapide nous donne-t-elle\nl\u2019impression que l\u2019on acc\u00e9l\u00e8re le temps&nbsp;? Et contrairement, marchons-nous\nau ralenti lors des tempi lents&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Nous verrons dans\nune premi\u00e8re partie en quoi le tempo d\u00e9finit une perception temporelle puis\nnous prendrons quelques exemples de diff\u00e9rentes perceptions du temps pour en\nd\u00e9gager des caract\u00e9ristiques musicales.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le tempo d\u00e9finit une perception du temps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s Gis\u00e8le Brelet, agr\u00e9g\u00e9e de\nphilosophie ayant fait une partie de sa th\u00e8se sur l&rsquo;art sonore, \u00ab&nbsp;le tempo atteste de mani\u00e8re \u00e9clatante la\nvictoire du temps musical sur la dur\u00e9e psychologique, son autonomie<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>&nbsp;<em>\u00bb<\/em>.&nbsp;La perception du temps de la\nmusique se diff\u00e9rencie d\u00e9j\u00e0 de la notion de temps que l&rsquo;on d\u00e9finit dans la vie.\nNous avons une vision logique et rationnelle du temps des horloges, qui\nappartient \u00e0 notre quotidien, notre chronologie. Mais la musique n&rsquo;est pas la\nseule chose qui alt\u00e8re notre perception du temps : attendre dans une salle\nd&rsquo;attente de dentiste, avec anxi\u00e9t\u00e9,&nbsp;\nfait s\u2019\u00e9couler le temps beaucoup plus lentement qu&rsquo;une discussion entre\namis pour les m\u00eames dix minutes. La normalit\u00e9 du temps ontologique (temps\ndit&nbsp;\u00ab&nbsp;r\u00e9el&nbsp;\u00bb) se fend et nous rentrons alors dans le temps\npsychologique qui est instable et asym\u00e9trique. D&rsquo;ailleurs, Pierre Souvtchinsky\nexplique dans son livre <em>La notion du\ntemps et la musique<\/em><a href=\"#_ftn2\"><em><strong>[2]<\/strong><\/em><\/a> (que Stravinsky reprendra dans <em>La Po\u00e9tique Musicale<\/em><a href=\"#_ftn3\"><em><strong>[3]<\/strong><\/em><\/a>) de quelle mani\u00e8re le compositeur peut manipuler par\nle langage musical ce temps psychologique que ressentira l&rsquo;auditeur (attente,\nangoisse, tristesse, souffrance, crainte, contemplation, plaisir). Ainsi, la\nmusique trouble notre temps psychologique autant que d&rsquo;autres \u00e9v\u00e8nements dans\nnotre vie (qui, elle, est socialement cadr\u00e9e dans sa chronologie temporelle) et\nceci est notamment d\u00fb au tempo. Peut \u00eatre est-ce d&rsquo;ailleurs pour cette raison\nque beaucoup de gens utilisent la musique pour s&rsquo;\u00e9vader de leur quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son ouvrage, Gis\u00e8le\nBrelet pr\u00e9cise ensuite&nbsp;: \u00ab&nbsp;En outre, le tempo juste est destruction\ndu temps comme \u201cretard\u201d d&rsquo;une dur\u00e9e subjective inadapt\u00e9e au temps objectif des\n\u00e9v\u00e9nements sonores<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>&nbsp;\u00bb.&nbsp; Le tempo de la musique d\u00e9truit notre temps\nontologique. De plus, notre fa\u00e7on de d\u00e9couper le temps est aussi un tempo. Dans\nune minute, il y a 60 battements r\u00e9guliers. Quand nous \u00e9coutons notre horloge,\nnous entendons ce tempo. La musique casse ce code. Et si dans cette minute, il\ny avait 84 battements r\u00e9guliers ? Cela va forcement acc\u00e9l\u00e9rer les battements\npar seconde. Les compositeurs changent de tempo en fonction de l&rsquo;esth\u00e9tique\nqu&rsquo;ils recherchent afin de mener les auditeurs vers un temps psychologique\npr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;ailleurs, les termes\nitaliens pour d\u00e9finir le tempo qui apparaissent vers 1600 se traduisent par des\nintentions. Par exemple quand on dit <em>allegro<\/em>,\non peut traduire le mot en fran\u00e7ais par joyeux. Ou encore <em>andante<\/em>&nbsp; veut dire\n\u00ab&nbsp;marche&nbsp;\u00bb en fran\u00e7ais. On donne des images ou des \u00e9motions pour\nd\u00e9finir le tempo d&rsquo;une musique, comme si c&rsquo;\u00e9tait cela qui allait rendre la\nmusique \u00ab&nbsp;joyeuse&nbsp;\u00bb si elle est rapide.<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend donc que les\ncompositeurs de l&rsquo;\u00e9poque utilisaient le tempo comme une valeur esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est plus tard que l&rsquo;on\nd\u00e9finira le tempo par le battement par minute (prenant le pouls humain comme\nr\u00e9f\u00e9rence : entre 75 et 80 bpm). Et c&rsquo;est notamment en 1806 que l&rsquo;on inventera\nle m\u00e9tronome qui affinera la pr\u00e9cision. Nous l\u2019aborderons plus tard.<em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Exemples de diff\u00e9rentes perceptions du temp<\/strong>o<\/p>\n\n\n\n<p>La perception du\ntemps diverge en fonction du tempo et&nbsp;\nnous allons essayer de le voir par des exemples concrets. Les exemples\nemprunt\u00e9s seront des cas extr\u00eames o\u00f9 le tempo participe particuli\u00e8rement \u00e0\nl&rsquo;esth\u00e9tique g\u00e9n\u00e9rale de la pi\u00e8ce musicale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1<\/strong><sup><strong>er<\/strong><\/sup><strong> exemple : Descendents &nbsp;: \u201c<\/strong><em><strong>I&rsquo;m Not a Punk\u201d<\/strong><\/em><strong> (de l\u2019album <\/strong><em><strong>Milo Goes to College<\/strong><\/em><strong>)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Descendents-I&#039;m Not a Punk\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/d9qncbhxcTw?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Sorti en 1985\n(illustration 1), ce morceau repr\u00e9sente la musique punk alors en plein essor\naux \u00c9tats-Unis. Une des normes de la musique punk est sa vitesse tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e.\nPour faire bouger les jeunes rebelles dans les salles anglaises des ann\u00e9es 70,\nles musiciens punk cr\u00e9\u00e8rent une musique rapide et propice \u00e0 \u00e9veiller un jeune\npublic \u00e0 des pens\u00e9es rebelles. Cette norme ne d\u00e9roge pas ici \u00e0 la r\u00e8gle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette musique,\non a la sensation de ne pas avoir le temps. Cela est caus\u00e9, tout d&rsquo;abord, par\nla batterie (instrument principal, qui d\u00e9finit le tempo de la chanson) qui ne\nlaisse pas beaucoup d&rsquo;espace de respiration, et particuli\u00e8rement la caisse\nclaire qui cr\u00e9e un effet rebondissant en jouant sur les 2<sup>e<\/sup> et 4<sup>e<\/sup>\ntemps.&nbsp;Harmoniquement, la guitare\nchange tr\u00e8s rapidement d&rsquo;accord, ce qui accentue cette impression de manque de\ntemps. <\/p>\n\n\n\n<p>Le chanteur a un\nd\u00e9bit tr\u00e8s rapide sur le couplet, puis il tient des notes plus longues sur les\nrefrains&nbsp;: c&rsquo;est la seule respiration durant la musique.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une minute de\nmusique au train infernal arrive la fin brutale et exp\u00e9ditive. La musique nous\nenvoie beaucoup d&rsquo;informations en tr\u00e8s peu de temps, notamment car elle a un\ntempo rapide. Mais elle finit tr\u00e8s vite pour nous laisser respirer. Cela fait\npartie aussi d&rsquo;une norme de la musique punk&nbsp;: les chansons sont tr\u00e8s\ncourtes. Le public, lors d\u2019un concert punk, vit son temps diff\u00e9remment&nbsp;:\nles gens sont impliqu\u00e9s de tout leurs corps en bougeant de mani\u00e8re incontr\u00f4l\u00e9e.\nCela demande de l&rsquo;\u00e9nergie et malgr\u00e9 la courte dur\u00e9e de la chanson, pour eux, le\ntemps s&rsquo;\u00e9coule. Ils sont dans l&rsquo;effort et le bonheur ponctuel mais vivace\nplut\u00f4t que dans l&rsquo;\u00e9coute attentive et \u00e9volutive d&rsquo;une longue musique. <\/p>\n\n\n\n<p>Le tempo rapide\ndans les musiques punk est quelque chose qui est donc, culturellement, devenu\nune norme pour ce style. La perception du temps en rythme effr\u00e9n\u00e9 qui commence\net s&rsquo;arr\u00eate sans pr\u00e9venir est aussi quelque chose qui fait partie de la culture\ndu style. Le tempo peut s&rsquo;inscrire culturellement&nbsp; dans un style pour le d\u00e9finir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2<\/strong><sup><strong>e<\/strong><\/sup><strong> exemple : Chants tib\u00e9tains. Monast\u00e8re de Gy\u00fct\u00f6 &#8211;<\/strong> <em><strong>La Voix des Tantra<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Tantra dit de &quot;l&#039;Assembl\u00e9e secr\u00e8te&quot;\" width=\"840\" height=\"630\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/750ObNdTgvc?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Ces musiques\nliturgiques chant\u00e9es par les moines tib\u00e9tains d&rsquo;un monast\u00e8re s&rsquo;\u00e9loignent de nos\nstandards occidentaux (illustration 2). <\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes ici en\nface d\u2019une musique atemporelle. Au d\u00e9but, il y a des percussions que l&rsquo;on\nentend sans comprendre s\u2019il y a vraiment un tempo. Puis on abandonne l\u2019id\u00e9e de\nd\u00e9finir un tempo quand les voix gutturales et lancinantes apparaissent.\nL&rsquo;absence de pulsation et les voix diphoniques nous donnent l&rsquo;impression d&rsquo;un\ntemps arr\u00eat\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce chant peut \u00eatre\nconsid\u00e9r\u00e9 comme un Tantra. Un Tantra d\u00e9signe un ensemble de pratiques monacales\ndestin\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alisation rapide de l&rsquo;illumination (que l&rsquo;on peut atteindre au\nbout de 30 ans). C&rsquo;est une r\u00e9citation de textes rituels \u00e0 la gloire des dieux\nbouddhistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces chants sont\ndonc d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la m\u00e9ditation, qui se veut en dehors du temps ontologique (r\u00e9el).\nLe timbre particulier des chants gutturaux et diphoniques, ainsi que le tempo\nchangeant voire inexistant cr\u00e9ent cette suspension temporelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3<\/strong><sup><strong>e<\/strong><\/sup><strong> exemple : Teardrop (illustration 3)\u2013 \u00ab&nbsp;Massive Attack&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Massive Attack - Teardrop (Official Video)\" width=\"840\" height=\"630\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/u7K72X4eo_s?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce morceau se veut\nplut\u00f4t lent avec un tempo de 77 battements par minute.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons une\nrythmique \u00e0 la fois prononc\u00e9e et rebondissante. Puis derri\u00e8re, se font entendre\nl&rsquo;instrumental et la voix, celle-ci restant douce et planante.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela correspond au\nstyle de musique, le trip hop, qui se veut \u00eatre un mix entre le hip hop et la musique\nexp\u00e9rimentale. La boite \u00e0 rythme repr\u00e9sente le c\u00f4t\u00e9 hip hop du morceau et les\ninstruments l\u2019aspect planant exp\u00e9rimental que l&rsquo;on retrouve dans de nombreux\nmorceaux de trip hop. L\u00e0, la musique prend son temps et fait durer longuement\nles m\u00eames parties instrumentales pour que nous puissions rentrer lentement dans\nson univers&nbsp;; la chanson dure d&rsquo;ailleurs 5 minutes et 30 secondes. Les\ncompositeurs cherchent ici l&rsquo;effet inverse du punk : un c\u00f4t\u00e9 apaisant et\ntranscendantal. Pour cela, le tempo lent joue un r\u00f4le important. On peut\nremarquer que la chanson se trouve \u00e0 77 bpm, qui correspond au pouls humain.\nEst-ce peut-\u00eatre un moyen pour que la musique touche l&rsquo;\u00eatre jusqu&rsquo;aux\ntripes&nbsp;? En tous les cas, je ne pense pas qu&rsquo;avec un tempo plus \u00e9lev\u00e9 la\nmusique pourrait ralentir le temps pour obtenir l&rsquo;apaisement du corps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les caract\u00e9ristiques musicales influen\u00e7ant la perception temporelle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les exemples\npr\u00e9c\u00e9dents nous montrent&nbsp; que les\nnombreuses caract\u00e9ristiques musicales qui se combinent nous font ressentir le\ntemps unique de chaque musique. <\/p>\n\n\n\n<p>Tout d&rsquo;abord, la\ndensit\u00e9 de la musique joue un r\u00f4le important. Une musique o\u00f9 l&rsquo;espace musical\nest rempli par plusieurs couches d&rsquo;instruments comme la chanson punk va\ndavantage nous donner envie de danser \u00e9nergiquement sur un temps court et\nrapide. Alors qu&rsquo;une densit\u00e9 de musique plus \u00e9tal\u00e9e, avec des instruments qui\ndonnent de la respiration, comme dans le troisi\u00e8me exemple, procure une\nsensation d&rsquo;apaisement. On a donc la perception d\u2019un temps plus long <\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, la\nr\u00e9gularit\u00e9 participe \u00e0 changer la perception du temps. Dans l&rsquo;exemple&nbsp;2,\nle tempo est non existant car trop irr\u00e9gulier&nbsp;: cela nous donne\nl&rsquo;impression d&rsquo;un arr\u00eat du temps psychologique. Le tempo des 1<sup>\u00e8re<\/sup> et\n3<sup>e<\/sup> musiques est r\u00e9gulier mais&nbsp;\nde vitesses diff\u00e9rentes. La 1<sup>\u00e8re<\/sup> est \u00e0 vitesse rapide et provoque\nla sensation de ne pas avoir le temps alors que la 3<sup>e<\/sup> est plus\nlente, toujours au service d&rsquo;une sensation d&rsquo;apaisement. L&rsquo;utilisation de\ncertains instruments permet de faire ressentir plus ou moins cette r\u00e9gularit\u00e9,\ncomme la batterie qui revient dans la 3<sup>e<\/sup> pi\u00e8ce musicale avec un\nrythme r\u00e9p\u00e9titif ne s&rsquo;arr\u00eatant jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;utilisation de\ndiff\u00e9rents d\u00e9bits (un d\u00e9bit est un d\u00e9filement de formules rythmiques dans un\ntempo donn\u00e9 plus ou moins r\u00e9p\u00e9titif) dans la musique est importante. Lors des\nd\u00e9bits rapides et r\u00e9p\u00e9titifs comme dans le premier exemple, cela nous donne\nenvie de bouger de fa\u00e7on \u00ab&nbsp;incontr\u00f4l\u00e9e&nbsp;\u00bb alors que dans un morceau\naux d\u00e9bits plus syncop\u00e9s comme le 3<sup>e<\/sup>, on aura plus envie de prendre\nnotre temps, peut \u00eatre avec des mouvements r\u00e9guliers du corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, les\ntimbres des sons peuvent changer la perception du temps. Dans l&rsquo;exemple 2, les\nvoix diphoniques un peu \u00e9tranges nous interpellent et nous font rentrer dans\nune certaine transe. Alors que les guitares, affect\u00e9es de distorsion et un son\nplut\u00f4t agressif de la musique punk, nous font passer \u00e0 un temps plus dynamique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces\ncaract\u00e9ristiques ont, pour certaines, un rapport proche au tempo alors que\nd&rsquo;autres en sont compl\u00e8tement ind\u00e9pendantes.<\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons vu que le tempo, par ses caract\u00e9ristiques,\npermet \u00e0 la musique de casser le temps logique pour s&rsquo;inventer son propre temps\ndit \u00ab&nbsp;psychologique&nbsp;\u00bb. Malgr\u00e9 sa codification, c&rsquo;est surtout un\nressenti personnel qui nous le fait comprendre<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont d&rsquo;ailleurs pr\u00e9cis\u00e9ment les compositeurs qui en sont\nvenus \u00e0 vouloir codifier la valeur du tempo pour trouver de la pr\u00e9cision dans\nleurs compositions (avec le m\u00e9tronome qui num\u00e9rote pr\u00e9cis\u00e9ment les diff\u00e9rentes\nvitesses comme l&rsquo;allegro qui fait 120 \u00e0 168 battements par minute ou encore\nl\u2019andante qui se joue entre 76 et 108 bpm). Malgr\u00e9 cela, l\u2019exactitude ne peut\nque rarement correspondre au temps imagin\u00e9 par le compositeur \u2013 qui lui, ne se\nlimite pas \u00e0 une vitesse m\u00e9tronomique.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, Beethoven, pourtant se servant du m\u00e9tronome\ntout juste invent\u00e9 en 1806 par un certain <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Johann_Nepomuk_M%C3%A6lzel\">M\u00e6lzel<\/a>, remit beaucoup en question son\nutilisation, en soutenant que le m\u00e9tronome \u00e9tait cass\u00e9 car il ne respectait pas\nl&rsquo;intention temporelle de ses morceaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Les diff\u00e9rentes cultures musicales apportent leurs normes\nqui influent sur le tempo et plus largement sur l&rsquo;impression temporelle. Ce\nsont ces normes qui permettent aux morceaux de m\u00eames styles d&rsquo;avoir pr\u00e9cis\u00e9ment\ndes caract\u00e9ristiques esth\u00e9tiques communes. Les compositeurs se servent de ces\nnormes temporelles pour infl\u00e9chir les temporalit\u00e9s dans leurs musiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ces caract\u00e9ristiques, qui constituent des normes\npour certains styles, ont-elles toujours un rapport avec le tempo ? Pour\ncertaines, pas forc\u00e9ment, comme les timbres de son, la dynamique du son, le\nvolume sonore. Si le tempo est un maitre du temps, il n&rsquo;est surement pas\n\u00ab&nbsp;l&rsquo;unique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les diff\u00e9rents tempos et caract\u00e9ristiques suffisent-ils \u00e0\nchanger la temporalit\u00e9 int\u00e9rieure de tout le monde durant l&rsquo;\u00e9coute de\nmusique&nbsp;? Il me semble que cela d\u00e9pend beaucoup de la sensibilit\u00e9 de\nchacun mais aussi des&nbsp; conditions\nd&rsquo;\u00e9coute des \u0153uvres musicales. En effet, je peux \u00eatre \u00e9motionnellement dans une\nsensibilit\u00e9 diff\u00e9rente que celle qu&rsquo;essaye de transmettre une chanson. Une\nchanson de punk peut m&rsquo;apaiser et me transmettre une certaine nostalgie, et non\nforc\u00e9ment me donner envie de bouger instinctivement. Un chant tib\u00e9tain peut me\nr\u00e9veiller le matin et me donner l&rsquo;\u00e9nergie pour d\u00e9marrer ma journ\u00e9e. Tout cela\nest une question de contexte, d&rsquo;humeur, de personnalit\u00e9 et de pleins d&rsquo;autres\nfacteurs qui sont s\u00fbrement trop nombreux pour \u00eatre \u00e9num\u00e9r\u00e9s et \u00e9tudi\u00e9s ici. <\/p>\n\n\n\n<p>En plus de cela, les moments, les lieux et la fa\u00e7on dont\nj&rsquo;\u00e9coute la musique vont faire changer la temporalit\u00e9 de la musique \u00e9cout\u00e9e. Le\ntemps ne s&rsquo;\u00e9coulera pas de la m\u00eame fa\u00e7on si j&rsquo;\u00e9coute la musique en <em>live<\/em> dans une salle de concert ou si je\nl&rsquo;\u00e9coute dans mes \u00e9couteurs pendant que je fais la vaisselle. Par ailleurs,\nquand je joue de la musique, je ne la per\u00e7ois pas comme si je l&rsquo;\u00e9coutais\nnotamment si je pense \u00e0 sa structure temporelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, les compositeurs se servent certes du tempo pour\nfaire varier la temporalit\u00e9 de leurs morceaux. Cependant, malgr\u00e9 l&rsquo;influence\ndes choix temporels du compositeur, notre interpr\u00e9tation personnelle nous fait\nappr\u00e9hender ce temps de mani\u00e8re plus variable. Peut \u00eatre que le maitre du temps\nmusical, n&rsquo;est pas le tempo comme le dit le titre, mais tout simplement nous et\nnotre mani\u00e8re de ressentir l&rsquo;\u00e9coulement temporel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bibliographie \/ sitographie : <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&#8211; <\/strong>Brelet,\nGis\u00e8le, <em>Le Temps musical, essai d\u2019une\nesth\u00e9tique nouvelle de la <\/em>musique, en 2 volumes, Paris, PUF, 1949. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Carter, Elliott \u00ab&nbsp;La Musique et l&rsquo;\u00c9cran du\nTemps&nbsp;\u00bb, La dimension du temps, 1998Lien : <a href=\"https:\/\/books.openedition.org\/contrechamps\/2052?lang=fr\"><em>https:\/\/books.openedition.org\/contrechamps\/2052?lang=fr<\/em><\/a><em>,&nbsp; <\/em>consult\u00e9\nle 18\/04\/2020<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Fougere, St\u00e9phane, \u00ab&nbsp;Tibet : Monast\u00e8re de Gy\u00fct\u00f6 &#8211;\nLa Voix des Tantra&nbsp;\u00bb. Rythmes-croises.org paru le 5 Avril 2017. Lien : <a href=\"https:\/\/www.rythmes-croises.org\/tibet-monastere-de-gyuto-la-voix-des-tantra\/\"><em>https:\/\/www.rythmes-croises.org\/tibet-monastere-de-gyuto-la-voix-des-tantra\/<\/em><\/a><em> <\/em>consult\u00e9 le\n15\/04\/20.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Le temps musical,\nessai d&rsquo;une esth\u00e9tique nouvelle de la musique&nbsp;\u00bb. Article (sans\npr\u00e9cision d\u2019auteur) du quotidien <em>Le Monde<\/em>\nparu le 17 Juillet 1950, &nbsp;Lien :<em> <\/em><a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/1950\/07\/17\/le-temps-musical-essai-d-une-esthetique-nouvelle-de-la-musique-1_2040728_1819218.html\"><em>https:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/1950\/07\/17\/le-temps-musical-essai-d-une-esthetique-nouvelle-de-la-musique-1_2040728_1819218.html<\/em><\/a><em>, <\/em>consult\u00e9 le\n18\/04\/20<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp; Souvtchinski, Pierre, \u00ab&nbsp;La notion du temps\net la musique&nbsp;\u00bb,<em>&nbsp;Revue musicale,<\/em>&nbsp;mai-juin 193.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp; Stravinski, Igor,<em>&nbsp;La Po\u00e9tique musicale,<\/em>&nbsp;Paris,\nJ.-B. Janin, 1945.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pages du site Wikip\u00e9dia&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Pulsation : <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pulsation\"><em>https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pulsation<\/em><\/a>\n<em>consult\u00e9 le 11\/05\/20.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tempo : <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tempo\"><em>https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tempo<\/em><\/a> consult\u00e9 le 11\/05\/20.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9tronome : <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9tronome\"><em>https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9tronome<\/em><\/a>&nbsp; consult\u00e9 le 11\/05\/20<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Gis\u00e8le Brelet, <em>Le temps musical. Essai d\u2019une esth\u00e9tique\nnouvelle de la musique<\/em>, Paris, P.U.F., 1949, cit\u00e9 dans\nl\u2019article \u00ab&nbsp;\u00a0\u00bb Le temps musical \u00a0\u00bb essai d&rsquo;une esth\u00e9tique\nnouvelle de la musique (1)&nbsp;\u00bb, Le Monde, Article parut le 17 juillet\n1950, consultable&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/1950\/07\/17\/le-temps-musical-essai-d-une-esthetique-nouvelle-de-la-musique-1_2040728_1819218.html\">https:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/1950\/07\/17\/le-temps-musical-essai-d-une-esthetique-nouvelle-de-la-musique-1_2040728_1819218.html<\/a>\nconsult\u00e9 le 21 mai 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a>\nPierre Souvtchinsky, \u00ab&nbsp;La notion du temps et la musique&nbsp;\u00bb,<em>&nbsp;Revue musicale,<\/em>&nbsp;mai-juin 1939.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>\nIgor Stravinski,<em>&nbsp;La Po\u00e9tique musicale,<\/em>&nbsp;Paris,\nJ. -B. Janin, 1945 p. 47<em>&nbsp;sqq.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a>&nbsp;Gis\u00e8le Brelet, <em>op.&nbsp;cit<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-large-font-size has-yellow-background-color\">Le tube&nbsp;: quelles temporalit\u00e9s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h3><em>par Soraya Puechavy<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>En musique, le tube d\u00e9signe aujourd&rsquo;hui un morceau b\u00e9n\u00e9ficiant\nd&rsquo;un succ\u00e8s important aupr\u00e8s du grand public. \u00c0 l&rsquo;origine, ce terme vient du\ncylindre rotatif sur lequel on enregistrait la musique jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>\nsi\u00e8cle. Il aurait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour la premi\u00e8re fois par Boris Vian au milieu\ndes ann\u00e9es 1950 lorsque celui-ci \u00e9tait directeur artistique chez Philips, non\nsans ironie pour d\u00e9signer un morceau \u00e0 succ\u00e8s ayant des paroles creuses.<\/p>\n\n\n\n<p>En terme de composition, la temporalit\u00e9 de la musique\npeut \u00eatre d\u00e9finie comme l&rsquo;organisation dans le temps de rep\u00e8res auditifs,\ncr\u00e9ant une dynamique propre \u00e0 chaque morceau selon l&rsquo;espacement de ces rep\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>La popularit\u00e9 d&rsquo;une \u0153uvre musicale semble en grande\npartie reposer sur la m\u00e9morisation que le public en fait. L&rsquo;importance de la\nm\u00e9morisation fait qu&rsquo;un morceau difficile \u00e0 retenir, avec des m\u00e9lodies longues\net compliqu\u00e9es, n&rsquo;est pas repris par le grand public. Ceci est \u00e0 mettre en lien\navec le fait que les morceaux produits par les grandes majors<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\nsont diffus\u00e9s sur les radios \u00e0 une fr\u00e9quence extr\u00eamement soutenue.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut alors se demander quel est le r\u00f4le de la\nr\u00e9p\u00e9tition dans la popularit\u00e9 d&rsquo;un morceau de musique, et quelles en sont les\ncons\u00e9quences sur la temporalit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre. Y a t-il une temporalit\u00e9 du tube et\nquels en seraient les grands traits ?<\/p>\n\n\n\n<p>Nous commencerons par analyser l&rsquo;utilisation qui est\nfaite de la r\u00e9p\u00e9tition dans les grands tubes, et nous en observerons les effets\nsur leur temporalit\u00e9. Puis nous \u00e9voquerons la place de la voix en tant\nqu&rsquo;instrument pr\u00e9sent dans l&rsquo;immense majorit\u00e9 des grands tubes et faisant\nl&rsquo;objet d&rsquo;une temporalit\u00e9 diff\u00e9rente des autres instruments. Enfin nous\nconclurons sur les caract\u00e9ristiques temporelles communes \u00e0 la plupart des\ntubes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La r\u00e9p\u00e9tition, comment et pourquoi ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Selon les \u00e9poques et les esth\u00e9tiques, la r\u00e9p\u00e9tition peut\nprendre diff\u00e9rentes formes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la \u00ab&nbsp;Marche Turque&nbsp;\u00bb de Mozart, bien\nconnue du grand public actuel, la premi\u00e8re phrase musicale, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e deux fois,\nest elle-m\u00eame constitu\u00e9e d\u2019une part d&rsquo;un premier motif r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 la tierce au\ndessus, puis \u00e0 la quinte tronqu\u00e9e d&rsquo;une note, puis \u00e0 l&rsquo;octave deux fois de la\nm\u00eame mani\u00e8re tronqu\u00e9e et une troisi\u00e8me fois en entier&nbsp;; d\u2019autre part d&rsquo;un\nmotif rythmique r\u00e9p\u00e9t\u00e9 trois fois dont deux sur des notes identiques, puis une\ntroisi\u00e8me fois de mani\u00e8re modifi\u00e9e\n(mes.&nbsp;5-7) \u2013 exemple 1. Tout le morceau est ainsi construit sur des\nr\u00e9p\u00e9titions de courts motifs constituant des parties plus grandes elles-m\u00eames\nr\u00e9p\u00e9t\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/60-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-504\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/60.jpg 768w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/60-225x300.jpg 225w\" sizes=\"(max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Exemple 1&nbsp;: d\u00e9but de la \u00ab&nbsp;Marche turque&nbsp;\u00bb de\nMozart<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, la chanson, genre de musique populaire par\nexcellence, est bas\u00e9e sur la r\u00e9p\u00e9tition de la m\u00e9lodie \u00e0 chaque couplet, et d&rsquo;un\nrefrain qui revient \u00e0 fr\u00e9quence r\u00e9guli\u00e8re. Les carrures sont les m\u00eames tout au\nlong du morceau, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on a le m\u00eame nombre de mesures sur la m\u00eame\ngrille harmonique, \u00e0 chaque couplet, \u00e0 chaque refrain, et \u00e9ventuellement \u00e0\nchaque pr\u00e9-refrain. <\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, la musique sampl\u00e9e est devenue omnipr\u00e9sente\ndans notre paysage musical, et l&rsquo;utilisation croissante des logiciels et des\noutils num\u00e9riques dans la production nous am\u00e8ne de plus en plus \u00e0 faire de la\nmusique par la r\u00e9p\u00e9tition de motifs superpos\u00e9s, qui se r\u00e9p\u00e8tent en continu et\ns&rsquo;arr\u00eatent selon des carrures. La dynamique est cr\u00e9\u00e9e par l&rsquo;ajout et le retrait\nde parties, toutes les 8, 12 ou 16 mesures suivant le tempo. Cette tendance se\nretrouve dans toutes les esth\u00e9tiques, et rares sont aujourd&rsquo;hui les musiques\nqui n&rsquo;utilisent pas de boucles (<em>Someone Like You<\/em> d&rsquo;Ad\u00e8le, <em>Alors on\ndanse<\/em> de Stroma\u00e9&#8230;). Les arrangements des grands tubes comportent\nsyst\u00e9matiquement des \u00ab&nbsp;hooks&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;crochet&nbsp;\u00bb en anglais),\npetits motifs m\u00e9lodiques (parfois jou\u00e9s par la basse ou des instruments\nvirtuels aux sonorit\u00e9s vari\u00e9es) qui reviennent syst\u00e9matiquement et\n\u00ab&nbsp;accrochent&nbsp;\u00bb l&rsquo;oreille de l&rsquo;auditeur. En effet, la pop actuelle\nutilise ces motifs comme des plages temporelles de une ou deux mesures qui\nrenouvellent sans cesse l&rsquo;attention de l&rsquo;auditeur en se r\u00e9p\u00e9tant au sein d&rsquo;une\npartie plus large elle-m\u00eame r\u00e9p\u00e9t\u00e9e. \u00c9tant donn\u00e9 que la m\u00e9morisation joue une\npart importante dans la popularit\u00e9 d&rsquo;une \u0153uvre, il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant de\nconstater que les musiques r\u00e9p\u00e9titives obtiennent un plus grand succ\u00e8s aupr\u00e8s\ndu public.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Temporalit\u00e9s lin\u00e9aires, temporalit\u00e9s cycliques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On peut consid\u00e9rer que la pulsation constitue la premi\u00e8re\ndes r\u00e9p\u00e9titions au sein du morceau, car il s&rsquo;agit d&rsquo;un battement \u00e0 intervalle\nr\u00e9gulier, jou\u00e9 par des percussions et\/ou induits par les appuis m\u00e9lodiques. La\nvitesse de cette pulsation, le tempo, constitue la base temporelle du morceau\net rares sont les musiques non-puls\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, la pulsation varie toujours lorsque la musique\nest jou\u00e9e par des instrumentistes (\u00e0 moins qu&rsquo;ils n&rsquo;utilisent un m\u00e9tronome,\nmais l\u00e0 encore il reste des approximations). Les musiques cr\u00e9\u00e9es \u00e0 partir de\nsamples (boucles) obtiennent une pulsation plus stable. En effet, les samples sont de courts extraits musicaux, dans lesquels la\nvariation du tempo est par cons\u00e9quent minime. Ces extraits sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s en\nboucle, ce qui induit une stabilit\u00e9 de la pulsation \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du morceau.\nPlus tard, l&rsquo;apparition des logiciels de composition musicale a apport\u00e9 avec elle des pulsations\nrigoureusement stables g\u00e9r\u00e9es par des processeurs informatiques, utilis\u00e9s\naujourd&rsquo;hui dans la plupart des productions grand public. \u00c0 ce titre, on peut\nnoter une diff\u00e9rence de temporalit\u00e9 entre une musique qui \u00ab&nbsp;vit&nbsp;\u00bb \u00e0\ntravers une pulsation variant tout au long du morceau et une musique calibr\u00e9e\nsur un battement toujours identique. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans la chanson, ces deux proc\u00e9d\u00e9s existent. Par exemple\ndans la chanson fran\u00e7aise ou la folk, les albums sont parfois enregistr\u00e9s en\nstudio avec des instruments physiques (Manu Chao, Moriarty), tandis que les\ngrosses productions (Jay Z, Lady Gaga, Justin Bieber&#8230;) sont cr\u00e9\u00e9es sur\nlogiciel avec des instruments virtuels, ou parfois avec des instruments\nphysiques enregistr\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment au m\u00e9tronome, puis remix\u00e9s voire corrig\u00e9s,\navant d&rsquo;\u00eatre mix\u00e9s avec des instruments virtuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, on peut remarquer que la dur\u00e9e des tubes\nest, \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s, toujours de 3 ou 4 minutes. En effet, m\u00eame les\nmorceaux de musique \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb qui peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme\ndes tubes ob\u00e9issent \u00e0 cette r\u00e8gle : la \u00ab&nbsp;Marche turque&nbsp;\u00bb, qui est\ng\u00e9n\u00e9ralement connue dans son int\u00e9gralit\u00e9, dure environ 3 mn 45, et le plus\nsouvent, seules des parties isol\u00e9es des grandes symphonies sont connues du\ngrand public.<\/p>\n\n\n\n<p>Que ce soit en terme de composition et d&rsquo;arrangement ou\nen terme de pulsation, on voit que la tendance est \u00e0 une temporalit\u00e9 courte et de plus en plus cyclique, boucl\u00e9e,\navec des r\u00e9p\u00e9titions \u00e0 l&rsquo;identique de plus en plus nombreuses et un battement\nsans aucune variation.<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble cependant qu&rsquo;il y ait un besoin de variations\npour ne pas fatiguer l&rsquo;oreille de l&rsquo;auditeur, car&nbsp; parall\u00e8lement, les tubes actuels comportent\nde plus en plus souvent des ponts, c&rsquo;est-\u00e0-dire\nde courts passages qui se diff\u00e9rencient du reste de la chanson, par une\nharmonie et une rythmique diff\u00e9rentes des autres parties (<em>Baby One\nMore Time, Toxic, Womanizer<\/em> de Britney Spears, <em>Rude Boy, Umberella <\/em>de\nRihanna, toutes les chansons de Missy Elliot qui en a fait une marque de\nfabrique, <em>Back to black<\/em> d&rsquo;Amy Winehouse,&nbsp;\n<em>Naughty Girl, Single Lady, Sweet dream<\/em> de Beyonc\u00e9&#8230;.). On voit\n\u00e9galement se g\u00e9n\u00e9raliser l&rsquo;utilisation du pr\u00e9 ou post-refrain, qui permet de\nr\u00e9p\u00e9ter trois parties au lieu de deux (couplet-refrain). Ces tubes comportent\ng\u00e9n\u00e9ralement 4 parties : couplet, pr\u00e9-refrain, refrain et pont (le pont\nsupportant tr\u00e8s bien un changement total d&rsquo;harmonie et de rythmique).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Missy Elliott - One Minute Man (feat. Ludacris) [Official Music Video]\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/XayUCLgxS5c?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Rihanna - Rude Boy (Official Music Video)\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/e82VE8UtW8A?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Beyonc\u00e9 - Naughty Girl\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/RZuJ_OHBN78?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>La voix, un instrument \u00e0 la temporalit\u00e9 particuli\u00e8re ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les productions musicales actuelles, l&rsquo;immense majorit\u00e9 des tubes appartient\nau genre de la chanson,les\nmusiques purement instrumentales \u00e9tant moins connues du grand public, \u00e0\nl&rsquo;exception des musiques de film et de jeux vid\u00e9os.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on consid\u00e8re la voix comme un instrument au m\u00eame titre\nque les autres, les rimes et la r\u00e9p\u00e9tition de syllabes constituent des rep\u00e8res\nsonores, au m\u00eame titre que les hook instrumentaux \u00e9voqu\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment. \u00c0 ce\ntitre, on peut remarquer que les paroles des tubes sont souvent construites sur\nde courtes phrases ou des mots r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, cr\u00e9ant des motifs vocaux repris \u00e0\nfr\u00e9quence r\u00e9guli\u00e8re, aussi bien sur les couplets que sur les refrains et\npr\u00e9-refrains : <em>Poker Face<\/em> de Lady\nGaga (\u00ab&nbsp;Po po po poker face, po po poker face&nbsp;\u00bb), <em>Pump it<\/em> de Black Eyed Peas (\u00ab&nbsp;pump\nit&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;turn it up&nbsp;\u00bb et de nombreux mots r\u00e9p\u00e9t\u00e9s au cours du\nmorceau),&nbsp; <em>On the floor<\/em> de Jennifer Lopez (\u00ab&nbsp;on the floor&nbsp;\u00bb r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0\nchaque fin de strophe sur le couplet ainsi que sur le refrain).&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Lady Gaga - Poker Face (Official Music Video)\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/bESGLojNYSo?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"The Black Eyed Peas - Pump It (Official Music Video)\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/ZaI2IlHwmgQ?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Jennifer Lopez - On The Floor ft. Pitbull\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/t4H_Zoh7G5A?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Cependant, la temporalit\u00e9 de la voix a ceci de\nparticulier qu&rsquo;elle peut chanter ou\nparler sur des plages temporelles diff\u00e9rentes de celle des instruments\nl&rsquo;accompagnant. En effet, elle\nconstitue un fil rouge qui attire l&rsquo;oreille et peut \u00eatre qualifi\u00e9 de voix <em>lead<\/em>\n(diriger). Portant la m\u00e9lodie principale, elle peut cr\u00e9er des phrases de\ntailles variables (ces phrases \u00e9tant constitu\u00e9es elles-m\u00eames de motifs\nr\u00e9p\u00e9t\u00e9s). Par exemple dans <em>Come As You Are<\/em> de Nirvana, la guitare et la\nbatterie tournent sur des boucles de deux mesures, tandis que Kurt Cobain\nchante des phrases de 4 mesures sur le couplet, puis de deux mesures sur le\nrefrain, et enfin de 4 et 2 mesures sur\nle pont.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la chanson, les paroles respectent les carrures\ninstrumentales (une phrase toutes les deux mesures par exemple), mais il est \u00e0\nnoter que le rap des ann\u00e9es 90,\ndont sont issus certains grands tubes, se distingue avec des phrases plus ou\nmoins longues pouvant commencer ou s&rsquo;arr\u00eater sur n&rsquo;importe-quelle division du\ntemps, constitu\u00e9es d&rsquo;allit\u00e9rations plus ou moins rapproch\u00e9es, cr\u00e9ant leur\npropre rythme et donnant juste rendez-vous au \u00ab&nbsp;beat&nbsp;\u00bb sur des temps\nforts (The Fugees, 2 PAC, I am&#8230;). Le texte pose ici des variations de\ntemporalit\u00e9 sur les boucles de la bande instrumentale, ce qui permet au morceau\nde \u00ab&nbsp;respirer&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons d&rsquo;abord mettre en lumi\u00e8re des\ncaract\u00e9ristiques communes \u00e0 tous les tubes en terme de temporalit\u00e9 : leurs\nm\u00e9lodies se structurent \u00e0 partir de courts motifs, r\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u00e0 l&rsquo;identique ou\navec de l\u00e9g\u00e8res variations, constituant des phrases musicales plus longues\nelles-m\u00eames r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Ces phrases musicales forment des parties qui sont\n\u00e9galement r\u00e9p\u00e9t\u00e9es au cours du morceau, il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une construction en\nforme de poup\u00e9es russes (imbrication de r\u00e9p\u00e9titions courtes au sein de\nr\u00e9p\u00e9titions plus longues). De plus, l&rsquo;instrument portant la m\u00e9lodie (la voix le\nplus souvent) effectue des phrases plus longues sur les motifs plus courts de\nl&rsquo;accompagnement. Ces motifs d&rsquo;accompagnements sont pour la plupart rythmiques\ndans les musiques dites \u00ab&nbsp;classiques&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;ils sont\nreproduits \u00e0 diff\u00e9rentes hauteurs de notes, tandis qu&rsquo;ils sont toujours dupliqu\u00e9s\n\u00e0 l&rsquo;identique (rythmiquement et m\u00e9lodiquement) dans les musiques actuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette tendance \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition a pris des proportions\nin\u00e9dites avec l&rsquo;av\u00e8nement des musiques \u00e9lectroniques et leur influence sur\ntoutes les esth\u00e9tiques. Aujourd&rsquo;hui, les grands tubes sont tous structur\u00e9s autour\nde boucles extr\u00eamement courtes empil\u00e9es les unes sur les autres et\nrigoureusement identiques, y compris en terme de pulsation. Cette omnipr\u00e9sence\nde la r\u00e9p\u00e9tition semble trouver sa limite par une certaine fatigue et une perte\nde l&rsquo;attention de l&rsquo;auditeur. C&rsquo;est pourquoi les tubes actuels comportent presque\nsyst\u00e9matiquement un pont qui permet de faire respirer le morceau avant de\nreprendre le refrain, ainsi que des pr\u00e9-refrains constituant une partie\nsuppl\u00e9mentaire \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter au cours du morceau. <\/p>\n\n\n\n<p>On observe donc \u00e0 la fois une r\u00e9p\u00e9titivit\u00e9 importante,\nmais \u00e9galement la n\u00e9cessit\u00e9 de respirations et de variations. La temporalit\u00e9 du\ntube devrait ainsi \u00eatre un \u00e9quilibre entre ces deux besoins, permettant une\nm\u00e9morisation rapide avec des plages de r\u00e9p\u00e9titions courtes, sur lesquelles on\npose une voix d\u00e9crivant des plages de r\u00e9p\u00e9titions plus longues et plus vari\u00e9es,\nnotamment en terme de motifs rythmiques et m\u00e9lodiques. <\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9quilibre peut \u00eatre trouv\u00e9 de diff\u00e9rentes mani\u00e8res,\nselon que la grille du couplet et du refrain est la m\u00eame ou non, que les\nboucles de r\u00e9p\u00e9tition de l&rsquo;accompagnement sont plus ou moins longues, que la\nvoix <em>lead<\/em> se r\u00e9p\u00e8te \u00e0 l&rsquo;identique sur\nles parties ou non. Dans tous les cas, il semble que la temporalit\u00e9 du tube\nr\u00e9ponde \u00e0 une double n\u00e9cessit\u00e9, celle de stimuler l&rsquo;attention de l&rsquo;auditeur\nsans fatiguer son oreille.<br><br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Le terme \u00ab\u00a0major\u00a0\u00bb d\u00e9signe les grandes bo\u00eetes de production musicale (Universal Music, Warner Music,&nbsp; Sony Music Entertainment).<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-huge-font-size has-bright-red-background-color\">Les temps investis<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-large-font-size has-yellow-background-color\">Portraits musicaux de l&rsquo;immensit\u00e9 nordique  <\/p>\n\n\n\n<h3><em>par Louis Roudaut<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Des exemples de descriptions de paysages en musique\nexistent d\u00e8s Janequin au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (avec \u00ab&nbsp;La Chasse&nbsp;\u00bb,\npar exemple). \u00c0 partir de la p\u00e9riode romantique, le paysage sert de toile de\nfond \u00e0 une aventure v\u00e9cue par un h\u00e9ros, et le d\u00e9veloppement musical s&rsquo;appuie\nsur l&rsquo;opposition entre les deux. La Symphonie pastorale de Beethoven est\nconsid\u00e9r\u00e9 par certains comme un exemple, o\u00f9 le h\u00e9ros se bat pour son destin et\ncontre la nature, avant de s&rsquo;y abandonner<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\nCe mod\u00e8le subjectif, o\u00f9 le point de vue du h\u00e9ros est retranscrit par la\nmusique, est&nbsp; bien exprim\u00e9 dans la forme sonate,\no\u00f9 le th\u00e8me principal plein d&rsquo;allant (le protagoniste) se d\u00e9veloppe en\ncontraste avec un second motif plus statique (le paysage).<br>\nCette conception du paysage \u00e9volue au fur et \u00e0 mesure du romantisme o\u00f9 les\ncompositeurs, influenc\u00e9s par le concept du \u00ab&nbsp;sublime&nbsp;\u00bb apport\u00e9 par\nKant et les po\u00e8tes romantiques, font de l&rsquo;espace naturel le sujet m\u00eame de la\nmusique, sans m\u00eame qu&rsquo;un personnage ne soit n\u00e9cessaire. Cependant, l&rsquo;influence\nde l&rsquo;homme se fait toujours sentir, car ce dernier pr\u00eate aux paysages ses perspectives,\nson ambiance, ses r\u00e9f\u00e9rences et ses propres perceptions<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi ces paysages, les paysages nordiques rev\u00eatent une\ncouleur particuli\u00e8re, celle que leur ont donn\u00e9 de nombreux \u00e9crivains et\ncompositeurs. En passant par plusieurs courants et styles musicaux d&rsquo;\u00e9poques\ndiff\u00e9rentes, je vais montrer comment certains paysages nordiques sont peints en\nmusique, et en quoi ils questionnent le rapport de l&rsquo;homme \u00e0 la nature.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le grand espace nordique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Caract\u00e9ristiques<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les grands espaces nordiques nourrissent l&rsquo;imaginaire de\nl&rsquo;homme de plusieurs repr\u00e9sentations. Elles ont en commun au moins deux&nbsp; caract\u00e9ristiques : l&rsquo;immensit\u00e9 et le silence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Le silence compte parmi les caract\u00e9ristiques premi\u00e8res de l\u2019imaginaire du Nord&nbsp;: il s\u2019ins\u00e8re dans un r\u00e9seau de signes autour de l\u2019immensit\u00e9, du froid, de la neige, de la blancheur, de l\u2019horizontalit\u00e9, de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 et de l\u2019absence de rep\u00e8res, bref, autour d\u2019un lieu d\u00e9fini par la culture occidentale comme celui d\u2019une absence humaine<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Si les paysages existent surtout \u00e0 travers les&nbsp; repr\u00e9sentations et les perceptions de\nl&rsquo;Homme, comment d\u00e9crire un paysage qui est celui de l&rsquo;absence humaine ? <br>\nPour y r\u00e9pondre, il convient tout d&rsquo;abord d&rsquo;essayer de comprendre comment est\nper\u00e7u le \u00ab&nbsp;&nbsp;Grand silence blanc \u00bb du Nord par l&rsquo;homme. Pour cela, il faut se pencher\nsur la litt\u00e9rature, et les t\u00e9moignages, fictifs ou non, de ceux qui se sont\nconfront\u00e9s \u00e0 cet espace, et qui ont nourri de leurs r\u00e9cits l&rsquo;imaginaire\ncollectif.<br>\n<br>\nCe qui semble frapper d&rsquo;abord, c&rsquo;est le silence, le froid : \u00ab aucun bruit, un\nvrai silence d\u2019hiver, la main du froid encore sur la bouche de la terre<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>\n\u00bb. D&rsquo;un environnement aussi hostile, l&rsquo;homme qui s&rsquo;y confronte se retrouve face\n\u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9motions : la peur du silence \u00ab&nbsp;ce silence les accablait\nsous le poids de l\u2019infini et de l\u2019irr\u00e9vocable, [\u2026] les r\u00e9duisant ainsi \u00e0 ce\nqu\u2019ils \u00e9taient r\u00e9ellement<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>&nbsp;\u00bb,\nque l&rsquo;on pourrait rapprocher de la c\u00e9l\u00e8bre maxime de Pascal : \u00ab&nbsp;Le silence\n\u00e9ternel de ces espaces infinis m&rsquo;effraie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce silence rev\u00eat m\u00eame un pouvoir capable de plonger\nl&rsquo;homme dans une v\u00e9ritable crise existentielle : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Sur tout r\u00e9gnait un silence tel qu\u2019Alexandre en resta longtemps saisi. La paix de la vall\u00e9e l\u2019atteignait comme un reproche. Vaine a \u00e9t\u00e9 ton agitation, futile ton angoisse, sans m\u00e9rite ta souffrance, inutile tout cela, disait le silence \u00e0 cet homme \u00e9puis\u00e9. D\u2019ailleurs, as-tu vraiment souffert ? lui demandait la nature, et, incapable de l\u2019affirmer ici, Alexandre pencha la t\u00eate ; il se sentait l\u2019homme le plus d\u00e9muni du monde<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 tel point que jack London le personnifie d&rsquo;un rire\nmal\u00e9fique : <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:left\">\u00ab\u00a0Un monde fig\u00e9, si froid et si d\u00e9sol\u00e9 qu\u2019il se situait au-del\u00e0 m\u00eame de toute tristesse. En fait, on y percevait plut\u00f4t comme l\u2019\u00e9bauche d\u2019un rire, [\u2026] un rire sinistre et angoissant participant de l\u2019in\u00e9luctable. C\u2019\u00e9tait l\u2019imp\u00e9rieuse et indicible sagesse de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 qui manifestait sa d\u00e9rision \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la vie et de ses vaines entreprises<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><br>\nDans le silence, se trouve aussi la peur que celui-ci soit interrompu par un\nbruit, indicateur d&rsquo;un danger et d\u00e9cupl\u00e9 par le contraste : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019un pas crevait la route, le craquement semblait emplir le pays et monter jusqu\u2019au scintillement des \u00e9toiles que le jour n\u2019effa\u00e7ait pas encore<a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On peut donc d\u00e9duire de ces extraits que le Nord a \u00e9t\u00e9\nd\u00e9crit comme un milieu hostile, moins par sources de r\u00e9el danger que par son\nabsence de rep\u00e8res, qui offre tout loisir \u00e0 l&rsquo;humain de se retrouver face \u00e0 son\nimpuissance dans une angoisse toute existentielle. <\/p>\n\n\n\n<p>Existe-t-il ainsi une repr\u00e9sentation sonore (bruits,\nambiances, \u00e9l\u00e9ments figuratifs ou symboliques) que les compositeurs ont \u00e9t\u00e9\namen\u00e9s \u00e0 utiliser dans leurs descriptions du Nord ? Comment&nbsp; d\u00e9crire en termes musicaux un espace infini ?\nComment en d\u00e9crire le silence, l&rsquo;immobilit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 (la musique en tant\nqu&rsquo;ensemble de sons organis\u00e9s, n&rsquo;\u00e9tant pas pr\u00e9sente naturellement dans les\npaysages) ?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la litt\u00e9rature, de nombreux sons viennent nourrir\nl&rsquo;imaginaire de la musique des grands espaces nordiques :<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00ab\u00a0la nature nordique inspire les \u00e9crivains qui la d\u00e9crivent en termes musicaux, qui peuvent donner des id\u00e9es de composition&nbsp;: le vent comme un refrain, l\u2019eau comme un murmure solitaire, le frasil comme une symphonie, les aurores bor\u00e9ales comme \u00ab&nbsp;un bruissement \u00e9touff\u00e9&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Le fracas \u00e9galait celui d\u2019une nombreuse artillerie. La glace terrestre, aux colorations d\u2019un bleu verd\u00e2tre, et la glace oc\u00e9ane, celle-ci immacul\u00e9e de blancheur, luttaient l\u2019une contre l\u2019autre. [\u2026] \u00c0 peine entendions-nous la basse profonde du vent qui m\u00ealait sa voix \u00e0 cette symphonie<a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le silence omnipr\u00e9sent a aussi un son : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0On dit du silence qu\u2019il induit une immobilit\u00e9 : signe qu\u2019il se lie \u00e0 une certaine forme de temporalit\u00e9. Plusieurs auteurs sugg\u00e8rent que le \u00ab silence du Nord \u00bb est en fait une succession horizontale de sons : \u00ab un bruit sourd, continu [\u2026], toujours semblable, mais sans monotonie [&#8230;] lignes continues, simplification des signes, allongement des temporalit\u00e9s<a href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un des premiers exemples dans la musique savante scandinave \u2013 Sibelius<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9but du modernisme finnois (1900-1945), comprenant le symbolisme, l\u2019impressionnisme et l\u2019expressionnisme (qui ont cohabit\u00e9 dans une certaine mesure avec la fin du romantisme en Finlande), s&rsquo;attache \u00e0 d\u00e9crire musicalement les grands espaces nordiques, en utilisant de nouvelles textures sonores. Le principal repr\u00e9sentant de cette recherche \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque est Jean Sibelius (1865-1957).<br> <\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;origine finnoise, Jean Sibelius est un compositeur dont\nles \u0153uvres musicales sugg\u00e8rent une atmosph\u00e8re et des paysages nordiques,\nparticuli\u00e8rement dans ses orchestrations de po\u00e8mes, o\u00f9 il s&rsquo;attache aussi \u00e0 la\nmythologie du <em>kalevala (mythologie\nnordique)<\/em>. Ces \u0153uvres d\u00e9butent souvent par l&rsquo;\u00e9vocation d&rsquo;un paysage\nmythique, d\u00e9velopp\u00e9 par une p\u00e9dale \u00e0 la basse, sur laquelle les cordes les plus\naigu\u00ebs viennent cr\u00e9er une atmosph\u00e8re brumeuse&nbsp;; les timbres utilis\u00e9s ont\ng\u00e9n\u00e9ralement tendance \u00e0 \u00eatre sombres.<\/p>\n\n\n\n<p><br>\nC&rsquo;est le cas dans l&rsquo;ouverture du <em>Cygne de\nTuonela<\/em> o\u00f9 la p\u00e9dale donn\u00e9e par les basses grimpe en arp\u00e8ges jusqu&rsquo;aux\ncordes plus aigu\u00ebs, pour cr\u00e9er cette brume. L&rsquo;opposition entre ces deux\nregistres \u2013&nbsp;extr\u00eamement grave \/ extr\u00eamement aigu \u2013 cr\u00e9e un espace tr\u00e8s\nvaste. L&rsquo;orchestration privil\u00e9gie les timbres sombres, car les clarinettes (\u00e0\nl&rsquo;exception d&rsquo;une clarinette basse), les trompettes et les fl\u00fbtes en sont\nexclues<a href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>.\nLa temporalit\u00e9 de cet espace mythologique parait diff\u00e9rente de celle des\nhumains, car temps et espace sont intimement li\u00e9s pour cr\u00e9er un effet de\ngigantisme, par lequel tout mouvement \u00e0 notre \u00e9chelle est insignifiant. Le\ntemps s&rsquo;arr\u00eate, l&rsquo;espace semble infini et statique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le XX<\/strong><sup><strong>e<\/strong><\/sup><strong> si\u00e8cle : entre traditions et innovations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>La musique savante&nbsp;: l&rsquo;importance du bourdon <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Exemple 1: arrangement de Grete Pedersen de \u00ab&nbsp;ned i vester soli glader&nbsp;\u00bb, \u00e0 consulter sur : http:\/\/senza-voce.e-monsite.com\/medias\/files\/ned-i-vester.pdf<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>En plus des compositions originales, certains musiciens\nscandinaves ont aussi adapt\u00e9 des m\u00e9lodies traditionnelles en utilisant les\ndiff\u00e9rents proc\u00e9d\u00e9s que nous avons vus. Prenons par exemple l&rsquo;arrangement de\nGrete Pedersen (c\u00e9l\u00e8bre cheffe de ch\u0153ur norv\u00e9gienne) de \u00ab&nbsp;ned i vester\nsoli glader&nbsp;\u00bb, qui est \u00e0 la base un hymne vesp\u00e9ral traditionnel de Norv\u00e8ge\n(exemple 1).<\/p>\n\n\n\n<p>Grete Pedersen fait le choix d&rsquo;adapter cette m\u00e9lodie pour\nch\u0153ur mixte. La m\u00e9lodie du couplet semble flotter au dessus d&rsquo;un espace\nstatique, qui \u00e9voque pour moi non seulement une nature immense, d\u00e9sertique, \u00e0\nlaquelle ont pu \u00eatre confront\u00e9s les paysans et ouvriers de l&rsquo;\u00e9poque, mais aussi\nla nature qui les a accueillis. Voici une traduction du couplet&nbsp;:\n\u00ab&nbsp;Le soleil se couche \u00e0 l&rsquo;ouest, merci mon Dieu pour vos b\u00e9n\u00e9dictions,\ngardez nous en s\u00e9curit\u00e9 toute la nuit&nbsp;\u00bb&#8230; Le titre de ce chant fait directement\nr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la nature (Ned i vester soli glader&nbsp;: \u00ab&nbsp;le soleil se\ncouche \u00e0 l&rsquo;ouest&nbsp;\u00bb), et ouvre le morceau. G. Pedersen a peut \u00eatre fait le\nchoix de d\u00e9velopper un espace statique en lien avec cette simple phrase, qui\ninscrit le texte de cette pri\u00e8re dans un cadre o\u00f9 la nature domine le rythme\ndes hommes, et o\u00f9 le coucher de soleil termine une dure journ\u00e9e de travail. Un\nbourdon est soutenu par les voix d&rsquo;hommes \u00e0 la tonique, puis est doubl\u00e9 d&rsquo;une\ndeuxi\u00e8me puis d&rsquo;une troisi\u00e8me voix \u00e0 la quinte et \u00e0 la sixte mineure. Ces\nconsonances simples donnent une forte sensation d&rsquo;espace. Cette s\u00e9quence est\nd\u00e9velopp\u00e9e sur un mode \u00e9olien sans fonctions tonales, la&nbsp; modalit\u00e9 semblant faciliter la construction\nde l&rsquo;espace statique et ouvert.<\/p>\n\n\n\n<p><br>\nLe fait que la m\u00e9lodie soit toujours dans un registre sup\u00e9rieur (altos et\nsopranos), par rapport au bourdon statique des hommes, me fait penser que la\npri\u00e8re issue de ce chant s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve au-dessus des paysages nordiques et, de leur\nduret\u00e9, dans leur adresse \u00e0 Dieu. Un court mouvement harmonique court est\nr\u00e9p\u00e9t\u00e9 deux fois pour le final : c&rsquo;est seulement \u00e0 partir de ce moment que les\nvoix des hommes se met en mouvement, participant au dessin harmonique esquiss\u00e9\npar la m\u00e9lodie.&nbsp; Ce moment correspond,\ndans les paroles, aux remerciements adress\u00e9s \u00e0 Dieu dans la pri\u00e8re :\n\u00ab&nbsp;merci pour la nourriture, la sant\u00e9, les v\u00eatements et le bonheur&nbsp;\u00bb.\nL&rsquo;espace statique dispara\u00eet peut \u00eatre \u00e0 ce moment l\u00e0 pour figurer un\nrapprochement entre l&rsquo;humain, sa pri\u00e8re et la nature qui les accueille, une\ncongruence qui se retrouve dans la reconnaissance et le bonheur que l&rsquo;Homme\n\u00e9prouve \u00e0 \u00eatre en s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle, gr\u00e2ce aux dons de Dieu et de la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces rep\u00e8res harmoniques sont comme des jalons, des\nmoments o\u00f9 l&rsquo;homme s&rsquo;extrait de ce lieu de \u00ab&nbsp;l&rsquo;absence humaine&nbsp;\u00bb,\nselon l\u2019expression de Chartier<a href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>.\nL&rsquo;extrait de partition ci-dessus donne \u00e0 voir les bourdons maintenus durant la\npi\u00e8ce&nbsp;; \u00e0 la mesure 16, l&rsquo;\u00e9criture devient plus verticale et tonale comme\nexpliqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment. Il n&rsquo;y a d&rsquo;ailleurs pas de barre de mesure dans l&rsquo;\u00e9dition\noriginale de Grete Pedersen, ce que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme un symbole de\nl&rsquo;exclusion de la temporalit\u00e9 qui construit&nbsp;\nl&rsquo;espace statique. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;usage des bourdons dans la musique chorale est\ncependant bien ant\u00e9rieur au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Ils sont utilis\u00e9s dans les\nchants traditionnels de G\u00e9orgie dont l&rsquo;origine remonte avant le IV<sup>e<\/sup>\nsi\u00e8cle apr\u00e8s J.&nbsp;C.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces derniers utilisent eux aussi des proc\u00e9d\u00e9s cr\u00e9ant un\nespace statique, comme on peut le voir dans \u00ab&nbsp;elia irde&nbsp;\u00bb, qui est\naussi un chant de pri\u00e8re. L&rsquo;espace statique que l&rsquo;on peut ressentir en \u00e9coutant\ncette pi\u00e8ce est \u00e9galement d\u00fb \u00e0 un bourdon soutenu par les basses, et par\nl&rsquo;usage r\u00e9p\u00e9t\u00e9 d&rsquo;accords de quartes suspendus, qui restent\n\u00ab&nbsp;ouverts&nbsp;\u00bb, leur r\u00e9solution sur la tierce ayant le plus souvent lieu\nsur les temps faibles. Il est impossible de savoir si ces proc\u00e9d\u00e9s mill\u00e9naires\nont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s pour d\u00e9crire les paysages de la G\u00e9orgie (la r\u00e9gion montagneuse\nde Svan\u00e9tie au nord ouest du pays dans le cas d&rsquo;Elia Irde)&nbsp;: peut-\u00eatre\nillustrent-ils d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments de la culture g\u00e9orgienne. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour en revenir aux paysages du nord, nous avons vu que\nle silence est, d&rsquo;apr\u00e8s Chartier \u00ab&nbsp;une succession horizontale de sons :\n\u201cun bruit sourd, continu, [&#8230;] toujours semblable, mais sans monotonie<a href=\"#_ftn14\">[14]<\/a><em>.\u201d&nbsp;\u00bb.<\/em> Le bourdon est lui aussi\nhorizontal et hors du temps, il est peut \u00eatre une figure musicale du silence de\nces paysages.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Musiques actuelles et nouvelles textures <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un bond vers la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\nnous am\u00e8ne vers de nouveaux tableaux des paysages nordiques, gr\u00e2ce aux progr\u00e8s\ntechnologiques que sont : <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; l&rsquo;enregistrement de la musique<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; la possibilit\u00e9 de couper, superposer des pistes\n(ou d&rsquo;\u00e9chantillonner)<br>\n&#8211; la d\u00e9couverte de nouvelles textures sonores (amplification&nbsp; des instruments, synth\u00e9tiseurs).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces technologies ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es vers la fin des ann\u00e9es\n1960 dans le rock psych\u00e9d\u00e9lique, et le synth\u00e9tiseur m\u00e8nera de nombreux groupes\noccidentaux (Tangerine Dream, Klaus Schulze, Brian Eno, Pink Floyd) \u00e0 la\nrecherche de nouvelles sonorit\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo; \u00ab&nbsp;ambient\nmusic&nbsp;\u00bb. Ce genre musical \u00e9voque une qualit\u00e9 atmosph\u00e9rique, contemplative,\ndont les pi\u00e8ces musicales sont construites sur des nappes de synth\u00e9tiseurs. La\nrecherche est port\u00e9e sur la texture des sons, mais aussi sur une impression\nstatique et hors du temps, qui se pr\u00eate bien \u00e0 la description de paysage<a href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>.\n<\/p>\n\n\n\n<p><em>Western wind<\/em><a href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>\nse base sur les principes de l&rsquo;ambient music. Cette chanson \u00e9crite et\ninterpr\u00e9t\u00e9e par Sidsel Endresen (chanteuse de jazz et de musique \u00e9lectronique\nnorv\u00e9gienne) figure sur l&rsquo;album \u00ab&nbsp;undertow&nbsp;\u00bb paru en 2000. Cette\nchanson est b\u00e2tie sur une boucle (un court extrait musical, enregistr\u00e9 \u00e0 partir\nd&rsquo;un instrument ou programm\u00e9 sur ordinateur, qui est r\u00e9p\u00e9t\u00e9), ici probablement\nsur le son d\u2019une fl\u00fbte (\u00e0 laquelle vient se superposer d&rsquo;autres instruments par\nintermittence), trait\u00e9 informatiquement. Durant les 8 minutes du morceau, cette\nboucle agit comme un bourdon, dont le timbre rappelle tr\u00e8s clairement le son du\nvent. Ce dernier est en fait un ostinato sur 3 notes (les 3 premiers degr\u00e9s du\nmode \u00e9olien d\u00e9velopp\u00e9 dans le morceau, dans le sens descendant) \u2013 l&rsquo;ostinato\nest un proc\u00e9d\u00e9 utilis\u00e9 pour cr\u00e9er l&rsquo;espace statique<a href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>.\nTous les \u00e9l\u00e9ments sont ici r\u00e9unis pour dresser un tableau de la nature\nnordique, avec \u00ab&nbsp;le vent comme&nbsp;\nrefrain<a href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Western wind<\/em>\nsemble cristalliser la crise existentielle qui saisit l&rsquo;homme dans sa\nconfrontation avec les espaces du nord, telle que d\u00e9crite par London ou Roy\n(voir 1.1.). Le grand espace est celui du vide int\u00e9rieur, du froid d&rsquo;o\u00f9 les\n\u00e9motions sont gel\u00e9es. Le vent est \u00e0 la fois un refrain gla\u00e7ant, obs\u00e9dant et\nmal\u00e9fique, et un t\u00e9moin de l&rsquo;impuissance de l&rsquo;homme, qui disperse ses larmes\ndans le vide (le refrain&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cry in the western wind&nbsp;\u00bb). L&rsquo;homme\nest confront\u00e9 \u00e0 une angoisse qui lui fait mal au ventre, qui lui tord le c\u0153ur\n(\u00ab&nbsp;your belly aches, your heart bends over and over&nbsp;\u00bb), et \u00e0\nl&rsquo;incapacit\u00e9 d&rsquo;exprimer ses \u00e9motions. Son silence peut \u00eatre mis en parall\u00e8le\navec le silence propre aux paysages du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Western wind<\/em>\nest un tableau des paysages nordiques int\u00e9ressant en ce sens qu&rsquo;il fond ces\npaysages avec la psych\u00e9 de l&rsquo;homme. C&rsquo;est ce qui rend cette pi\u00e8ce plus\nintrospective que <em>Ned i vester<\/em>, qui\nest davantage un tableau du quotidien des hommes vivants dans ces paysages\n(dans lesquels ils peuvent s&rsquo;abriter la nuit venue). Le paysage\n\u00ab&nbsp;hostile&nbsp;\u00bb de <em>Western wind<\/em>\ndonne l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre partout autour de l&rsquo;homme, voire \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de\nlui. Cependant, ces deux morceaux ont en commun l&rsquo;expression d&rsquo;une tension qui\ns&rsquo;exerce entre l&rsquo;homme et son environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres groupes r\u00e9cents se sont plong\u00e9s dans la veine\nexistentielle et froide de l&rsquo;immensit\u00e9 nordique, comme S\u00f3lstafir, groupe de\npost m\u00e9tal islandais (\u00ab&nbsp;S\u00f3lstafir&nbsp;\u00bb signifie d&rsquo;ailleurs rayons\ncr\u00e9pusculaires)&nbsp;; on peut voir l&rsquo;influence des paysages nordiques dans\nleur univers sur la pochette ci-dessous. Il y est repr\u00e9sent\u00e9 deux ombres, un\nhomme accompagn\u00e9 d&rsquo;un cervid\u00e9, devant une ta\u00efga qui semble&nbsp; secou\u00e9e par le blizzard. Il s&rsquo;en d\u00e9gage un\ncertain sentiment de solitude.<\/p>\n\n\n\n<p>La notion d&rsquo;espace statique, a d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 beaucoup\n\u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e dans les groupes de metal actuels et de la fin du XX<sup>e<\/sup>\nsi\u00e8cle pour d\u00e9crire la souffrance d&rsquo;\u00eatre abandonn\u00e9 dans le vide de l&rsquo;univers,\nou bien d&rsquo;\u00eatre au bord de la folie. Le bourdon, qui est, nous l&rsquo;avons vu, la\nbase de l&rsquo;espace statique, a m\u00eame donn\u00e9 son nom (\u00ab&nbsp;drone&nbsp;\u00bb en\nanglais) au sous genre du drone doom<a href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>,\navec Sunn O))) par exemple, qui exploite le bourdon comme une brume \u00e9lectrique\ncharg\u00e9e de d\u00e9sespoir. Il ne s&rsquo;agit plus forc\u00e9ment d&rsquo;immensit\u00e9 nordique, mais\npeut \u00eatre d&rsquo;un autre espace qui en serait la quintessence en terme de solitude.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img src=\"https:\/\/www.lagrosseradio.com\/webzine\/images\/18715.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Couverture de <em>Berdreyminn<\/em> (2017), album de S\u00f3lstafir&nbsp; (https:\/\/www.lagrosseradio.com\/webzine\/images\/18715.jpg)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>\ninformation trouv\u00e9e sur l\u2019article de Wikipedia \u00ab&nbsp; Symphonie n\u00b06\n(Beethoven) \u2013 Symphonie Pastorale&nbsp;\u00bb https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Symphonie_n%C2%BA_6_(Beethoven),\nconsult\u00e9 le 10 juin 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>\nJuha Torvinen &amp; Susanna V\u00e4lim\u00e4ki , \u00ab&nbsp;Nordic drone&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em>&nbsp;\nTim Howell (dir.), <em>The nature of\nnordic music<\/em>, Routledge, 2019.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>\nDaniel Chartier, \u00ab&nbsp;Du silence et des bruits, le Nord est\nsilencieux&nbsp;\u00bb, <em>Les cahiers de la\nsoci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise de recherche en musique<\/em>, vol.&nbsp;14, No.1, mai 2013,\np.&nbsp;25.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>\n\u00c9lisabeth Vonarburg, <em>Les voyageurs malgr\u00e9\neux<\/em>, Montr\u00e9al, Qu\u00e9bec\/Am\u00e9rique, coll. \u00abSextant \u00bb, 1994.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>\nJack London, <em>Croc-Blanc<\/em>, Paris,\nLibrairie g\u00e9n\u00e9rale fran\u00e7aise, coll. \u00abLe livre de poche\u00bb, 1906, p.&nbsp;9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>Gabrielle Roy, <em>Alexandre Chenevert<\/em>,\nMontr\u00e9al, Beauchemin, 1954, p.&nbsp;190.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>\nJack London, <em>op.&nbsp;cit., <\/em>p. 11.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>\nBernard Clavel, <em>Le royaume du Nord. Tome\n2: L\u2019or de la terre<\/em>, Paris, Albin Michel, coll. \u00abPocket\u00bb, 1984. p.&nbsp;31.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a>\nChartier, <em>op.&nbsp;cit<\/em>.,\np.&nbsp;27. <\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a>\n<em>Ibid<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a>\n<em>Ibid<\/em>., p.&nbsp;25.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>Juha Torvinen &amp; Susanna V\u00e4lim\u00e4ki, ibid. Num\u00e9ro de page inconnu<br>\n<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a>\nChartier, <em>op.&nbsp;cit<\/em>., p.&nbsp;25.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>\nGuillaume L\u00e9vesque, \u00ab&nbsp;La croix du Grand Calumet&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em> Aur\u00e9lien Boivin [\u00e9d.], <em>Les meilleurs contes fantastiques qu\u00e9b\u00e9cois\ndu XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, Montr\u00e9al, Fides, 2001.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>Olivier Bernard, <em>Anthologie de\nl&rsquo;ambient,&nbsp;d&rsquo;\u00c9ric Satie \u00e0 Moby : nappes,\na\u00e9roports et paysages sonores<\/em>, Camion blanc, 2013.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>\nSimonx49.&nbsp; (2011, juillet 2). Sidsel\nEndresen &#8211; Western Wind [vid\u00e9o]. Youtube. <em>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=5qqrLKlXV-s<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a>\nJuha Torvinen &amp; Susanna V\u00e4lim\u00e4ki, <em>ibid<\/em>.\nnum\u00e9ro de page inconnu.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>Chartier, <em>ibid<\/em>., p.&nbsp;27.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a> Article \u00ab&nbsp;drone metal&nbsp;\u00bb de Wikipedia (https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Drone_metal), consult\u00e9 le 27 mai 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-large-font-size has-yellow-background-color\">La notion d\u2019espace et de temps dans la transe chamanique <\/p>\n\n\n\n<h3><em>par Jeanne Drouet<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Le rapport au temps et \u00e0 l\u2019espace varie d\u2019un contexte \u00e0\nun autre, d\u2019une culture \u00e0 une autre. Dans ce sens, il est possible de mettre en\ncomparaison les soci\u00e9t\u00e9s occidentales aux soci\u00e9t\u00e9s plus traditionnelles qui\nn\u2019accordent pas la m\u00eame place \u00e0 la notion de temporalit\u00e9. En Occident, le temps\n(avec un pass\u00e9, un pr\u00e9sent et un futur) est ordonn\u00e9 de mani\u00e8re lin\u00e9aire comme\nsur une frise chronologique, tandis que dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s plus\ntraditionnelles, la vision du temps est cyclique&nbsp;; il n\u2019y a ni\ncommencement, ni fin, tout est un \u00e9ternel recommencement, et l\u2019homme s\u2019inscrit\ndans un cycle cosmique o\u00f9 la vie est r\u00e9gl\u00e9e au rythme de la nature. Ce\nquestionnement de perception spatio-temporelle a suscit\u00e9 de nombreuses \u00e9tudes\nen sciences physiques avec notamment Albert Einstein et la th\u00e9orie de\nrelativit\u00e9 dont les conclusions sont toujours d\u2019actualit\u00e9&nbsp;: l\u2019espace et le\ntemps sont li\u00e9s et ils sont relatifs, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils sont souples,\n\u00e9lastiques et peuvent-\u00eatre d\u00e9form\u00e9s. Voil\u00e0 pourquoi il est int\u00e9ressant\nd\u2019essayer de comprendre le processus de transe, qui, induit par la musique,\npermet d\u2019atteindre un \u00e9tat qui modifie, voire supprime totalement ces notions\nd\u2019espace-temps, \u00e0 la mani\u00e8re du temps \u00e9lastique de la relativit\u00e9 d\u2019Einstein. La\nd\u00e9couverte de la transe chamanique de Mongolie est l\u2019occasion de comprendre\nqu\u2019il est possible d\u2019acc\u00e9der \u00e0 d\u2019autres temporalit\u00e9s, et ce par le biais de la\nmusique. Ainsi, dans un premier temps, nous essayerons de comprendre le\nprocessus de transe, par l\u2019exp\u00e9rience de Corine Sombrun. Ensuite, nous\nexaminerons ce processus par le prisme de la science et de diff\u00e9rentes\nrecherches. Enfin, nous nous int\u00e9resserons aux diff\u00e9rentes formes de transe qui\nexistent dans les pays occidentaux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Musique et transe dans l\u2019exp\u00e9rience chamanique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le processus de transe <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La transe est un \u00e9tat de conscience modifi\u00e9e. Les formes\npeuvent \u00eatre diverses (cataleptiques, compulsives, de possession, etc.). Nous\n\u00e9tudierons ici la transe chamanique de Mongolie. Il s\u2019agit d\u2019une pratique\nspirituelle qui attribue une \u00e2me \u00e0 chaque \u00eatre vivant ainsi qu\u2019\u00e0 tous les\n\u00e9l\u00e9ments de la nature. Les chamanes sont des hommes ou des femmes qui ont \u00e9t\u00e9\nchoisis pour leurs pouvoirs curatifs. Ils pratiquent de nombreux rituels afin\nde pouvoir entrer en contact avec des entit\u00e9s et des esprits (anc\u00eatres,\nanimaux\u2026) et ont un r\u00f4le tr\u00e8s important au sein de la communaut\u00e9. Ils sont\nconsid\u00e9r\u00e9s comme de v\u00e9ritables ma\u00eetres spirituels ou comme des gu\u00e9risseurs. Au\nsein de nombreuses ethnies, \u00eatre chamane est un v\u00e9ritable don. Pour entrer en\ncontact avec cet autre monde, ils pratiquent la transe sous forme de divers\nrituels mis en place lors de c\u00e9r\u00e9monies. Mais ce qui est commun \u00e0 chaque\nrituel, c\u2019est l\u2019utilisation de la musique. Les chamanes mongols utilisent\nprincipalement le tambour chamanique pour induire l\u2019\u00e9tat de transe, et\n\u00e9galement la gambarde, le chant diphonique, le hochet. Il suffit parfois de\nquelques secondes de battements r\u00e9p\u00e9titifs de tambour pour que le chamane\nplonge dans la transe, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une porte ouverte sur un autre\nmonde. G\u00e9n\u00e9ralement, l\u2019\u00e9tat de transe est repr\u00e9sent\u00e9 par des tremblements et une\nagitation corporelle. Le chamane perd alors toute notion de temps et d\u2019espace,\na des visions, perd la sensation de douleur et acc\u00e8de \u00e0 une toute autre\nperception de l\u2019environnement qui l\u2019entoure.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les pays occidentaux, cette pratique a suscit\u00e9 non\nseulement la curiosit\u00e9 mais \u00e9galement le doute. Il a longtemps \u00e9t\u00e9 dit que les\nchamanes th\u00e9\u00e2tralisaient les sc\u00e8nes de transe, ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9\nplut\u00f4t comme une pratique li\u00e9 au folklore traditionnel. Quoi qu\u2019il en soit, il\nne peut avoir lieu sans la musique&nbsp;: celle-ci a donc toute son importance.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en 2001 que les scientifiques vont avoir \u00e0 nouveau\nl\u2019occasion de se pencher sur la question&nbsp;: ils choisissent alors de\ns\u2019interroger davantage sur le fonctionnement du cerveau humain, lors de la transe,\n\u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience de Corine Sombrun.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019exp\u00e9rience de Corine Sombrun<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Corine Sombrun est une musicienne, compositrice,\nmusicologue et journaliste. L\u2019un de ses reportages pour la BBC la conduit en\n2001 au nord de la Mongolie au sein de l\u2019ethnie des Tsaatans. Lors d\u2019une\nc\u00e9r\u00e9monie qu\u2019elle enregistre dans le cadre de son travail sur les traditions\nchamaniques, le son du tambour utilis\u00e9 par le chamane la plonge dans un \u00e9tat de\ntranse qu\u2019elle ne peut contr\u00f4ler : d\u00e8s les premiers sons de tambour, elle se\nmet \u00e0 trembler, se comporte et hurle comme un loup. Le chamane lui explique que\nsa r\u00e9action est le signe qu\u2019elle est \u00e9galement chamane et qu\u2019elle doit suivre\nune initiation dans la tradition. C\u2019est ainsi que pendant huit ann\u00e9es, Corine\nSombrun va retourner r\u00e9guli\u00e8rement en Mongolie pour suivre les enseignements\nd\u2019une chamane tsaatanes. Un peu plus tard, et gr\u00e2ce \u00e0 ses enregistrements, elle\narrive \u00e0 identifier certains rythmes pr\u00e9cis de tambour chamanique ayant induit\nchez elle l\u2019\u00e9tat de transe. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans son livre&nbsp;<em>Mon\ninitiation chez les chamans<\/em><a href=\"#_ftn1\"><em><strong>[1]<\/strong><\/em><\/a>[1],\nelle r\u00e9ussit \u00e0 mettre des mots concernant son exp\u00e9rience personnelle et ses\nressentis lorsqu\u2019elle se retrouve en transe : aucune perception de la douleur\nphysique (alors qu\u2019elle se donne des coups), visions, force d\u00e9cupl\u00e9e et perte\nde la notion de temps et d\u2019espace. Elle per\u00e7oit les espaces qualifi\u00e9s de\ndisharmonieux, auquel cas elle \u00e9met des sons incontr\u00f4l\u00e9s, parle un langage\ninconnu, pour les r\u00e9\u00e9quilibrer. <\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 cette exp\u00e9rience inattendue, Corine Sombrun s\u2019est\npos\u00e9 un certain nombre de questions. Pourquoi la transe modifie-t-elle le\ncomportement du cerveau et lui donne-t-elle d\u2019autres capacit\u00e9s&nbsp;? Pourquoi\na-t-elle l\u2019impression d\u2019avoir une perception diff\u00e9rence de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;?&nbsp;Sa\nprofession la pousse \u00e0 en savoir plus&nbsp;: elle ressent donc le besoin de\nrencontrer le monde scientifique pour \u00e9tablir des recherches.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est clair que les exp\u00e9riences des chamans et de Corine\nSombrun permettent d\u2019observer ce ph\u00e9nom\u00e8ne et de constater une chose : la\nmusique \u00e9mise par les battements de tambour chamanique modifie leur \u00e9tat de\nconscience.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La transe et ses tentatives d\u2019explications anthropologiques et neurologiques&nbsp;: quelle place pour la musique&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Premi\u00e8res recherches, avant l\u2019exp\u00e9rience de Corine Sombrun<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Hypoth\u00e8se 1<\/p>\n\n\n\n<p>Bien avant l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue par Corine Sombrun, des chercheurs s\u2019\u00e9taient pench\u00e9s sur la question et avaient tent\u00e9 de comprendre quelles pouvaient \u00eatre les modifications physiologiques induites par le rituel avec le tambour chamanique. Dans les ann\u00e9es 1960 aux \u00c9tats-Unis, le chercheur Andrew Neher avait \u00e9tudi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois les effets du tambour gr\u00e2ce \u00e0 un \u00e9lectroenc\u00e9phalogramme&nbsp;: il avait pu d\u00e9montrer que le rythme r\u00e9p\u00e9titif du tambour modifiait l\u2019activit\u00e9 des ondes c\u00e9r\u00e9brales du cerveau et influait sur l\u2019activit\u00e9 \u00e9lectrique de plusieurs fonctions motrices et sensorielles. Pour Michael Harner, anthropologue sp\u00e9cialis\u00e9 dans le chamanisme traditionnel, cela semble en partie d\u00fb au fait que le simple battement d\u2019un tambour  comporte de nombreuses fr\u00e9quences sonores, et transmet ainsi  simultan\u00e9ment des impulsions le long de diverses voies nerveuses dans le  cerveau. Les battements du tambour sont principalement constitu\u00e9s de  basses fr\u00e9quences, ce qui signifie que plus d\u2019\u00e9nergie peut \u00eatre  transmise au cerveau par un battement de tambour que par un stimulus de  haute fr\u00e9quence<a href=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-admin\/post.php?post=499&amp;action=edit#_ftn2\">[2]<\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, les fr\u00e9quences \u00e9mises par le son du tambour\nauraient une influence directe sur le cerveau, et pourraient par cons\u00e9quent\ninduire l\u2019\u00e9tat de transe. <\/p>\n\n\n\n<p><em>H<\/em>ypoth\u00e8se 2 <\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, dans les ann\u00e9es 1980, Gilbert rouget,\nethnomusicologue ne partage pas cet avis et consid\u00e8re que les exp\u00e9riences\nmen\u00e9es par A. Neher ne sont pas valables. Selon lui, aucun instrument, ni aucun\nson sp\u00e9cifique n\u2019est associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat de transe. La musique n\u2019agirait pas de\nmani\u00e8re m\u00e9canique sur le cerveau. C\u2019est \u00e0 dire que la transe ne pourrait pas\n\u00eatre due \u00e0 la stimulation auditive par les fr\u00e9quences \u00e9mises par le tambour. La\nmusique ne pourrait donc pas agir sur le cerveau et la transe serait induite de\nmani\u00e8re culturelle. L\u2019\u00e9tat de transe na\u00eetrait d\u2019une crise \u00e9motionnelle qui\nmodifierait le comportement intellectuel dit \u00ab&nbsp;normal&nbsp;\u00bb. Le sujet en\n\u00e9tat de transe perdrait le contr\u00f4le de son corps et de ses fonctions cognitives\ncar submerg\u00e9 d\u2019\u00e9motions.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux hypoth\u00e8ses remettent donc forc\u00e9ment en question\nle r\u00f4le attribu\u00e9 au tambour et plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la musique dans l\u2019\u00e9tat de\ntranse. \u00c0 mon sens, il y a quand m\u00eame un point commun \u00e0 ces diff\u00e9rentes\nhypoth\u00e8ses : le tambour chamanique induit un \u00e9tat nouveau o\u00f9 la perception du\ntemps et de l\u2019espace est alt\u00e9r\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>Je pense \u00e9galement que l\u2019exp\u00e9rience de Corine Sombrun a\npermis quand m\u00eame de faire \u00e9voluer nos connaissances \u00e0 ce sujet : on sait\nd\u00e9sormais que la transe peut \u00e9galement toucher des individus, y compris ceux\nqui sont \u00e9trangers \u00e0 la culture chamanique.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Recherches men\u00e9es suite \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de Corine Sombrun.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Corine-Sombrun-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-505\" width=\"381\" height=\"286\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Corine-Sombrun-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Corine-Sombrun-300x225.jpg 300w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Corine-Sombrun-768x576.jpg 768w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Corine-Sombrun-1200x900.jpg 1200w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Corine-Sombrun.jpg 1440w\" sizes=\"(max-width: 381px) 85vw, 381px\" \/><figcaption>Corine Sombrun en d\u00e9cembre 2007, Alberta Hospital<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience de Corine Sombrun en 2001 a\npermis de faire de nouvelles recherches sur le sujet, bien apr\u00e8s Neher et\nRouget. Suite \u00e0 son voyage en Mongolie, elle ressent le besoin d\u2019en discuter\navec des scientifiques pour comprendre d\u2019avantage sur ce qui lui est arriv\u00e9. En\n2009, elle rencontre le Professeur Pierre Flor-Henry et son \u00e9quipe de recherche\nau Clinical Diagnostic and Research Center de l\u2019Alberta Hospital d\u2019Edmonton au\nCanada. Elle passe de nombreux tests avec des \u00e9l\u00e9ctroenc\u00e9phalogrammes dont les\nr\u00e9sultats permettent l\u2019ouverture d\u2019un premier protocole de recherches d\u00e9di\u00e9 \u00e0\nla transe chamanisme mongole \u00e9tudi\u00e9es par les neurosciences. Le Professeur\nFlor-Henry et son \u00e9quipe comparent les r\u00e9sultats de son cerveau en \u00e9tat de\nrepos et en \u00e9tat de transe. Il est alors prouv\u00e9 que la transe n\u2019est pas le\nfruit d\u2019une th\u00e9\u00e2tralisation mais modifie de mani\u00e8re spectaculaire le\nfonctionnement des circuits c\u00e9r\u00e9braux. Pour le neurologue Dr Lemarquis, la\nmusique a un impact sur le corps et l\u2019esprit, car il y a plus de cellules\nnerveuses pour l\u2019ou\u00efe que pour tous les autres sens r\u00e9unis. La science d\u00e9couvre\ndonc que la musique a un impact sur le cerveau de l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le r\u00f4le du tambour et de la musique<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Corine Sombrun, qui est elle-m\u00eame musicologue, identifie\navec pr\u00e9cision les s\u00e9quences sonores enregistr\u00e9es qui provoquent cet \u00e9tat de\ntranse chez elle. Le tambour, consid\u00e9r\u00e9 comme un instrument membranophone\n(instrument dont le son s\u2019obtient pr\u00e9cis\u00e9ment gr\u00e2ce \u00e0 une peau de cerf), \u00e9met\ndes fr\u00e9quences de r\u00e9sonance particuli\u00e8res. Ses battements commandent ceux de\nl\u2019onde sonore qui exerce une stimulation auditive de m\u00eame cadence sur le\nsyst\u00e8me nerveux. Le rythme du battement de tambour produit une fr\u00e9quence situ\u00e9e\ndans la longueur d\u2019onde th\u00eata. L\u2019onde th\u00eata (situ\u00e9es entre 4 et 8 Hz)\ncorrespond \u00e0 l\u2019\u00e9tat de tr\u00e8s profonde relaxation et permet d\u2019acc\u00e9der au\nsubconscient. C\u2019est un \u00e9tat qui est utilis\u00e9 notamment en hypnose. Voil\u00e0 en quoi\nle tambour chamanique tient un r\u00f4le n\u00e9cessaire dans le ph\u00e9nom\u00e8ne de transe. <\/p>\n\n\n\n<p>Les hypoth\u00e8ses \u00e9mises par le monde de la science \u00e9tant\nnombreuses, le d\u00e9bat reste encore n\u00e9anmoins ouvert. D\u2019autant plus que, pour\npouvoir valider le ph\u00e9nom\u00e8ne de transe dans son enti\u00e8ret\u00e9, il convient\nd\u2019admettre que la conscience existe en dehors du corps physique lui-m\u00eame, donc\nde l\u2019existence d\u2019un autre monde qui n\u2019existe pas dans la mati\u00e8re (malgr\u00e9 les\ntravaux en physique quantique). Pourtant, en prenant en compte chacune des\nhypoth\u00e8ses \u00e9mises ci-dessus, nous pouvons quand m\u00eame effectuer un constat\nind\u00e9niable gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience-m\u00eame&nbsp;: la musique peut donner acc\u00e8s \u00e0 un\nautre espace-temps. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>La transe en occident<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il existe divers\nexemples de transe dans le monde occidental. Cet \u00e9tat modifi\u00e9 de conscience est\nparfois induit involontairement, comme nous le verrons avec l\u2019exemple de l\u2019\u00c9pid\u00e9mie\nde Strasbourg en 1518. Mais c\u2019est \u00e9galement un ph\u00e9nom\u00e8ne qui attise les\ncuriosit\u00e9s, \u00e0 tel point qu\u2019il est recherch\u00e9 comme un \u00e9tat second au travers de\ndiff\u00e9rents courants musicaux d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle. <\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;L\u2019\u00c9pid\u00e9mie de danse&nbsp;\u00bb \u00e0 Strasbourg<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 Strasbourg, en 1518, que les passants dans les\nrues se mettent \u00e0 danser au rythme des tambourins, violes et cornemuses. Cette\nsc\u00e8ne n\u2019est absolument pas festive puisque les danseurs sont pris d&rsquo;une\nfr\u00e9n\u00e9sie irr\u00e9pressible et dansent sans s&rsquo;arr\u00eater pendant des jours et des\nnuits. Les femmes, hommes et enfants touch\u00e9s par cette \u00e9trange ph\u00e9nom\u00e8ne\nimplorent de l\u2019aide mais ne peuvent s\u2019arr\u00eater : ils sont en transe. Beaucoup\nmeurent d&rsquo;\u00e9puisement, d&rsquo;arr\u00eats cardio-vasculaires. \u00ab&nbsp;Le regard vague, le\nvisage tourn\u00e9 vers le ciel ; leurs bras et jambes anim\u00e9s de mouvements spasmodiques\net fatigu\u00e9es; leurs chemises, jupes et bas, tremp\u00e9s de sueur, coll\u00e9s \u00e0 leurs\ncorps \u00e9maci\u00e9s<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>&nbsp;\u00bb\nd\u00e9crit l\u2019historien de la m\u00e9decine John Waller. En tout, plus de 400 personnes\nsont touch\u00e9es par cette \u00e9trange maladie. Les autorit\u00e9s locales, croyant bien\nfaire, engagent de nombreux musiciens professionnels pour alimenter les\ndanseurs en musique, jour et nuit. Mais cela augmente le mal. Il faudra\nfinalement d\u00e9monter les estrades, et accompagner les danseurs \u00e0 Saverne, \u00e0 une\njourn\u00e9e de marche de Strasbourg, pour assister \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie en l\u2019honneur de\nSaint Guy. Dans ce cas pr\u00e9cis, la transe n\u2019\u00e9tait pas recherch\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Saint_Johnu2019s_Dancers_in_Molenbeecku2019_1592_by_Pieter_Brueghel_II.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-506\" width=\"415\" height=\"273\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Saint_Johnu2019s_Dancers_in_Molenbeecku2019_1592_by_Pieter_Brueghel_II.jpg 600w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Saint_Johnu2019s_Dancers_in_Molenbeecku2019_1592_by_Pieter_Brueghel_II-300x198.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 415px) 85vw, 415px\" \/><figcaption><em>P\u00e8lerinage des \u00e9pileptiques de Moelenbeek<\/em>, Bruegel le Jeune, 1592. Bridgeman<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Recherche de l\u2019\u00e9tat de transe dans les musiques occidentales<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, et plus encore au XXe\nsi\u00e8cle que l\u2019accession \u00e0 des \u00e9tats de transe devient une v\u00e9ritable qu\u00eate.\nAinsi, la musique \u00e9lectronique permet aux compositeurs de concevoir de\nnouvelles esth\u00e9tiques musicales \u00e0 la recherche de l\u2019\u00e9tat de transe dont les\nr\u00e9actions physiques et psychiques sont nombreuses. Pour le Dr Pierre Lemarquis,\nneurologue \u00e0 Toulouse, \u00ab&nbsp;les musiques r\u00e9p\u00e9titives provoquent la transe,\navec des effets sur la motricit\u00e9. M\u00eame si nous ne bougeons pas, notre cerveau\nchante et danse<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>&nbsp;\u00bb.&nbsp;C\u2019est\npourquoi, de nombreux effets sonores sont utilis\u00e9s (filtres, s\u00e9quenceurs,\nmodulateurs, r\u00e9verb\u00e9ration, \u00e9cho, tempos \u00e9lev\u00e9s\u2026)&nbsp;: \u00ab&nbsp;S\u2019il y a peu\nd\u2019instruments,<em> un air doux avec un tempo lent, la musique\ndiminue l\u2019adr\u00e9naline et permet la relaxation. Au contraire, s\u2019il y a du volume,\nbeaucoup d\u2019instruments et un tempo rapide, la s\u00e9cr\u00e9tion d\u2019adr\u00e9naline va\naugmenter&nbsp;\u00bb<\/em>. Ces effets sonores agissent donc sur notre\ncerveau et peuvent alt\u00e9rer nos perceptions cognitives. <\/p>\n\n\n\n<p>Le courant musical de la musique psych\u00e9d\u00e9lique se\nd\u00e9veloppe d\u00e8s les ann\u00e9es 1970 avec la musique \u00ab&nbsp;planante&nbsp;\u00bb, la\nmusique dub, la musique ambiante. Puis, dans les ann\u00e9es 1980, la techno fait\nson apparition ainsi que la house et la musique trance. Les rassemblements\nautour de ces musiques sont nombreux : rave parties, free parties,\nnightclubing. Ces rituels festifs tendent au m\u00eame r\u00e9sultat : la recherche de la\ntranse. <\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019il soit recherch\u00e9 ou non, l\u2019\u00e9tat de transe est donc un\nph\u00e9nom\u00e8ne universel qui a travers\u00e9 les \u00e9poques, et qui n\u2019a pas de fronti\u00e8re\ng\u00e9ographique. Actuellement, cette pratique est recens\u00e9e de partout dans le\nmonde et le d\u00e9nominateur commun est le m\u00eame&nbsp;: la musique. <\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, la transe chamanique de Mongolie et \u00e9galement\nla transe en g\u00e9n\u00e9ral consistent en une pratique qui permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un autre\nrapport \u00e0 l\u2019espace et au temps et ce par le biais de la musique dont la place\nest pr\u00e9pond\u00e9rante. Gr\u00e2ce \u00e0 la science, il est aujourd\u2019hui possible de prouver\nl\u2019influence de la musique sur le cerveau. C\u2019est aussi l\u2019occasion de d\u00e9montrer\nque celle-ci influe \u00e0 la fois sur notre psychisme mais \u00e9galement sur notre\ncorps, donc notre sant\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. <br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a>\nCorine Sombrun<em> Mon initiation chez les\nchamans<\/em>, France, Edition Albin Michel, 7 Janvier 2004<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a>\nMichael Harner, <em>La voie du chamane&nbsp;:\nun manuel de pouvoir et de gu\u00e9rison<\/em>, France, Mama Editions, avril 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>\n<a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/histoire\/folie-dansante-fous-rires-possession-nonnes-histoires-hysterie-collective\">https:\/\/www.franceculture.fr\/histoire\/folie-dansante-fous-rires-possession-nonnes-histoires-hysterie-collective<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a><a href=\"https:\/\/www.inrees.com\/articles\/conscience-musique-electroniques\/\">https:\/\/www.inrees.com\/articles\/conscience-musique-electroniques\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-huge-font-size has-bright-red-background-color\">Les temps d\u00e9tourn\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-large-font-size has-yellow-background-color\">Xenakis pendant les ann\u00e9es Le Corbusier (1947-1959)&nbsp;: une \u00ab&nbsp;musique p\u00e9trifi\u00e9e de l\u2019architecture mobile&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3><em>par Caio Bosco<\/em><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.33.49-1024x890.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-507\" width=\"342\" height=\"297\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.33.49-1024x890.png 1024w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.33.49-300x261.png 300w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.33.49-768x668.png 768w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.33.49-1200x1043.png 1200w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.33.49.png 1318w\" sizes=\"(max-width: 342px) 85vw, 342px\" \/><figcaption>Illustration 1 : Xenakis<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Pour le compositeur d\u2019origine grecque et naturalis\u00e9 fran\u00e7ais Iannis Xenakis (29\nmai 1922 \/ 4 f\u00e9vrier 2001), un des principaux novateurs de la musique du XX\u1d49 si\u00e8cle, le concept d\u2019espace est essentiel. Cela vient sans\ndoute du fait de sa formation comme ing\u00e9nieur \u00e0&nbsp;\nl\u2019\u00e9cole polytechnique d\u2019Ath\u00e8nes,\n\u00e0 son ind\u00e9niable talent pour les math\u00e9matiques et surtout \u00e0 son travail avec Le\nCorbusier pendant le d\u00e9but du brutalisme, mouvement de l\u2019architecture moderne<a href=\"#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe deux forces parall\u00e8les pendant les ann\u00e9es Le\nCorbusier (1947-1959) qui vont forger le style de Xenakis&nbsp;: l\u2019architecture et la musique. Xenakis\narrive \u00e0 Paris en 1947 comme r\u00e9fugi\u00e9 politique. Il cherche un travail pour\npouvoir se consacrer parall\u00e8lement \u00e0 sa v\u00e9ritable passion, la composition\nmusicale, et trouve directement un emploi comme ing\u00e9nieur dans un d\u00e9partement\nde l\u2019Atelier Le Corbusier<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.\nAu d\u00e9but il fait des calculs de r\u00e9sistance de mat\u00e9riaux en b\u00e9ton arm\u00e9 pour l\u2019Unit\u00e9 d\u2019habitation de Marseille. \u00c0 cette\n\u00e9poque, Xenakis est d\u2019ailleurs confront\u00e9 au nouveau syst\u00e8me de mesure, invent\u00e9\npar Le Corbusier sur la dimension des proportions humaines. Ce syst\u00e8me va avoir\nune \u00e9norme influence sur sa fa\u00e7on de composer la musique, avec le Modulor.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Unit\u00e9\nd\u2019habitation de\nMarseille (1947-1952, 1953) est ainsi le premier projet a utilis\u00e9 le Modulor \u00e0\ntoutes les \u00e9chelles de l\u2019espace<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Xenakis a alors comme mission de finir le dessin\ndes fa\u00e7ades et il organise un concert de musique \u00e9lectroacoustique sur le\ntoit-terrasse de La Cit\u00e9 radieuse \u00e0 l\u2019occasion\ndu IXe congr\u00e8s des CIAM<a href=\"#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>\n(illustration 2).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.34.18-1024x634.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-508\" width=\"436\" height=\"270\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.34.18-1024x634.png 1024w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.34.18-300x186.png 300w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.34.18-768x475.png 768w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.34.18-1200x743.png 1200w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.34.18.png 1522w\" sizes=\"(max-width: 436px) 85vw, 436px\" \/><figcaption>Illustration 2 : La Cit\u00e9 radieuse, Marseille<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Du Modulor \u00e0 <\/strong><em><strong>Metastasis<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Avec le mod\u00e8le du Modulor (son terme consiste en deux\nmots&nbsp;\u00ab&nbsp;module&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;nombre\nd\u2019or&nbsp;\u00bb)<a href=\"#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, Xenakis\nutilise un concept math\u00e9matique qui induit un geste musical et dynamique \u2013\nrythmique. Ici, l\u2019architecture est con\u00e7ue par des \u00ab pans de verres ondulatoires<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>&nbsp;\u00bb.\n<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.34.52.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-509\" width=\"341\" height=\"313\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.34.52.png 844w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.34.52-300x276.png 300w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.34.52-768x706.png 768w\" sizes=\"(max-width: 341px) 85vw, 341px\" \/><figcaption>Illustration 3 : Le mod\u00e8le du Modulor<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Ces pans de verres ondulatoires sont utilis\u00e9s pour la\ncomposition des fen\u00eatres (que Le Corbusier appelles des \u00ab&nbsp;\u00e9crans de verre\nmusicaux \u00bb) ainsi que pour les fa\u00e7ades du <em>Couvent de la Tourette<a href=\"#_ftn7\"><strong>[7]<\/strong><\/a> <\/em>(illustration 4), \u2013 un travail men\u00e9\n\u00e9galement en coop\u00e9ration avec Le Corbusier \u2013, ainsi que dans la cr\u00e9ation\nmusicale de l&rsquo;une des ses \u0153uvres plus connues, <em>Metastasis<\/em> (1953-1954). <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.35.47-1024x683.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-510\" width=\"459\" height=\"306\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.35.47-1024x683.png 1024w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.35.47-300x200.png 300w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.35.47-768x512.png 768w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.35.47-1200x801.png 1200w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.35.47.png 1406w\" sizes=\"(max-width: 459px) 85vw, 459px\" \/><figcaption>Illustration 4 : Le couvent de la Tourette<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Les pans de verres ondulatoire ont ouvert un chemin\ncr\u00e9atif o\u00f9 Xenakis a r\u00e9uni selon Le Corbusier \u00ab&nbsp;trois vocations favorables\n\u00bb : musicien, architecte et ing\u00e9nieur. Cette conjonction de la musique et l\u2019architecture se manifeste dans la\npartition musicale de <em>Metastasis<\/em>, \u0153uvre musicale enrichie par le concept\ndu Modulor architectuel<a href=\"#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab L\u2019architecture\nest une musique p\u00e9trifi\u00e9e \u00bb est une c\u00e9l\u00e8bre phrase de Goethe que Xenakis\ninverse pour dire que \u00ab la musique est une architecture mobile \u00bb. Cela signifie\nque l\u2019application du\nModulor dans le d\u00e9veloppement musical introduit de mani\u00e8re directe la dimension\narchitecturale dans <em>Metastasis<\/em>, une \u00ab&nbsp;premi\u00e8re\nvision de surfaces r\u00e9gl\u00e9es dans l\u2019espace\nsonore<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>\n\u00bb, ainsi que l\u2019espace g\u00e9om\u00e9trique\ndans la notation m\u00eame de la partition ou le concept d\u2019espace sonore dans la performance\nfrontal d\u2019une orchestre\nclassique de 65 musiciens.<\/p>\n\n\n\n<p>Xenakis explique de quelle mani\u00e8re il s\u2019est servi du\nconcept du Modulor pour concevoir <em>Metastaseis&nbsp;<\/em>:\n<\/p>\n\n\n\n<p>Une des applications essentielles des <em>Metastasis<\/em>\ndans cet ordre d\u2019id\u00e9es\nest que les six intervalles alg\u00e9briques et temp\u00e9r\u00e9s de la gamme de douze sons\nsont \u00e9mis dans des dur\u00e9es proportionnelles aux rapports de fr\u00e9quences. D\u2019o\u00f9 des gammes de six dur\u00e9es\naccompagnant l\u2019\u00e9mission des intervalles<a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le Modulor\na cr\u00e9\u00e9 une liaison \u00e9troite de structure entre le temps et les sons cr\u00e9ant le\nconcept d\u2019acoustique visuelle,\nXenakis utilise la proportion et la progression g\u00e9om\u00e9trique d\u2019or pour la densit\u00e9 sonore de <em>Metastasis<\/em>,\ncomme au d\u00e9but de la partition, par le truchement des glissando des instruments\n\u00e0 cordes, ainsi que par les proportions des dur\u00e9es globales des mesures en\nglissando du final<a href=\"#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.36.33-1024x652.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-512\" width=\"380\" height=\"242\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.36.33-1024x652.png 1024w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.36.33-300x191.png 300w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.36.33-768x489.png 768w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.36.33-1200x765.png 1200w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.36.33.png 1758w\" sizes=\"(max-width: 380px) 85vw, 380px\" \/><figcaption>Illustration 5 : Graphique des glissandos de Metastaseis<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.37.02-1024x781.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-511\" width=\"331\" height=\"252\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.37.02-1024x781.png 1024w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.37.02-300x229.png 300w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.37.02-768x586.png 768w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.37.02-1200x915.png 1200w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.37.02.png 1746w\" sizes=\"(max-width: 331px) 85vw, 331px\" \/><figcaption>Illustration 6 : Le pavillon Philips<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>De <\/strong><em><strong>Metastasis<\/strong><\/em><strong> au Pavillon Philips<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Par un concept math\u00e9matique musical qui met en valeur la\ncontinuit\u00e9 (sans interruptions), <em>Metastasis<\/em> a influenc\u00e9 l\u2019architecture, notamment le Pavillon\nPhilips (1956-1958), la premi\u00e8re \u0153uvre architecturale que Xenakis a r\u00e9alis\u00e9e\nenti\u00e8rement seul. Le Pavillon \u00e9tait une demande faite \u00e0 Le Corbusier du\ndirecteur de Philips pour l\u2019Exposition\nUniverselle \u00e0 Bruxelles. L\u2019architecte\na alors d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 int\u00e9gralement le projet \u00e0 Xenakis.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.37.50.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-513\" width=\"312\" height=\"419\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.37.50.png 720w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-15.37.50-223x300.png 223w\" sizes=\"(max-width: 312px) 85vw, 312px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Xenakis lui-m\u00eame a dit <\/p>\n\n\n\n<p>Pour le pavillon Philips, j\u2019ai\nr\u00e9alis\u00e9 les m\u00eames id\u00e9es de base que dans <em>Metastaseis<\/em>\n: comme dans la musique, je m\u2019\u00e9tais int\u00e9ress\u00e9 au probl\u00e8me d\u2019aller d\u2019un point \u00e0 un autre sans interrompre la\ncontinuit\u00e9. Dans <em>Metastaseis<\/em>, la solution me menait aux glissandos,\ntandis que pour le Pavillon, j\u2019ai\nobtenu la r\u00e9ponse gr\u00e2ce aux <em>parabolo\u00efdes hyperboliques<\/em><a href=\"#_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour son interlude, Xenakis a collabor\u00e9 avec les\ning\u00e9nieurs du son chez Philips pour la spatialisation\nsonore du spectacle, qui compte entre 400 haut-parleurs et baffles \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pavillon. L\u2019interlude de deux minutes est <em>Concrete PH<\/em>, une \u0153uvre compos\u00e9e de sons\nconcrets transpos\u00e9s et filtr\u00e9s, donnant \u00e0 l\u2019auditoire l\u2019impression\nque le Pavillon se fendille autour d\u2019eux.\nLe pavillon \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9 le 1er mai 1958, connaissant un r\u00e9el succ\u00e8s dans l\u2019Exposition avec&nbsp; pr\u00e8s de 1.500.000 spectateurs. <\/p>\n\n\n\n<p>Entre le Modulor, l\u2019Unit\u00e9 d\u2019habitation, les pans de verre\nondulatoire, le couvent de la Tourette et le Pavillon Philips une chose les\nr\u00e9unit : l&rsquo;immense architecture de Le Corbusier et l\u2019immense musique de Iannis Xenakis.<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Le brutalisme est un style de l\u2019architecture moderne, caract\u00e9ris\u00e9 pour\nl\u2019utilisation\nmassive du b\u00e9ton arm\u00e9e et sans ornements. <\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a>\nIannis Xenakis, <em>Musique de l\u2019architecture<\/em>,\npr\u00e9sent\u00e9 par Sharon Kanach, Marseille, \u00c9ditions Parenth\u00e8ses, p.&nbsp;29.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>\nIannis Xenakis, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\np.&nbsp;43-45.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Congr\u00e8s international d\u2019architecture\nmoderne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Proportion g\u00e9om\u00e9trique unique dans la\nmath\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a>\nIannis Xenakis, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>,p.&nbsp;29-35.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a>\nIannis Xenakis, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>,\np.&nbsp;73.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> Voir Le Corbusier, <em>Le Modulor 2 : la parole aux usagers<\/em>,\nBoulogne-sur-Seine, \u00c9ditions de L\u2019Architecture\nd\u2019Aujourd\u2019hui, 1955, p. 340-344.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a>\nIannis Xenakis, <em>Musique et architecture<\/em>, Paris, Casterman, 1971.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a>\nXenakis, <em>Musique de l\u2019architecture<\/em>, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;79.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>\n<em>Ibid<\/em>., p. 80.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> Les parabolo\u00efdes hyperboliques sont une surface g\u00e9om\u00e9trique en forme de selle de cheval. Xenakis, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;139.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-large-font-size has-yellow-background-color\"> John Cage et Merce Cunningham  ou la remise en question de la temporalit\u00e9 artistique<\/p>\n\n\n\n<h3><em>par Alexia Douheret<\/em><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/John-Cage-image.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-514\" width=\"401\" height=\"224\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/John-Cage-image.jpg 948w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/John-Cage-image-300x168.jpg 300w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/John-Cage-image-768x431.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 401px) 85vw, 401px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"400\" height=\"273\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Merce-Cunningham-image.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-515\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Merce-Cunningham-image.jpg 400w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Merce-Cunningham-image-300x205.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 400px) 85vw, 400px\" \/><figcaption>Illustrations 1 et 2 : John Cage et Merci Cunningham<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s le Petit Robert, la musique&nbsp; est l\u2019art de \u00ab&nbsp;produire des sons, [\u2026] de\ncombiner des sons d&rsquo;apr\u00e8s des r\u00e8gles (variables selon les lieux et les\n\u00e9poques), d&rsquo;organiser une dur\u00e9e avec des \u00e9l\u00e9ments sonores<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>&nbsp;\u00bb.\nLa musique est un art du temps car elle produit de mani\u00e8re continue ou\ndiscontinue des \u00ab&nbsp;instants sonores reli\u00e9s entre eux par des rapports de\nhauteur, de dur\u00e9e et d&rsquo;intensit\u00e9<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, on a presque syst\u00e9matiquement associ\u00e9 la danse \u00e0\nla musique comme l\u2019indique la d\u00e9finition du Petit Robert&nbsp;: la danse est\nune \u00ab&nbsp;suite de mouvements du corps volontaires, rythm\u00e9s (le plus souvent\nau son de musique), ayant leur but en eux-m\u00eames et r\u00e9pondant \u00e0 une esth\u00e9tique<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>&nbsp;\u00bb.\nAinsi, la danse, compar\u00e9e \u00e0 la musique, est un art du temps et de l\u2019espace car\nelle associe le rythme et la composition chor\u00e9graphique. Pour compl\u00e9ter,\n\u00ab&nbsp;qu&rsquo;elle soit spontan\u00e9e ou organis\u00e9e, la danse est souvent l&rsquo;expression\nd&rsquo;un sentiment ou d&rsquo;une situation donn\u00e9e<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le compositeur am\u00e9ricain John Cage (1912-1992) a cr\u00e9\u00e9 un\nbouleversement dans la conception de la musique d\u00e8s les ann\u00e9es 1940. Sa\ncollaboration avec Merce Cunningham (1919-2009), danseur et chor\u00e9graphe\nam\u00e9ricain, est all\u00e9e dans le sens d\u2019une remise en cause des codes, des r\u00e8gles\net des th\u00e9ories. Par leurs visions compl\u00e9mentaires, ces deux grands artistes\napportent complexit\u00e9 et nouveaut\u00e9 dans un art souvent r\u00e9gi par des id\u00e9es\npr\u00e9con\u00e7ues.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourra alors se demander si, dans ces deux domaines, \u00ab\nles fronti\u00e8res [\u2026] ne sont pas les m\u00eames pour tout le monde : chacun s&rsquo;en forge\nun concept plus ou moins restrictif, \u00e0 la mesure de sa culture et de ses d\u00e9sirs<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>\n\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La temporalit\u00e9 dans la musique selon John Cage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La musique dite \u00ab&nbsp;savante&nbsp;\u00bb est \u00e0 l\u2019origine une\nmusique enti\u00e8rement \u00e9crite et transmise sous forme de partitions. Elle peut se\nreproduire ind\u00e9finiment de la \u00ab&nbsp;m\u00eame mani\u00e8re&nbsp;\u00bb sur sc\u00e8ne gr\u00e2ce \u00e0\ntoutes les indications des compositeurs (notes, intensit\u00e9, silence\u2026)&nbsp;:\nl\u2019\u0153uvre est fig\u00e9e dans le temps, il est impossible d\u2019ins\u00e9rer une forme\nd\u2019improvisation si ce n\u2019est pas indiqu\u00e9, et ce, malgr\u00e9 la libert\u00e9 qui existe\nmalgr\u00e9 tout lors de l\u2019\u00e9tape de l\u2019interpr\u00e9tation. Cage a d\u00e9cid\u00e9 de\ns\u2019affranchir&nbsp; de ce caract\u00e8re fig\u00e9 et\nainsi de cr\u00e9er une musique \u00ab&nbsp;libre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce aux nombreuses influences provenant de l\u2019Inde, John\nCage a commenc\u00e9 \u00e0 voir la musique sous un angle nouveau. Ce qu\u2019il a retenu de\nla philosophie extr\u00eame-orientale se traduit par une attitude de qui\u00e9tude, moins\nextravagante, voire une quasi \u00ab&nbsp;absence&nbsp;\u00bb d\u2019expression de l\u2019\u00e9motion.\nL\u2019esth\u00e9tique, le \u00ab&nbsp;joli&nbsp;\u00bb n\u2019est ainsi plus le but premier et\nprincipal dans sa musique.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est avec son \u0153uvre <em>Bacchanale<\/em>\n(1940) qu\u2019il d\u00e9bute son exp\u00e9rience de piano pr\u00e9par\u00e9. C\u2019est par ce biais que\nJohn Cage commence par mettre en d\u00e9rision la \u00ab&nbsp;grande musique&nbsp;\u00bb\npuisqu\u2019il utilise un piano \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb et le transforme&nbsp;: il\nins\u00e8re des objets sous\/sur les cordes du piano afin de transformer les sons (12\nsons diff\u00e9rents pour cette \u0153uvre) \u2013 illustrations 3 et 4.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-16.04.55-1024x580.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-516\" width=\"526\" height=\"297\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-16.04.55-1024x580.png 1024w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-16.04.55-300x170.png 300w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-16.04.55-768x435.png 768w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-16.04.55-1200x679.png 1200w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-16.04.55.png 1706w\" sizes=\"(max-width: 526px) 85vw, 526px\" \/><figcaption>Illustration 3 et 4 : indications pour la pr\u00e9paration de Bacchanale et d\u00e9but de la partition<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Il continuera sur sa lanc\u00e9e avec les diff\u00e9rentes sonates\net interludes pour piano pr\u00e9par\u00e9&nbsp;: il cherche \u00e0 affirmer son originalit\u00e9\nen donnant son importance \u00e0 chaque son. Selon lui, \u00ab&nbsp;l&rsquo;\u0153uvre musicale, d\u00e8s\nlors, doit cesser d&rsquo;\u00eatre mur\u00e9e dans sa cl\u00f4ture d&rsquo;objet<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>John Cage a \u00e9galement remis en cause la conception de la\nmusique avec son \u0153uvre <em>4\u201933\u2019\u2019 pour\nn\u2019importe quel instrument ou combinaison d\u2019instruments<\/em>. Son titre\ncorrespond \u00e0 la dur\u00e9e totale de son interpr\u00e9tation par David Tudor (pianiste) \u00e0\nWoodstock (New York) en 1952. Elle se compose de trois parties dont les dur\u00e9es\nsont d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es&nbsp;(33\u2033, 2\u203240\u2033 et 1\u203220\u2033) et\nle pianiste marque les d\u00e9buts des parties en fermant le couvercle du clavier,\net leurs fins en ouvrant le couvercle. Cage remet donc \u00e9galement en cause la\nnotion du temps dans la musique. En effet, la \u00ab&nbsp;norme&nbsp;\u00bb \u00e9tablie\nserait d\u2019avoir une partition avec un nombre fixe de mesures avec des notes, des\nindications de jeu pour que l\u2019instrumentiste interpr\u00e8te ce qui est indiqu\u00e9 et\nd\u2019ailleurs un temps d\u2019interpr\u00e9tation qui est variable. Ici, son seul rep\u00e8re, sa\nseule \u00ab&nbsp;partition&nbsp;\u00bb, se limite \u00e0 une feuille o\u00f9 est au contraire\nindiqu\u00e9 le temps de chaque partie en minutes et en secondes \u00e0 chronom\u00e9trer.\nMais, la plus grande particularit\u00e9 de cette \u0153uvre est qu\u2019elle est int\u00e9gralement\n\u00ab&nbsp;silencieuse&nbsp;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Le lecteur pourra se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 une performance de l\u2019\u0153uvre\n<em>4\u201933\u2019\u2019<\/em> de John Cage par William Marx\nfilm\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre McCallum \u00e0 Palm Desert, en Californie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"John Cage&#039;s 4&#039;33&quot;\" width=\"840\" height=\"630\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/JTEFKFiXSx4?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans <em>4\u201933\u2019\u2019<\/em>, la\nnotion de silence n\u2019existe pourtant pas&nbsp;: seule la partition est\nsilencieuse. La musique de cette \u0153uvre, en plus d\u2019avoir sa propre temporalit\u00e9,\ncr\u00e9e son propre espace, compos\u00e9 des sons environnants. Cette pi\u00e8ce appelle\nnaturellement un rapprochement avec l\u2019esth\u00e9tique de Merce Cunningham.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cunningham ou la chor\u00e9graphie lib\u00e9r\u00e9e du temps musical<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Afin de comprendre le cheminement de la vision de Merce\nCunningham sur la danse, il faut d\u2019abord remonter aux origines de la danse dite\n\u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb. Celle-ci a vu le jour en France gr\u00e2ce \u00e0 Louis XIV, le\n\u00ab&nbsp;roi danseur&nbsp;\u00bb qui a mis \u00e0 l\u2019honneur cette discipline&nbsp;: la\nchor\u00e9graphie est une \u00ab&nbsp;inventivit\u00e9 gestuelle habilement compos\u00e9e<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>&nbsp;\u00bb.\nEn 1661, Louis XIV a cr\u00e9\u00e9 l\u2019Acad\u00e9mie royale de danse (dirig\u00e9e par Pierre\nBeauchamp, ma\u00eetre \u00e0 danser du Roi \u00e0 partir de 1680) puis en 1713 le\nConservatoire de danse qui deviendra par la suite la r\u00e9put\u00e9e \u00e9cole de danse de\nl\u2019Op\u00e9ra de Paris. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 lui que les danseurs professionnels sont form\u00e9s\n\u00e0 une seule et m\u00eame technique (syst\u00e8me de pas)&nbsp;: la danse classique se\ncodifie. Chaque chor\u00e9graphie se base sur cette codification complexe qui\n\u00e9voluera au cours du temps. La danse classique conna\u00eetra sa renomm\u00e9e dans le\nballet au cours du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, genre qui associe la danse \u00e0 la\nmusique, et se d\u00e9veloppera ensuite dans toute l\u2019Europe (plus particuli\u00e8rement\nen Russie au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) et le reste du monde. L\u2019art chor\u00e9graphique\nse montre ainsi tout autant fig\u00e9 dans le temps que la musique et peut se\nreproduire ind\u00e9finiment.<\/p>\n\n\n\n<p>La danse a rapidement \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 la musique, et les\ndeux arts sont rapidement devenus compl\u00e9mentaires&nbsp;: la danse utilise la\nmusique pour s\u2019exprimer pleinement et la musique se sert de la danse pour\nrenforcer son interpr\u00e9tation. Par ailleurs, l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise de danse a\ntoujours pr\u00f4n\u00e9 l\u2019importance de donn\u00e9es techniques reli\u00e9es \u00e0 des crit\u00e8res\nesth\u00e9tiques&nbsp;: \u00ab&nbsp;d\u00e8s son origine, elle privil\u00e9gie l\u2019\u00e9l\u00e9vation,\nl\u2019aisance souveraine, la noblesse du port, l\u2019effacement de l\u2019effort\u2026<a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>&nbsp;\u00bb.\nFace \u00e0 cette tradition, Merce Cunningham a choisi de dissocier la danse et la\nmusique pour cr\u00e9er sa propre esth\u00e9tique&nbsp;: \u00ab&nbsp;il a ainsi cr\u00e9\u00e9 une\nv\u00e9ritable r\u00e9volution dans le monde de la danse en la propulsant du c\u00f4t\u00e9 de\nl&rsquo;art abstrait<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>&nbsp;\u00bb.\nAvec Cunningham, la danse n\u2019a pas besoin d\u2019un mod\u00e8le pour \u00e9voluer sur sc\u00e8ne,\nelle reste totalement libre de s\u2019exprimer et cr\u00e9e sa propre r\u00e9alit\u00e9. La danse\ndoit se suffire \u00e0 elle-m\u00eame avant de participer \u00e0 une \u0153uvre globale.<\/p>\n\n\n\n<p>Merce Cunningham va m\u00eame plus loin dans sa nouvelle\nconception chor\u00e9graphique en cassant les codes de la temporalit\u00e9. En effet, en\ng\u00e9n\u00e9ral, la chor\u00e9graphie, qu\u2019elle soit classique ou plus contemporaine, est\ncr\u00e9\u00e9e en amont puis apprise par les danseurs pour une repr\u00e9sentation publique.\nCunningham, quant \u00e0 lui, souhaite faire du hasard un des constituants\nessentiels de ses chor\u00e9graphies&nbsp;: les seuls param\u00e8tres connus en avance\npar les danseurs sont des morceaux de chor\u00e9graphie qui seront ex\u00e9cut\u00e9s mais ils\nne savent pas dans quel ordre, \u00e0 quel endroit sur sc\u00e8ne, par quel danseur en\nparticulier, etc. Chaque danseur devient porteur d\u2019une musicalit\u00e9 propre. Merce\nCunningham cherche \u00e0 bousculer ainsi la perception du temps et \u00e9galement celle\nde l\u2019espace. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 sa rencontre avec John Cage qu\u2019il met en \u0153uvre sa\nnouvelle vision de l\u2019art de la danse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La collaboration Cage-Cunningham<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en 1937 que leur rencontre se d\u00e9roule alors que\nJohn Cage devient pianiste accompagnateur de la classe de danse de Bonnie Bird\n\u00e0 la Cornish School of Allied Arts de Seattle o\u00f9 Merce Cunningham \u00e9tudie le\nth\u00e9\u00e2tre. Cage va convaincre Cunningham d\u2019abandonner le th\u00e9\u00e2tre pour la\ndanse&nbsp;: ils d\u00e9butent leur collaboration artistique en 1942 avec <em>Credo in US<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Leur envie commune d\u2019int\u00e9grer de l\u2019al\u00e9atoire et de\nl\u2019absence d\u2019ordre dans leur art respectif les encourage \u00e0 cr\u00e9er diff\u00e9remment.\nEn 1951, John Cage cr\u00e9e <em>Music of changes<\/em>\no\u00f9 chaque \u00e9l\u00e9ment de composition (dur\u00e9es, sonorit\u00e9s, dynamiques) a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 \u00e0\npile ou face pour que l\u2019\u0153uvre finale soit inattendue pour son compositeur mais\ngardant quand m\u00eame une structure temporelle. Inspir\u00e9 par cette nouvelle\nm\u00e9thode, Merce Cunningham l\u2019applique \u00e0 la chor\u00e9graphie et cr\u00e9e la m\u00eame ann\u00e9e <em>Sixteen dances for Soloist and Company of\nThree<\/em> sur une musique de John Cage. Pour d\u00e9terminer l\u2019encha\u00eenement de la\nchor\u00e9graphie, chaque \u00e9l\u00e9ment de cette derni\u00e8re (phrases, dur\u00e9es, directions)\nest tir\u00e9 au sort.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques extraits d\u2019une interpr\u00e9tation (2016) de son\n\u0153uvre <em>Sixteen dances for Soloist and\nCompany of Three <\/em>par les danseurs Dani Brown, Harry Koushos, Ioanna Paraskevopoulou,\nAnna Pehrsson, Tanz et Alexandra Waierstall accompagn\u00e9s par l\u2019ensemble\nMusikfabrik dirig\u00e9 par Ilan Volkov, sont visibles sur une vid\u00e9o disponible sur\nInternet. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"John Cage | Sixteen Dances | Trailer\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/34cZOF6qswU?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Merce Cunningham \u00ab&nbsp;d\u00e9structure compl\u00e8tement la\nvision habituelle de la danse dans le th\u00e9\u00e2tre. Il rejette la vision frontale\nqui \u00e9tait dict\u00e9e par l&rsquo;espace du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l&rsquo;italienne et les lignes h\u00e9rit\u00e9es\nde la danse classique<a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>&nbsp;\u00bb.\nIl s\u2019autorise l\u2019improvisation dans\u00e9e sans m\u00eame conna\u00eetre la musique en amont.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette m\u00e9thode du hasard, utilis\u00e9e pour l\u2019interpr\u00e9tation,\na \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9e \u00e0 la tradition chinoise et se nomme le Yi King (le livre des\nmutations)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-16.06.22-1024x680.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-517\" width=\"416\" height=\"276\" srcset=\"https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-16.06.22-1024x680.png 1024w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-16.06.22-300x199.png 300w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-16.06.22-768x510.png 768w, https:\/\/sites.univ-lyon2.fr\/cahiersdemusique\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-26-a\u0300-16.06.22.png 1148w\" sizes=\"(max-width: 416px) 85vw, 416px\" \/><figcaption>Illustration 5 : hexagrammes du Yi King<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Chaque combinaison correspond \u00e0 un param\u00e8tre de\ncomposition (en danse ou en musique). Ces param\u00e8tres sont mis en place en amont\nmais la composition finale se tient le jour de la repr\u00e9sentation par ce tirage\nau sort. Le public et les artistes ne savent pas comment va se d\u00e9rouler la\nspectacle avant de l\u2019ex\u00e9cuter. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9sumer leur m\u00e9thode, on peut voir leur \u0153uvre comme\nun puzzle&nbsp;: chaque interpr\u00e8te (musicien ou danseur) en conna\u00eet chaque\npi\u00e8ce mais ne sait pas comment elle va \u00eatre agenc\u00e9e dans l\u2019ensemble avant le\njour de la repr\u00e9sentation. L\u2019\u0153uvre se cr\u00e9e \u00e0 l\u2019instant T, ce qui va \u00e0\nl\u2019encontre de tout ce qui se fait autour d\u2019eux&nbsp;: elle ne sera jamais\nreproductible \u00e0 l\u2019identique. Si la musique et la danse sont d\u00e9termin\u00e9es en\ntemps r\u00e9el, c\u2019est pour lib\u00e9rer ce temps, pour l\u2019\u00e9manciper du sujet. La premi\u00e8re\nutilisation de cette m\u00e9thode par John Cage a permis la cr\u00e9ation de <em>Music of Changes<\/em> (1951). <\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame s\u2019ils travaillaient ensemble, les deux artistes\ncomposaient chacun de leur c\u00f4t\u00e9, musique et chor\u00e9graphie se rejoignant au\nmoment de la premi\u00e8re repr\u00e9sentation. Ainsi, l\u2019\u0153uvre na\u00eet d\u2019une rencontre\nunique entre la chor\u00e9graphie et la musique. Il n\u2019y a, ici, pas de composition\ncommune&nbsp;: les deux arts se compl\u00e8tent tout en restant ind\u00e9pendants l\u2019un de\nl\u2019autre. C\u2019est une v\u00e9ritable lib\u00e9ration pour l&rsquo;art chor\u00e9graphique qui se\ncontentait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque d\u2019illustrer la musique. Leur m\u00e9thode de travail devient r\u00e9volutionnaire\n: chacun \u00e9labore sa partition de son c\u00f4t\u00e9 sur une m\u00eame dur\u00e9e pr\u00e9alablement\nd\u00e9cid\u00e9e et lors de la premi\u00e8re, c&rsquo;est le choc de la rencontre entre deux\nartistes \u00e9mancip\u00e9s du cadre impos\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque. Finalement, on peut se\ndemander si l\u2019\u00ab&nbsp;ultime point de convergence entre la danse et la musique\nn\u2019est plus le temps mais l\u2019espace<a href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>&nbsp;\u00bb.<br><br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a>\nhttps:\/\/petitrobert-lerobert-com.bibelec.univ-lyon2.fr\/robert.asp<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a>\nPierre-Paul Lacas, Nicole Lachartre, \u00ab MESURE, musique \u00bb, Encyclop\u00e6dia\nUniversalis [en ligne], consult\u00e9 le 5 mai 2020. URL :\nhttp:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/mesure-musique\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>\nhttps:\/\/petitrobert-lerobert-com.bibelec.univ-lyon2.fr\/robert.asp<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a>\nMarie-Fran\u00e7oise Christout, Serge Jouhet, \u00ab DANSE \u00bb, Encyclop\u00e6dia Universalis\n<\/p>\n\n\n<p>[en ligne]<\/p>\n\n\n\n<p>, consult\u00e9 le 5 mai 2020. URL :\nhttp:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/danse\/\n\n\n\n\n\n<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a>\nPierre Billard, Michel Phillipot, \u00ab MUSIQUE \u00bb, Encyclop\u00e6dia Universalis [en\nligne], consult\u00e9 le 5 mai 2020. URL :\nhttp:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/musique\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a>\nDaniel CHARLES, \u00ab CAGE JOHN \u00bb, Encyclop\u00e6dia Universalis [en ligne], consult\u00e9 le\n5 mai 2020. URL : http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/john-cage\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a>\nAgn\u00e8s Izrine, \u00ab CHOR\u00c9GRAPHIE &#8211; L&rsquo;art de cr\u00e9er les gestes \u00bb, Encyclop\u00e6dia\nUniversalis [en ligne], consult\u00e9 le 5 mai 2020. URL :\nhttp:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/choregraphie-l-art-de-creer-les-gestes\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a>\n<em>ibid.<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a>\nAgn\u00e8s Izrine, \u00ab CUNNINGHAM MERCE &#8211; (1919-2009) \u00bb, Encyclop\u00e6dia Universalis [en\nligne], consult\u00e9 le 5 mai 2020. URL : http:\/\/www.universalis.fr\/encyclopedie\/merce-cunningham\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a>\n&nbsp;Agn\u00e8s Izrine, \u00ab CUNNINGHAM MERCE &#8211;\n(1919-2009) \u00bb, Encyclop\u00e6dia Universalis [en ligne], consult\u00e9 le 5 mai 2020. URL\n: http:\/\/www.universalis.fr\/encyclopedie\/merce-cunningham\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a>\nAnnie Suquet \u00ab&nbsp;La collaboration Cage-Cunningham : un processus\nexp\u00e9rimental&nbsp;\u00bb, Rep\u00e8res, cahiers de danse [en ligne], consult\u00e9 le 5 mai\n2020. URL :\nhttps:\/\/www.cairn.info\/revue-reperes-cahier-de-danse-2007-2-page-11.htm<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ANN\u00c9E 2019-2020 DUMI 2e ann\u00e9e sous la direction de Muriel Joubert La dimension temporelle est la condition m\u00eame de l\u2019existence de la musique. 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