Introduction

Si l’Open Access (ou « accès libre ») est si difficile à définir c’est précisément que sa définition est l’objet d’une bataille dont les enjeux économiques et politiques sont de taille. Ainsi, selon la Budapest Open Access Initiative (BOAI, 2002) :

« par ‘accès libre’ à [la littérature de recherche validée par les pairs], nous entendons sa mise à disposition gratuite sur l’Internet public, permettant à tout un chacun de lire et s’en servir à toute autre fin légale, sans barrière financière. La seule contrainte sur la reproduction et la distribution et le seul rôle du droit d’auteur dans ce contexte devrait être de garantir aux auteurs un contrôle sur l’intégrité de leurs travaux et le droit à être correctement reconnus et cités. »

Le développement d’internet est à l’origine du mouvement Open Access et, depuis sa création, il est un sujet de discorde récurrent entre chercheurs et éditeurs dans la mesure où les scientifiques initiateurs du mouvement avaient pour volonté, dès l’origine, de rendre disponibles leurs travaux en s’émancipant des canaux de diffusion traditionnels. Peu à peu, différents modes de publication se sont développés, interrogeant toujours plus le droit d’auteur et le statut des éditeurs. Alors en quoi l’Open Access est-il aujourd’hui une évolution bénéfique pour la communauté scientifique ?


I/ Qu’est-ce que l’Open Access ?

I/.1 Les grandes dates

  • 1991 : Premières ébauches d’Open Access par Paul Ginsparg (arXiv.org), physicien à Los Angeles et Steven Harnad, professeur à l’université de Suthampton (Cogprint).
  • 1999 : Convention de Santa Fe, élaboration d’un protocole permettant « l’interopérabilité entre les archives ouvertes » (pas de restriction d’accès entre les archives).
  • 14 février 2002 : Lancement de la Budapest Open Access Initiative, une déclaration internationale majeure sur le libre accès.
  • 2003 : Déclaration de Berlin, considérée comme fondatrice du mouvement libre accès.
  • 24-30 octobre 2009 : Création de l’Open Access week.
  • Juin 2013 : Première loi sur l’Open Access en Allemagne qui autorise l’auteur à rendre son texte ouvert à tous douze mois après sa publication.
  • 9 octobre 2013 : Loi sur l’Open Access en Italie qui contraint les revues financées au moins à 50% par l’Etat à être publiées en Open Access.
  • 8 octobre 2006 : Loi Lemaire annonçant un nouveau « droit d’exploitation secondaire » au profit des chercheurs. Cela permet de faciliter le dépôt en archives ouvertes de leurs publications.


I/.2 Les modèles de la voie verte et de la voie dorée

Voie verte : auto-archivage ou dépôt par l’auteur dans une archive ouverte.

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Voie dorée : cette voie concerne les publications nativement publiées sur Open Access.

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I/.3 Les alternatives et variantes

Bien sûr, l’Open Access n’est pas la seule méthode de diffusion des connaissances universitaires sur internet : il existe des contre-modèles et des variantes. Parmi elles, le modèle sponsor-payeur fait parti des trois modèles économiques coexistant au sein du mouvement. Il consiste à assurer le financement de la publication scientifique par un organisme tiers (société savante, fondation ou organisation publique de recherche). En cela, il s’oppose à la voie dorée dit modèle auteur-payeur dans lequel l’auteur assure lui-même le financement de la publication de son article.


II/ Réticences face à l’Open Access

Lorsque l’on parle d’Open Access et de publication numérique, cela suscite plusieurs inquiétudes chez les revues scientifiques concernant le coût de cette accessibilité, le prestige lié au contenu publié par les revues traditionnelles, les revenus des auteurs et le plagiat. L’Open Access fait peur aux revues scientifiques papier qui se sentent vulnérables face au numérique. Pour elles, c’est une perte de prestige autant qu’une perte de contrôle sur le contenu publié. Pourtant, l’accès libre à la recherche ne nuit pas à la recherche, mais la favorise.

L’Open Access est souvent présenté à tort comme une atteinte aux droits d’auteurs, qui rassurent davantage les chercheurs comme les éditeurs, mais « le Copyright peut également être une barrière significative » — car pour modifier un article, il faut généralement les droits d’auteur. Quant aux auteurs, il ne s’agit pas de nuire à leurs revenus : « L’accès libre aux articles de recherche ne demande pas à des auteurs qui gagnent des royalties de ne plus en gagner ».

La dernière inquiétude des chercheurs et des éditeurs en ce qui concerne l’Open Access, c’est le plagiat. Mais comme Peter Suber l’explique, le plagiat n’est pas réellement un problème :

« Dans tous les cas, si rendre la littérature numérique et en ligne rend le plagiat plus facile à commettre, alors l’OA rend le plagiat plus facile à détecter. Tous les plagieurs ne sont pas intelligents, mais ceux qui le sont ne copieront pas à partir de travaux disponible en OA et indexés par tous les moteurs de recherche. »


III/ Les enseignants-chercheurs et doctorants face à l’Open Access

Un bon nombre d’enseignants-chercheurs choisissent de publier en libre accès le fruit de leurs recherches. Pour eux, la science doit dépasser les frontières purement académiques pour atteindre la société dans sa globalité. En effet, la recherche étant un financement public, les résultats devraient l’être également. Le contribuable est en droit de savoir à quelles fins est utilisé son argent.

« J’aimerais que les gens lisent mes recherches et qu’elles aient un impact sur la société, et la science. Lorsque ma recherche est plus disponible pour le public alors je peux avoir un impact plus conséquent. Le libre accès apporte une meilleure visibilité à mon travail. » Emilios GALARIOTIS (chercheur en finance)

« L’Open Access permet une accessibilité immédiate. Il en découle des recherches plus productives car on sait ce qu’il se passe dans l’instant. » Céline LOUCHE (chercheur en stratégie)

La publication en libre accès est un avantage pour les doctorants puisqu’ils peuvent ainsi faire connaître plus rapidement leurs écrits et enrichir leurs recherches. Il faut parfois attendre plusieurs années avant qu’une revue scientifique accepte de les publier. Ainsi, l’Open Access permet de recevoir des critiques extérieures constructives et d’améliorer son travail avant d’en soumettre une version finale pour une revue scientifique.

De plus, les doctorants n’ont parfois pas accès aux ressources nécessaires pour effectuer leurs recherches. Le coût des revues scientifiques étant toujours plus élevé, certaines universités se retrouvent dans l’incapacité de payer leurs abonnements aux revues les plus chères.


Conclusion

Allant de pair avec l’Open Access, les Creative Commons, ou licences créatives, tendent vers un partage toujours plus large tout en respectant les droits d’auteurs originels. Les licences créatives insistent sur la mention BY (qui attribue l’ouvrage à un auteur, et qui est obligatoire). L’alliance de l’Open Access pour la recherche scientifique et des Creative Commons pour toutes les oeuvres créatives permettent à la recherche de s’adapter à la technologie, de partager des contenus sans les commercialiser, de les protéger sans nuire à l’oeuvre dans sa globalité.

Si l’on considère le savoir comme un bien commun, il ne devrait pas être nécessaire de payer pour y accéder. C’est pourquoi le libre accès semble être l’avenir de la recherche scientifique dans la mesure où il se déploie en de nombreuses variantes qui lui permettent de s’adapter à la plupart des modèles économiques.




Références bibliographiques :

Open Access, voies vertes et dorées

Points de vue de chercheurs en management sur l’Open Access

Peter Suber, Open Access